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Titre : Je suis une légende
Réalisateur : Francis Lawrence
Acteur : Will Smith
Date de sortie : 2007

Synopsis : Robert Neville était un savant de haut niveau et de réputation mondiale, mais il en aurait fallu plus pour stopper les ravages de cet incurable et terrifiant virus d’origine humaine. Mystérieusement immunisé contre le mal, Neville est aujourd’hui le dernier homme à hanter les ruines de New York. Peut-être le dernier homme sur Terre… Depuis trois ans, il diffuse chaque jour des messages radio dans le fol espoir de trouver d’autres survivants. Nul n’a encore répondu. Mais Neville n’est pas seul. Des mutants, victimes de cette peste moderne – on les appelle les « Infectés » – rôdent dans les ténèbres, observent ses moindres gestes, guettent sa première erreur. Devenu l’ultime espoir de l’humanité, Neville se consacre tout entier à sa mission : venir à bout du virus, en annuler les terribles effets en se servant de son propre sang.

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Nothing happened the way it was supposed to happened.

Réalisé en 2007 par Francis Lawrence, « Je suis une légende » est rapidement parvenu à séduire un nombre impressionnant de spectateurs partout dans le monde. Il faut dire qu’avec en tête d’affiche Will Smith et avec pour inspiration le grand classique de la littérature de science-fiction qu’est le roman éponyme de Richard Matheson écrit en 1954, le film partait avec de sacrés atouts dans sa manche. Au lieu de Los Angeles dans les années 1970, le réalisateur a ici adopté pour décor la ville de New York au début du XXIe siècle, période à laquelle le monde entier se retrouve soudainement décimé par un virus ayant eu pour effet d’éradiquer la moitié de la population humaine de la surface de la Terre et de transformer l’autre moitié en espèce de mutants décérébrés et avides de sang. Avec « Je suis une légende », le lecteur/spectateur se retrouve ainsi plongé dans un monde post-apocalyptique oppressant dans lequel l’espèce humaine a presque totalement disparu à l’exception, pour autant qu’on le sache, d’un homme, Richard Neville, dont nous est présenté le triste et solitaire quotidien aux côtés de ces monstruosités sortis tout droit de nos pires cauchemars.

Avant de passer à la critique détaillée du film, il me semble intéressant de revenir brièvement sur les nombreux points de dissensions entre l’adaptation et le roman, outre le changement de lieu et de datation. La première altération (et non des moindres !) consiste en la modification de l’origine même de l’épidémie : la mutation est causée dans le roman par une bactérie reproduisant les caractéristiques attribuées dans les mythes aux vampires (hyper-sensibilité à la lumière du soleil, peur de la croix, réaction à l’ail et aux pieux), tandis que dans le film la maladie est imputée à un virus censé lutter contre le cancer qui aurait eu des effets secondaires et aurait engendré une mutation de l’espèce humaine, jusqu’à sa quasi extinction. Exit les vampires, bienvenus super-zombies ultra rapides et violents ! On note également la surprenante disparition de la plupart des scènes cultes du livres, qu’il s’agisse de la rencontre avec le chien (ici présent auprès du protagoniste dès le début) et avec Ruth, ou encore l’attente inlassable toutes les nuits devant la maison de Robert Neville des fameux vampires qui, dans le film, ignorent où résident le héros et se terrent exclusivement au cœur de la ville de New York. Apparemment les mutants au cinéma ne sont pas très branchés banlieue…

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Attardons nous désormais sur les quelques points positifs du film (si, si, il y en a !), à commencer par la qualité du décor. Francis Lawrence nous offre en effet un aperçu impressionnant d’une ville de New York totalement désertée par les hommes et dans laquelle ne subsistent plus que quelques animaux, errant et chassant librement dans les rues et avenues de la capitale. Une immensité vide et silencieuse qui, paradoxalement, ne tarde pas à devenir très oppressante. La scène de l’évacuation et de la destruction du pont de Brooklyn au moment de la propagation de l’épidémie et de l’exode de population ayant suivi est également visuellement très saisissante. On peut également saluer la performance de Will Smith et la qualité des quelques trop rares scènes visant à souligner la détresse et la solitude du personnage, notamment celle dans laquelle on assiste au réapprovisionnement du protagoniste dans un magasin repeuplé par ses soins de quantité de mannequins auxquels il s’adresse comme à de véritables êtres vivants. Illusoire tentative de retrouver un semblant de normalité qui ne peut que toucher le spectateur. Les nombreux clins d’œil à des œuvres cinématographiques ou musicales telles que Shrek ou encore Bob Marley sont également appréciables.

Malheureusement, ces quelques qualités sont loin de faire oublier tous les défauts du film. Parmi eux figure en premier lieu la prodigieuse nullité de la fin qui change totalement non seulement le sens de l’œuvre de Matheson, mais aussi celui du titre. Si Robert Neville devient une légende dans le roman, c’est d’abord et surtout parce qu’il est bel et bien le dernier de son espèce et qu’il incarne ainsi pour la nouvelle civilisation émergente le monstre, le mythe. Dans le film, en revanche, cette réflexion sur l’évolution de l’espèce, la normalité et la monstruosité disparaît totalement, le protagoniste devenant légende uniquement parce qu’il sauve l’humanité par son sacrifice. Les nombreux éléments visant à accentuer le côté pro-américain et à souligner le patriotisme sans faille du personnage m’ont également particulièrement agacée, de même que l’omniprésence de la thématique religieuse. Si cette dernière était totalement absente de l’œuvre de Matheson (si ce n’est lorsque le protagoniste s’interroge sur les effets de la croix sur des vampires juifs ou musulmans), elle devient centrale dans le film et éloigne encore davantage l’adaptation cinématographique de l’original littéraire dans lequel l’auteur avait eu l’intelligence de gommer toutes références fort discutables à une quelconque intervention divine.

Une adaptation malheureusement très peu à la hauteur en ce qui me concerne car beaucoup trop éloignée du roman dont j’aurais apprécié de voir à l’écran davantage de scènes. L’élimination de tout le travail de réflexion de Matheson au profit de la mise en avant des grandes « valeurs » américaines est toutefois encore plus préjudiciable au film que tous les changements apportés et fait pour moi de ce film une véritable déception.