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Titre : Le tropique des serpents
Cycle : Mémoires par Lady Trent, tome 2
Auteur : Marie Brennan
Éditeur : L’Atalante
Date de publication : 2016 (septembre)

Synopsis : « Bien que peu de gens soient assez âgés pour s’en souvenir, et encore moins assez impolis pour en parler, je fus autrefois vilipendée dans les feuilles à scandales. […] C’est à cette époque de mon existence que je fus accusée de fornication, de haute trahison et d’être la plus mauvaise mère de tout le Scirland. C’est plus que la plupart des femmes peuvent réaliser en l’espace d’une vie et j’admets que j’éprouve une sorte de fierté perverse à y être parvenue. Ce livre est également, bien entendu, le récit de mon expédition en Érigie. Les avertissements de ma première préface s’appliquent toujours : si les descriptions d’actions violentes, de maladies, de mets étrangers au palais des habitants du Scirland, de religions étranges, de nudité en public ou de gaffes diplomatiques idiotes sont susceptibles de vous gêner, fermez ce livre et passez à quelque chose de plus plaisant. Mais je peux vous assurer que j’ai survécu à tous ces événements ; il est donc probable que vous survivrez à leur lecture. »

Note 3.5

Pour la première fois de ma vie, je pris délicieusement conscience que j’étais vraiment une naturaliste. Pas l’épouse d’un savant que l’on avait emmené à cause de ses talents de dessinatrice et de secrétaire ; pas quelqu’un dont le hobby était de collectionner des lucions dans sa cabane de jardin, mais une scientifique à part entière, qui se consacrait pleinement à son travail

 

Récompensé cette année par le Prix des Imaginales, le premier tome des aventures d’Isabelle Trent (« Une histoire naturelle des dragons ») relatait les débuts mouvementés d’une naturaliste spécialisée dans l’étude d’animaux d’un genre un peu particulier. La scientifique à la sulfureuse réputation poursuit ici son autobiographie avec le récit d’une autre expédition déterminante pour sa carrière, celle entreprise en Erigie à la rencontre des veurs des marais. En dépit d’un programme alléchant, ce « Tropique des serpents » est malheureusement un cran en dessous de son prédécesseur. La principale raison tient au choix très discutable entre les événements que la narratrice décide de raconter et ceux qu’elle préfère passer sous silence. Le témoignage ici présent émanant d’une naturaliste passionnée par les dragons, on pourrait s’attendre à ce que les dites créatures occupent justement une place de premier plan dans le récit et que le reste ne soit mentionné que de manière anecdotique. Et c’est justement tout l’inverse. « Nombre d’entre vous sont sans nul doute impatients de quitter les chemins poussiéreux de l’histoire naturelle », écrira Lady Trent lors d’un des rares passages un peu plus détaillé concernant les dragons et leurs spécificités. Or, c’est justement cette perspective de découvrir les sauriens par le prisme de la science qui m’avait autant charmé dans le premier tome et que j’ai eu bien du mal à retrouver ici. Toute la première moitié du roman est ainsi consacrée aux préparatifs de l’expédition, soit près de cent cinquante pages au cours desquelles Lady Trent s’attarde sur tout un tas de commérages (tout en expliquant à plusieurs reprises à quel point elle les exècre…) sans qu’on ne voit l’ombre d’un dragon.

La seconde partie de l’ouvrage vient heureusement mettre un terme à la longue liste de potins relatés par la narratrice qui retrouve alors sa posture de naturaliste, et ce pour le plus grand plaisir du lecteur. Après les paysages froids et désolés de la Vystranie, notre savante doit ici s’acclimater à « l’Enfer vert », un décor tout à fait différent s’apparentant davantage à la forêt amazonienne. Le dépaysement est total et c’est avec beaucoup d’intérêt que l’on fait connaissance avec la faune et la flore locales, toutes deux décrites avec suffisamment de précision pour rendre l’immersion la plus convaincante possible. Et cela fonctionne à merveille. Veurs des marais, serpents arboricoles, dragulles, mâchoirons… : l’auteur profite notamment des nombreuses possibilités offertes par ce type de paysage pour étoffer un peu plus son bestiaire. Les illustrations insérées dans l’ouvrage par Todd Lockwood (à qui on doit toujours la très belle couverture) sont encore une fois un bonus appréciable permettant au lecteur de mieux se représenter telle espèce ou tel personnage. L’auteur retombe malheureusement dans les mêmes travers mentionnés plus haut lors des derniers chapitres en se focalisant davantage sur le rôle politique joué par notre héroïne plutôt que sur ses découvertes scientifiques. Si les subtilités des intrigues opposant le Bayembé au Scirland m’ont en ce qui me concerne laissé de marbre, elles témoignent malgré tout d’une louable volonté de la part de l’auteur de complexifier son univers sur le plan géopolitique ce qui peut difficilement lui être reproché. Les renseignements rapportés par la narratrice concernant le mode de vie peu ordinaire des rares habitants des marais sont en revanche plus intéressants, mais seulement parce qu’ils s’apparentent une fois encore à une démarche d’ordre scientifique.

 

Un second tome en peu en dessous du premier, en grande partie à cause de la volonté manifeste de l’auteur de se concentrer sur les scandales provoqués par son héroïne plutôt que sur les recherches menées par celle-ci. Dommage, car les passages au cours desquels Marie Brennan cherche à véritablement développer son bestiaire sont très convaincants. C’est avec impatience que j’attends maintenant le troisième volume de la série qui devrait paraître en France au printemps prochain.

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Voir aussi : Tome 1 ; Tome 3

Autres critiques : Apophis (Le culte d’Apophis) ; Blackwolf (Blog-O-Livre) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls)