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Titre : Chansons de la Terre mourante
Cycle : Chansons de la Terre mourante, tome 2
Anthologistes : Gardner Dozois et Georges R. R. Martin
Auteurs : Tanith Lee (Evillo l’ingénu), Paula Volsky (Les traditions de Karzh), Tad Williams (La tragédie lamentablement comique (ou la comédie ridiculement tragique) de Lixal Laqavee), Lucius Shepard (La proclamation de Sylgarmo), Matthew Hughes (Gorlion d’Almérie), Elizabeth Moon (Incident à Uskvosk), John C. Wright (Guyal le Conservateur), Neil Gaiman (Invocation de l’incuriosité)
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2013

Synopsis : La Terre se meurt. Dans un futur lointain, l’agonie du soleil hypothèque l’avenir des humains qui ont oublié la technologie au profit de la magie. Dans cette ambiance de fin de partie, les derniers héros de l’humanité s’appellent Cugel ou Rhialto, T’saïs ou Pandelune. Ils sont mages ou voleurs, bretteurs ou escrocs, flamboyants et désespérés, et ils revivent, soixante ans après leur naissance, sous la plume des plus grands noms de l’Imaginaire.

Note 3.5

Contemplant le monde en contrebas depuis les hauteurs, il éprouvait une profonde satisfaction à la vue de la grande cité silencieuse. Il y avait certainement des sorciers, des forêts sombres, des titans, des voleurs, des nomades et des déodandes. Et alors ? Que pouvaient-ils espérer faire de mal, puisque le monde sombrerait bientôt ? L’Histoire s’était mise en sommeil. Il ne restait plus de grandes guerres ou d’expériences à mener. Cette ère demandait seulement de boire de grandes gorgées de grog, avant que la vie sur terre ne ferme les yeux.

On poursuit avec cette seconde partie de l’anthologie « Chansons de la Terre mourante » notre découverte de l’univers du désormais regretté maître de la science-fiction, Jack Vance, à qui certains des plus grands auteurs américains de fantasy ou de SF ont récemment tenu à rendre hommage. L’idée est simple et consiste pour les auteurs en question à écrire à leur tour une nouvelle prenant place dans l’univers de la Terre mourante de Vance. A George R. R. Martin, Robert Silverberg ou encore Glen Cook, succèdent ainsi Tad Williams, Tanith Lee ou encore Neil Gaiman qui se prêtent à leur tour à ce périlleux mais, selon leurs dires, jouissif exercice. Que vous soyez de grands connaisseurs de l’œuvre de Vance ou totalement étrangers à son univers, dans les deux cas ces « Chansons de la Terre mourante » ne manqueront pas de vous séduire. A travers ces huit nouvelles, on découvre (ou retrouve) un monde proche de l’extinction tout à fait fascinant, plein de couleurs, d’exotisme, d’aventure et de dangers, peuplé de bêtes et monstres fabuleux coexistant avec une humanité tour à tour immorale, orgueilleuse, grotesque ou raffinée. De même, nul besoin d’être familier avec la prose de Jack Vance pour apprécier la saveur des dialogues extravagants échangés par ces personnages excentriques, ou de l’humour malicieux propre au maître que certains auteurs ont parfaitement réussi à reproduire.

Comme dans toute anthologie le niveau varie évidemment d’une nouvelle à l’autre. Certaines m’ont ainsi totalement laissée de marbre, à commencer par celles de Tanith Lee, Mattew Hugues ou encore John C. Wright. D’autres, en revanche, valent franchement le détour ! Avec « Les traditions de Karzh », Paula Volsky nous offre ainsi une nouvelle simple mais très bien construite consacrée à la quête désespérée d’un jeune homme pour trouver le remède au poison mortel qui le consume. Tad Williams réussit également son coup avec « La tragédie lamentablement comique (ou la comédie ridiculement tragique) de Lixal Laqavee » mettant en scène un charlatan opportuniste forcé de cohabiter avec l’une des plus redoutables créatures de la Terre mourante, un déodande. Pari également réussi pour Lucius Shepard et sa « Proclamation de Sylgarmo » qui met pour une fois en scène une femme et un guerrier, confrontés à l’astucieux Cugel, ainsi que pour Elizabeth Moon qui nous offre avec « Incident à Uskvosk » une nouvelle sympathique consacrée à un divertissement des plus étranges mais apparemment très en vogue : les courses de … cafards géants. L’ouvrage se clôt par ce qui constitue sans aucun doute la nouvelle la plus originale de l’anthologie (« Invocation de l’incuriosité ») dans laquelle Neil Gaiman propose pour une fois de faire un pont entre notre monde et celui de la Terre mourante.

Une seconde anthologie dans la droite lignée de la première et qui rend un bien bel hommage à ce grand monsieur qu’était Jack Vance. Quoi de mieux, pour terminer, que de donner la parole à Tanith Lee qui clôt sa postface par ces jolis mots : « Je ne peux croire que Jack Vance ait inventé la Terre Mourante. Au fond de moi je sais qu’il s’y rend souvent. D’ailleurs, il nous y emmène aussi, non ? » Rendez-vous courant 2014 avec la troisième et dernière partie de l’anthologie pour un ultime voyage.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 3