Fille-Sortilège

Titre : La Fille-Sortilège
Auteur : Marie Pavlenko
Éditeur : Le Pré-aux-Clercs (Pandore)
Date de publication : 14 mars 2013

Synopsis : Six Clans dirigent la Cité. Chacun possède une Magie qui commande aux éléments ou aux êtres vivants. De leur union dépend l’équilibre. C’est pourquoi durant la Fête des Échanges, les adolescents sont soumis à des épreuves, en vue d’être initiés. Parce qu’elle a échoué, la jeune Érine est bannie, loin de sa famille et de son Clan. Condamnée à survivre dans la zone d’exil, elle va bientôt découvrir le sombre secret de la Cité. Et le terrible complot qui menace de la détruire.

Note 3.0

Je suis une orkla, sans foi ni loi, je connais ma place : celle que je prends, jamais celle qu’on me donne.

Après avoir récemment beaucoup consommé de littérature plutôt adulte et sombre à souhait, le choc fut rude en abordant cette Fille-Sortilège qui joue davantage dans la catégorie littérature jeunesse, ou au moins « young adult ». Mais bon, qu’à cela ne tienne, ne misons pas sur les étiquettes ou les catégories et plongeons-nous dans le monde plus ou moins merveilleux de la Cité des Six !

Avec La Fille-Sortilège, Marie Pavlenko a une double occasion de se faire plaisir : tout d’abord elle peut reprendre des thèmes qu’elle connaît bien, avec la jeune héroïne en devenir qui découvre la vie et ses malheurs, qui l’ont fait connaître avec Le Livre de Saskia ; et puis elle se permet ici de créer tout un monde de fantasy, à sa guise, aux dimensions de son personnage, riche dans la composition mais limité dans l’espace. C’est en effet dans la Cité des Six, divisée en six Clans de magie (division bien pratique entre Planteurs, Sourciers, Dresseurs, Couteliers, Façonniers et Guérisseurs) que nous rencontrons Érine, fossoyeuse et recéleuse de cadavres de profession, qui s’est retrouvée parmi les ostracisés de la cité, les Orklas. C’est à partir de son gagne-pain et de son histoire personnelle que cette jeune femme va découvrir non seulement l’un des fondements de sa cité natale, mais également les tourments qui la guettent.

La Fille-Sortilège (Marie Pavlenko)

Certes, cette façon de découvrir la Cité des Six est des plus classiques, mais avec Marie Pavlenko, cela se révèle surtout efficace et prenant. La création de plantes et d’animaux en tous genres est à la guise de l’auteur, même si cela ressemble souvent à un simple exercice de style, comme si la fantasy demandait forcément ce genre de poncifs. Au moins, l’auteur semble se faire plaisir et le goût de la lire s’en ressent, d’autant que malgré ce relatif cloisonnement à la cité, nous voyageons suffisamment pour ne pas s’ennuyer et s’engluer : le flot d’action nous emporte du début à la fin.

Au niveau du style, Marie Pavlenko a de l’aplomb, il faut le dire, et cela correspond à son héroïne. Les superpositions en cascade dans le feu de l’action m’a souvent gêné, mais l’humour est fin, avec pas mal de second degré, ce qui nous éloigne heureusement du style jeunesse, pour aller vers quelque chose d’au moins plus « young adult ». C’est vrai, les ficelles scénaristiques et symboliques sont parfois bien grosses (notamment quand Érine retient notablement un détail) avec des thèmes éculés (comme la question de la jeune fille qui fugue et a pourtant besoin de rentrer chez elle, pour son bien comme pour celui de son entourage) et peu de choses pour les dissimuler, mais l’ensemble est frais et vraiment vivant, et c’est sûrement ce qui fait la marque de fabrique de cette auteur.

En conclusion, j’ai été ravi de découvrir le style de Marie Pavlenko (Elbakin nous en propose d’ailleurs une interview, tout comme BibliObs, en rapport avec notre thématique « La place des femmes dans l’imaginaire »), alerte et motivant, malgré quelques tics qui, heureusement, ne gâchent pas tout. Là, on en demanderait presque une suite ! Maintenant que le souk a bien été mis dans le petit monde de la Cité des Six, il va falloir aller plus loin, et je serai ravi de lire un autre tome en lien avec cet univers. Finalement, même si, à chaque fois, les romans qui la composent ne sont pas parfaits, j’ai une certaine tendresse pour cette collection Pandore de chez Le Pré-aux-clercs et j’ai toujours plaisir à en découvrir un nouvel opus.

Voir aussi : La critique de Siriane (Elbakin) ; Xapur (Les Lectures de Xapur)