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Titre : D’acier
Auteur : Silvia Avallone
Éditeur :  Liana Levi (coll. Piccolo)
Date de publication : 2010
Récompenses :  Prix Campiello Opera Prima, Prix des lecteurs de L’Express 2011

Synopsis : Le lieu : Piombino, en Toscane. La via Stalingrado, des HLM construits en bordure de mer, tels que les ont voulus les municipalités communistes dans les années 60. Les personnages : des familles ouvrières à l’heure de Berlusconi. Au centre, deux foyers où évoluent Anna et Francesca, treize ans, bientôt quatorze. Anna est la fille d’une battante et d’un petit escroc couvert de dettes. Francesca vit dans une famille repliée sur elle-même avec un père violent. Une amitié absolue, à la limite de l’ambiguïté, les lie depuis toujours. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, provoquent et se provoquent, rêvent de départ : l’université peut-être, ou l’île d’Elbe à quelques kilomètres… Une amitiéqui leur permet de supporter l’étouffement familial et un contexte économique désespérant. Car à la Lucchini, l’immense aciérie qui emploie les trois quarts des habitants, les commandes diminuent, le chômage pointe. Comment grandir, devenir quelqu’un, dans cet univers où les femmes sont prématurément fanées, les maris avachis, et la plage couverte de canettes vides et d’algues pourrissantes ? On est bien loin du vieux rêve de justice sociale.

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Pour les jeunes qui vivaient dans les barres, pour les fils de personne qui suaient leur sueur et les sang dans les aciéries, la plage c’était déjà le paradis. Le seul le vrai.

L’Italie, la Toscane, Piombino, le soleil, la plage, ça donne envie, non ?


 

Et bien détrompez-vous le roman de Silvia Avallone est tout le contraire. A travers une dizaine de personnages, la dure réalité de petites gens dont les parents ont fait une croix d’une vie meilleure, les jeunes rêvant encore de lendemains plus florissants. On est touché par Anna et Francesca à la fois insolentes, provocantes mais aussi émouvantes. Ecœuré par la lâcheté et la violence des pères. Troublé par le mutisme des mères, les secrets ne doivent pas franchir la porte des appartements. Et puis au milieu de tout ça, L’aciérie, qui rythme cette petite ville industrielle, seule espoir de gagner un maigre salaire et de survivre malgré tout.

Un roman coup de poing, noir, âpre, dur, le portrait d’une jeunesse sous l’air berlusconienne sans confession. L’écriture est au diapason. Malgré l’image idyllique de cette région, c’est bien la noirceur qui prédomine tout du long du roman de Silvia Avallone.

Et même si le roman se termine sur une note d’espoir c’est la désespérance qui en est le fil conducteur. Une belle réussite.