Le château des animaux, tomes 3 et 4 : La nuit des justes et Le sang du roi
Titres : La Nuit des Justes – Le Sang du Roi
Cycle/Série : Le château des animaux, tomes 3 et 4
Auteur/Autrice : Xavier Dorison et Félix Delep
Éditeur : Casterman
Date de publication : 2022 – 2025
Synopsis : C’est une petite victoire pour les animaux : le dictateur Silvio a dû se résoudre à organiser un vote… et donc peut-être à remettre son mandat en jeu ! Au Château, la campagne pour l’élection présidentielle bat son plein, et du côté du taureau-despote, tous les coups (bas) sont permis. Mais le Mouvement des Marguerites est plus mobilisé que jamais pour renverser le taureau dictateur, bien décidé aussi à rappeler toutes les injustices dont sont victimes les animaux ! Miss B, César et Azélar auront-ils raison du cruel taureau Silvio ? La liberté est-elle à portée de pattes ?
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La révolution sera pacifiste ou ne sera pas
Entamée en 2019, la série « Le château des animaux » a trouvé récemment sa conclusion avec « Le sang du roi », quatrième et dernier tome d’une tétralogie inspirée du célèbre roman de Georges Orwell : « La ferme des animaux ». Ayant pris du retard dans mes lectures BD, j’ai découvert le troisième tome (« La Nuit des justes », paru en 2022) et le quatrième (« Le sang du roi », sorti en 2025) en même temps, ce qui explique cette chronique commune. Xavier Dorison et Félix Delep mettent en scène avec cette série un château déserté par les humains mais investis par les animaux, libérés du joug des bipèdes depuis de longues années déjà. Hélas, Silvio, un taureau à la carrure impressionnante, et sa milice de chiens font régner la terreur et exploitent (parfois jusqu’à la mort), le travail des autres bêtes. Ces dernières, bien que révoltées, se sont depuis longtemps résignées à leur sort et subissent sans broncher la violence et les injustices du règne de Silvio. Jusqu’à ce que, un jour, un étranger ne débarque et ne vienne allumer l’étincelle qu’il manquait, les incitant à relever la tête et à tenter une révolution. Une révolution dont les principaux instigateurs souhaitent qu’elle se déroule sans aucune violence. C’est le cas de Miss B, une chatte blanche élevant seule ses deux chatons et que les autres animaux ont érigé en rang de porte-parole du mouvement. Seulement cette philosophie est loin d’être partagée par tous les rebelles. Certains ont trop perdu, d’autres ne croient pas que Silvio puisse un jour être détrôné autrement que par la force, et d’autres encore pensent qu’il s’agit simplement d’un désir hypocrite de ne pas se salir les mains. Toujours est-il que le mot d’ordre de la non violence, s’il peine à s’imposer complètement, finit tout de même par prévaloir. Mais comment faire, alors pour chasser le tyran et restaurer la démocratie ?

Une belle galerie de personnages et une réflexion passionnante
« Le château des animaux » est une belle série sur la forme comme sur le fond. Les illustrations de Félix Delep sont sublimes, que ce soit au niveau des décors ou surtout des personnages qui gardent leurs allures et leurs postures d’animaux tout en adoptant des expressions humaines. L’équilibre est fragile mais il est ici très bien dosé et permet un anthropomorphisme convainquant, capable de susciter toute une palette d’émotions chez le lecteur. Si je garde quelques petites réserves sur certains aspects du scénario, ce dernier tient tout de même remarquablement la route et nous offre un final à la hauteur de nos attentes. Le dernier album, notamment, permet de brosser un portrait assez exhaustif de toute la palette d’outils utilisés par les régimes dictatoriaux partout dans le monde pour soumettre leur population. On assiste ainsi à une vaste campagne de propagande de la part des fidèles de Silvio qui passe notamment par l’embrigadement de la jeunesse dans les « jeunesses silviennes » (référence évidemment tout sauf fortuite) ou encore par des élections truquées. Xavier Dorison entreprend également de montrer les extrémités auxquelles un régime aux abois peut aussi avoir recours : emprisonnement des opposants, tortures, chantages ou exécutions. Chaque injustice supplémentaire donne évidemment envie aux animaux autant qu’au lecteur de voir la violence s’abattre à son tour sur le tyran et ses sbires, mais l’auteur parvient systématiquement à trouver une parade astucieuse qui permet aux rebelles de répondre autrement mais néanmoins efficacement. Le seul bémol concerne la réaction du gros des animaux qui, à l’exception des figures de proue du mouvement, est représenté comme une foule incapable de réfléchir par elle-même et facile à mener par le bout du nez. On prend néanmoins beaucoup de plaisir à suivre cette révolution pacifiste en marche qui pose de vraies questions sur les moyens (désobéissance civile et grève générale, notamment) qui peuvent être employés pour restaurer une démocratie sans avoir recours à la violence.

Derniers tomes de la série « Le château des animaux », « La Nuit des justes » et « Le sang du roi » viennent clore de façon tout à fait satisfaisante une tétralogie remarquable inspirée de « La ferme des animaux » d’Orwell. Magnifiquement illustrés, chacun des quatre albums pose à sa manière l’épineuse question de l’usage de la violence dans le cadre d’une révolution. Si je ne suis pas toujours d’accord avec la façon dont Xavier Dorison présente les choses, il n’en reste pas moins que la réflexion portée autour du pacifisme et de son efficacité politique est passionnante et traitée ici avec adresse.
Autres critiques : ?



Un commentaire
tampopo24
Même satisfaction et limite face à ce final. Autant l’auteur montre bien tous les mécanismes, autant j’aurais aimé un travail plus fin et riche sur les personnages.