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Titre : Les fiancés de l’hiver
Cycle : La Passe-Miroir, tome 1
Auteur : Christelle Dabos
Éditeur : Gallimard / Folio
Date de publication : 2013 / 2016
Récompenses : Concours du meilleur premier roman jeunesse Gallimard ; Prix Elbakin (roman jeunesse) 2014 ; Grand Prix de l’Imaginaire (roman jeunesse) 2016

Synopsis : Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel. Une héroïne inoubliable, un univers riche et foisonnant, une intrigue implacable. Découvrez le premier livre d’une grande saga fantastique et le talent d’un nouvel auteur à l’imaginaire saisissant.

Bibliocosme Note 4.0

Tu ne payes pas de mine comme ça, fille. Tu te caches derrière tes cheveux, derrière tes lunettes, derrière tes murmures. De toute la portée de ta mère, tu es celle qui n’a jamais versé une larme, jamais braillé, et pourtant je peux te jurer que tu es bien celle qui a collectionné le plus de bêtises.

D’ordinaire peu friande de romans destinés à la jeunesse, c’est avec beaucoup d’hésitations que je me suis finalement lancée dans la lecture de ce premier tome de « La Passe-Miroir », convaincue par les critiques très élogieuses rencontrées sur le web et par la flopée de récompenses obtenues par l’auteur (lauréate du concours du meilleur premier roman jeunesse organisé par Gallimard, prix Elbakin en 2014, Grand Prix de l’Imaginaire en 2016…). Et ma foi je ne regrette absolument pas la découverte ! L’action prend place dans un monde que l’on devine bâti sur les ruines du notre, désormais constitué de plusieurs « arches » accessibles uniquement par la voie des airs et régies par de puissants esprits de famille. Notre jeune héroïne, elle, est originaire d’Anima, un endroit plutôt agréable dans lequel les femmes ont la possibilité d’exercer des responsabilités et où tout le monde est considéré comme appartenant à une seule et même famille, sans aucune hiérarchie. Rien à voir avec le Pôle, véritable panier de crabes où chaque courtisan complote et manœuvre afin de se rapprocher un peu plus du pouvoir et dans lequel Ophélie va se retrouver catapultée en tant que future épouse de l’homme le plus haï de la cour. La voilà donc plongée dans un environnement totalement inconnu mais résolument hostile dont elle va devoir bien vite apprendre les règles, au risque de ne pas y survivre. Par cet aspect, l’ouvrage m’a beaucoup fait pensé au premier tome de « La trilogie de l’héritage » de N. K. Jemisin dans lequel l’héroïne était confrontée à un destin assez similaire (ce qui est plutôt positif).

Difficile de nier le caractère addictif du roman qui ne souffre d’aucune baisse de rythme et ce sur près de six cent pages. Bien qu’au départ assez banale, l’intrigue ne tarde pas à se densifier à mesure que l’auteur multiplie les rebondissements dont certains prennent totalement de cours le lecteur. Le charme de ce premier tome tient cela dit essentiellement à la qualité de l’univers imaginé par Christelle Dabos. Certaines trouvailles sont ainsi particulièrement séduisantes, qu’il s’agisse des différents types de pouvoirs possédés par chaque famille, ou encore du décor, l’essentiel de l’intrigue se déroulant au Clairedelune, une espèce de cité à plusieurs niveaux faite d’illusions et dont les plus hauts étages ne sont évidemment réservés qu’aux membres les plus influents de la cour. Pour ce qui est des personnages, Christelle Dabos évite la plupart des écueils propres aux romans de ce type en optant pour une héroïne à milles lieues de la classique adolescente supposément marginale mais en réalité sublime et attirant les convoitises de tous les garçons. Pour le coup, Ophélie est vraiment antisociale, vraiment peu séduisante, et vraiment complètement indifférente aux charmes du sexe opposé. Myope comme une taupe, maladroite, vêtue le plus simplement du monde, passionnée uniquement par ses archives… : la jeune fille dépeinte ici n’a rien à voir avec les stéréotypes habituels ce qui la rend immédiatement sympathique. Les autres personnages ne sont pas en reste, la plupart se révélant progressivement plus attachants que ce que leur comportement laissait supposer, tandis que d’autres demeurent pour le moment de véritables mystères.

Pari réussi pour Christelle Dabos qui signe avec ce premier tome de « La Passe-Miroir » un début de série très prometteur qui séduit avant tout par la complexité de son univers et la qualité de ses personnages. Le deuxième volume est d’ores et déjà disponible (« Les disparus du Clairedelune ») et je compte bien me le procurer d’ici peu. A lire !

Voir aussi : Tome 2 ; Tome 3

Autres critiques : Gaelle (Pause Earl Grey) ; Ô Grimoire !

Critique réalisée dans le cadre du challenge Francofou 4

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