Car je suis légion

Titre : Car je suis légion
Auteur : Xavier Mauméjean
Éditeur : Mnémos / Pocket
Date de publication : 2005 / 2007

Synopsis : « Je suis le Satan, mais nombreux sont mes noms, car je suis Légion. » Babylone, 565 av. J.-C. Sarban est un membre estimé de l’Ordre des accusateurs, les juges qui veillent au respect de la loi dans la cité. L’équilibre précaire qui règne entre les humains et les dieux s’effondre brutalement. Les dieux sont fatigués et la déesse du chaos risque de reprendre son pouvoir. Les prêtres annoncent la suspension du temps et des lois, Babylone sombre dans la folie et le sang sans que les juges aient le droit d’intervenir. Mais Sarban découvre un crime sans lien avec les exactions commises dans la fureur ambiante, un mystère qui met en péril jusqu’à l’existence même de Babylone. Et celui de sa propre famille.

Note 3.5

L’Accusateur est la loi, et la Loi ne ressent rien. Aucun sentiment de victoire, pas l’ombre d’un remords. Lorsqu’on l’interroge, elle répond, lorsqu’on la défie, elle réplique. La loi sait. L’homme, lui, pense. Endormi ou éveillée, il se perd dans les détours de son imagination, en quête de réponses.

 

Vous cherchez un roman de fantasy consacré à la période antique mais s’écartant pour une fois des traditionnelles civilisations grecque et romaine ? Alors laissez vous tenter par « Car je suis légion » et son décor inspiré de l’envoûtante Babylone du VIe siècle avant J.-C. Xavier Mauméjean nous invite à y suivre le parcours de Sarban, accusateur appelé dès son plus jeune âge à servir en tant que magistrat, et dont la cité ne va pas tarder à plonger dans le chaos suite au mécontentement des dieux. L’univers est à la fois familier puisqu’il s’inspire en grande partie d’un lieu et d’une période historique bien réels, mais aussi plein de surprises grâce aux quelques éléments de fantasy disséminés ici et là dans le récit. C’est notamment le cas pour tout ce qui touche au domaine juridique : importance de la Loi à laquelle est dédiée une académie de magistrats, duels juridiques opposant les dits magistrats aux citoyens… (certains lecteurs ne manqueront d’ailleurs pas de faire le rapprochement avec un autre ouvrage de fantasy dans lequel on retrouvait un peu le même principe : « La trilogie Loredan »).

Les idées de l’auteur sont originales et n’ont guère de mal à convaincre le lecteur qui suit avec enthousiasme l’enquête menée au sein de cette majestueuse ville antique en proie au désordre le plus total. Car quand les dieux sont en colère, ils ne font pas dans la dentelle ! Les scènes de folie ou de carnage qui ponctuent le récit participent à créer une ambiance très particulière, sombre, voire dérangeante, ce qui ne plaira certainement pas à tout le monde mais qui a au moins le mérite de ne pas laisser indifférent. On ne pourra pas non plus faire de reproches à l’auteur en ce qui concerne ses personnages puisque Matali (l’épouse de Sarban) aussi bien que Casdim ainsi que les membres de l’équipe de choc dont l’accusateur choisi de s’entourer sont tous suffisamment travaillés pour remporter sans mal l’adhésion du lecteur, à commencer évidemment par le protagoniste lui-même. La dernière partie du roman est, à mon sens, la plus réussie car plus rythmée : l’action s’y enchaîne sans temps mort tandis que les personnages et l’intrigue gagnent en profondeur et en complexité.

 

Encore une belle réussite pour Xavier Mauméjean qui signe avec ce « Car je suis légion » un roman dépaysant à même de séduire tout amateur d’une fantasy sortant un peu des sentiers battus. Voilà un auteur dont je ne peux que vous encourager à découvrir les autres ouvrages (« Ganesha » et « Bloodsilver » en tête).

Autres critiques : Arieste (Au cœur de mes lectures et mes rêveries)