Fiction historique

Dans les yeux de Méduse

Titre : Dans les yeux de Méduse
Auteur/Autrice : Natalie Haynes
Éditeur : Michel Lafon
Date de publication : 2024 (avril)

Synopsis : Certains monstres sont tout simplement de jeunes filles qui n’ont pas eu de chance. C’est le cas de Méduse. Violée par Poséidon, injustement punie par Athéna, c’est par la faute des dieux qu’elle fut changée en créature hideuse, aux cheveux de serpents et au regard pétrifiant.
Mais que sait-on de son coeur, sinon le récit qu’en a rapporté Persée, le héros qui l’a décapitée pour assouvir sa soif de gloire ?
Et si le monstre n’était finalement pas celui que l’Histoire retient ?

Le mythe de Méduse et Persée revisité

Cela fait maintenant plusieurs années que fleurissent sur les étals de nos librairies des romans historiques ou mythologiques cherchant à se réapproprier les grands mythes en mettant l’accent sur le rôle joué par les femmes et sur l’invisibilisation dont elles ont jusqu’ici été l’objet. Si la démarche me paraît intéressante, l’offre se révèle cependant tellement large qu’il s’avère parfois difficile de discerner le bon grain de l’ivraie. « Les invaincues » de Natalie Haynes a par exemple été une bonne lecture qui m’a permise de me replonger dans les détails de la guerre de Troie mais aussi dans l’histoire de quantité de femmes à propos desquelles les mythes ont très peu insisté. C’est donc confiante que je me suis lancée dans la lecture d’un autre de ses ouvrages consacré cette fois à Méduse, la Gorgone aux cheveux de serpents, aux yeux capables de pétrifier quiconque et qui est restée célèbre pour avoir été tuée par Persée, fils de Zeus et d’une mortelle. Malheureusement les deux ouvrages, bien qu’ils partagent quelques similitudes, n’ont rien à voir en terme de qualité. Natalie Haynes opte à nouveau ici pour un récit polyphonique, avec une multitude de points de vues et de narrateurs ou narratrices, qu’il s’agisse de Méduse et de ses sœurs, d’Athéna, mais aussi d’Héra, Danaé, Andromède, ou encore Cassiopé. Le problème c’est que tous ces récits s’imbriquent ici fort mal, si bien qu’on a l’impression de sauter sans arrêt du coq à l’âne. L’autrice fait référence à de nombreux mythes qu’elle relate de façon somme toute assez classique, si bien qu’on a davantage l’impression de lire un recueil consacré à la mythologie au sens large plutôt qu’à une histoire dédiée à Méduse. La pauvre Gorgone occupe en effet une place très marginale dans l’histoire et ne sert que de point d’ancrage pour de nombreuses digressions portant sur des légendes bien connues comme celle de la naissance d’Athéna, de la Gigantomachie, du choix d’Athéna comme déesse titulaire d’Athènes, ou encore celles de ces nombreuses jeunes filles punies par les dieux (et souvent même les déesses) par jalousie.

Une relecture décevante et peu originale

Toutes ces histoires n’ont cependant qu’un rapport lointain à celle de Méduse à laquelle on finit toujours par revenir sans que rien de particulièrement notable ne soit ajouté ou changé. Contrairement à Claire North qui, dans sa trilogie « Le chant des déesses » propose une interprétation nouvelle et moderne des rôles joués par Héra, Aphrodite ou encore Athéna, Natalie Haynes se contente de reprendre les mêmes récits, les mêmes archétypes, en se contentant la plupart du temps de les relater du point de vue des femmes. Cela ne suffit hélas pas pour remettre en question la misogynie omniprésente dans la mythologie puisque les femmes mises en scène ici (déesses ou mortelles) adoptent toutes un comportement très stéréotypé. Elles sont tour à tour capricieuses, immatures, imbues d’elles-mêmes et surtout, surtout incroyablement jalouses. Difficile dans ces conditions de s’attacher à elles, si bien qu’on suit avec un désintérêt total les aventures des unes et des autres. Athéna est sans doute la pire d’entre elles, la déesse de la guerre et de la sagesse étant présentée ici comme une gamine têtue et égoïste. Un choix narratif douteux, l’autrice ayant opté pour la moquerie alors qu’il aurait été tellement plus intéressant d’insister sur l’ambivalence de cette déesse difficile à cerner et dont les partis pris en défaveur des femmes offensées a de quoi questionner. Certes, les personnages masculins ne sont pas mieux, et on peut d’ailleurs trouver intéressant la manière dont le héros Persée se trouve ici ridiculisé, mais le roman souffre malgré tout de ce manque de remise en cause de la place des femmes dans la mythologie. Le seul aspect vraiment novateur réside ici dans la volonté de l’autrice de nommer explicitement les violences dont sont victimes les femmes mises en scène ici, sans chercher à les édulcorer ou en atténuer la portée. Le style, enfin, n’a pas grand-chose à voir avec celui des « Invaincues » et se révèle assez pauvre, au point que lire en diagonale la deuxième partie ne m’a à aucun moment fait perdre le fil. Les dialogues sont insipides et creux, et la plupart des échanges détonnent par leur déroutante simplicité ainsi que par leur décalage par rapport à la période étudiée.

Après la bonne découverte qu’avait constitué « Les invaincues », le roman « Dans les yeux de Méduse » s’est révélé être une grosse déception. Natalie Haynes n’apporte ici pas grand-chose pour proposer une interprétation différente de certaines des figures les plus célèbres de la mythologie grecque et n’accorde qu’une place dérisoire dans son récit à celle qui donne pourtant son titre au roman. Qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou du style, rien n’est malheureusement parvenu à égayer ma lecture de cet ouvrage dont vous pouvez aisément vous dispenser.

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

Un commentaire

Une réaction ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.