La Dame de la Seine
Titre : La Dame de la Seine
Autrice : Claire Duvivier
Éditeur : Aux forges de Vulcain
Date de publication : 2026 (septembre)
Synopsis : 1593. Dramaturge sulfureux, mais aussi espion pour le compte de la Couronne, Christopher Marlowe a le don pour s’attirer des ennemis et des ennuis. À la suite d’une rixe, il quitte précipitamment l’Angleterre pour se joindre à une mission de renseignement à Paris. Vingt ans après la Saint-Barthélemy, la ville ploie sous la coupe d’une Ligue catholique qui fait régner l’ordre et la ferveur. Qu’est-ce qu’un poète en fuite, athée, homosexuel et grande gueule peut s’attendre à trouver là ? D’autres ennemis, d’autres ennuis… et des secrets à mettre au jour. Meurtres, intrigues et vengeance se mêlent dans La Dame de la Seine, roman d’aventures espiègle où résonnent aussi bien échos de la grande histoire que tragédies personnelles.
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Meurtres à Paris
Après le succès de son premier roman « Un long voyage », Claire Duvivier s’était essayée à la fantasy à quatre mains pour une série coécrite avec Guillaume Chamanadjian (« La tour de Garde ») mais aussi à la science-fiction avec un roman destiné à la jeunesse (« Entrer dans le monde »). Là voilà aujourd’hui de retour avec un roman d’aventure mettant en scène une période assez peu abordée de notre histoire : celle des guerres de religion. Nous sommes donc à la fin du XVIe siècle, en Angleterre, où réside un certain Christopher Marlowe. Dramaturge, poète, espion : notre héros a bien des casquettes et use volontiers des unes et des autres en fonction des circonstances. Suite à une rencontre ayant mal tourné, le voilà forcé de quitter le pays pour un temps. Cela tombe bien puisque son employeur (le fils du célèbre Francis Walsingham) est justement sur le point de se rendre en France pour y mener une mission diplomatique. D’abord enthousiaste à l’idée de visiter la ville qui servira de décor à sa prochaine pièce en cours d’écriture, Marlowe ne va toutefois pas tarder à déchanter. Car à Paris, depuis plusieurs années, c’est la Ligue qui fait la loi. Vingt ans après le massacre de la Saint-Barthélémy qui vit périr quantité d’hommes, de femmes et d’enfants parce que protestants, la capitale n’a toujours pas accepté de reconnaître Henri IV de Navarre comme son roi, lui aussi réformé. Tenue par des catholiques intransigeants, le moins que l’on puisse dire c’est que Paris ne respire pas la joie de vivre… La situation va encore se corser lorsque le gardien de l’ambassade d’Angleterre meurt assassiné juste au moment de l’arrivée du fils Wlasingham. Tout cela ne sent pas bon, et c’est Christopher Marlowe qui, en sa qualité d’espion, est chargé de résoudre le mystère. Son enquête va le mener tout droit dans une auberge baptisée « La Dame de la Seine ». Une auberge dont les habitués semblent avoir bien des choses à cacher et pourraient tout aussi bien l’aider dans ses investigations que lui fournir l’inspiration manquante pour les derniers chapitres de sa pièce.
Quand la petite histoire rencontre la grande
Le roman est relativement court (moins de 300 pages) et se lit avec une rapidité déconcertante. On passe un excellent moment au côté de ce Christopher Marlowe, typiquement le genre de héros au charme duquel on ne peut pas résister. Malin, doté d’un sens de l’humour à toute épreuve, adepte de l’auto-dérision, courageux mais pas téméraire : le dramaturge-espion est un personnage haut-en-couleur qui n’a pas la langue dans sa poche et ne peut s’empêcher d’avoir le dernier mot, y compris avec des individus qu’il vaudrait pourtant mieux ne pas titiller de trop près. Le climat oppressant qui règne à Paris et la répression qui s’abat sur ceux qui s’écarteraient ne serait-ce que très légèrement du saint chemin de l’église l’ennuient par conséquent prodigieusement, et son irrévérence permet d’apporter une touche de légèreté bienvenue. L’atmosphère est en effet particulièrement étouffante dans la capitale où l’emprise de la religion catholique est totale et où la haine contre les protestants restent vivace. Claire Duvivier nous offre ici une reconstitution historique très convaincante qui aborde aussi bien le massacre de la Saint-Barthélémy que ses conséquences à long terme, pas seulement pour la couronne de France mais aussi pour les habitants du royaume. Le récit permet notamment de réaliser l’ampleur et l’horreur de la tuerie en donnant un visage aux victimes et en décrivant par le menu les procédés utilisés pour repérer, arrêter et massacrer toutes celles et ceux identifiés comme Huguenots. L’enquête qui sert de fil rouge à l’intrigue du roman est quant à elle astucieusement élaborée, offrant son lot de surprises et de révélations inattendues. Le regard d’homme de théâtre de Christopher Marlowe est à ce titre un atout intéressant puisque sa manie de transformer le moindre individu rencontré en personnage de théâtre permet à l’autrice de caractériser rapidement et efficacement les différents acteurs du drame qui se joue. Par petites touches, Claire Duvivier intègre à son récit une pointe de modernité rafraichissante, qui a le double effet de rendre ses personnages encore plus attachants, mais aussi d’adresser un véritable pied-de-nez aux intégristes de tout bord.
Roman d’aventure bourré d’humour et d’émotion, « La Dame de la Seine » nous emmène à la fin du XVIe siècle au côté d’un espion-dramaturge plongé dans l’atmosphère délétère qui règne à Paris depuis le massacre de la Saint-Barthélémy et la prise de possession de la ville par le clan des Ligueurs. Porté par un (anti)héros plus qu’attachant, l’enquête dont il est question ici mêle habilement légèreté et gravité, grande et petite histoire, tout en offrant de belles réflexions sur l’art et la religion. Voilà un roman dont il serait dommage de passer à côté en cette rentrée !
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