L’amulette
Titre : L’amulette
Auteur/Autrice : Michael McDowell
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
Date de publication : 2025 (juillet)
Synopsis : Alabama, 1960. Alors que Dean Howell fait ses classes avant d’être envoyé au Vietnam, un accident le laisse dans un état végétatif. Sa femme Sarah voit alors sa morne vie devenir un enfer : après de longues journées à l’usine, elle doit s’occuper de son mari léthargique, tout en supportant son odieuse belle-mère, Jo, qui accuse la ville entière du sort de son fils. Lorsque celle-ci offre une étrange amulette à l’homme qu’elle tient pour responsable, se met en branle une implacable danse macabre. Et tandis que meurtres inexplicables et morts accidentelles s’enchainent, Sarah doit faire face à l’impossible réalité : cette amulette joue peut-être un rôle dans cette hécatombe et elle doit a tout prix mettre la main dessus.
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A la poursuite d’un collier meurtrier
Après le succès de la parution de la saga « Blackwater » en 2022, les éditions Monsieur Toussaint Louverture poursuivent leur travail de réédition de l’œuvre de Michael McDowell en éditant tous les ans un ou plusieurs de ses romans indépendants. Après « Katie », « Les Aiguilles d’or » ou encore « Lune froide sur Babylone », c’est autour de « L’amulette » de bénéficier d’un magnifique écrin et d’une toute nouvelle traduction. Il s’agit ici du premier roman de l’auteur, et on y retrouve tout ce qui fera plus tard le sel de ses ouvrages, à mi chemin entre l’horreur, le fantastique et la comédie grinçante. L’histoire se déroule en Alabama dans les années 1960. On y fait la (brève) connaissance de Dean Howell, un jeune garçon plein d’avenir qui, alors qu’il se prépare à être envoyé au front au Vietnam, est victime d’un malheureux accident de fusil. Défiguré à vie, incapable de se mouvoir et encore moins de parler, Dean est renvoyé chez sa femme, Sarah, contrainte d’endosser le rôle de garde-malade. Une contrainte supplémentaire dont la jeune femme se serait bien passée dans la mesure où son quotidien s’avérait déjà suffisamment pénible. En effet, entre les journées harassantes passées à l’usine, et les soirées occupées à servir de bonne à tout faire à son impitoyable belle-mère avec laquelle elle se retrouve forcée de cohabiter, la vie de Sarah est loin d’être agréable, et l’arrivée de cette épave entourée de bandelettes n’est pas sans aggraver les choses. La jeune femme était toutefois loin de se douter que son quotidien allait être bouleversé encore davantage lorsque sa belle-mère, Jo, remet à un homme qu’elle estime indirectement responsable de l’accident de son fils un splendide collier. Cette amulette, Sarah ne l’avait jamais vu jusqu’à présent, ce qui ne manque pas de l’étonner tant sa belle-mère passe son temps à se plaindre de son indigence. Très vite, une succession de crimes macabres va endeuiller la petite ville de Pine Cone. Des crimes qui, Sarah en est peu à peu persuadée, sont tous liés à cette fameuse amulette qu’elle doit donc récupérer coûte que coûte.
Farce grotesque et terrifiante
Avec ce premier roman, Michael McDowell signe un page-turner haletant qui, par son côté feuilletonnant, accroche le lecteur dès la première page pour ensuite ne plus le lâcher avant la fin. « L’amulette » est une sorte de condensé de plusieurs des ouvrages à venir de l’auteur puisqu’on y retrouve le côté intimiste de « Blackwater » avec une famille dysfonctionnelle au cœur du récit, mais il y a aussi de « Katie », avec ses meurtres sanglants et spectaculaires, ou encore de « Lune froide sur Babylone » pour la partie fantastique pleinement assumée. Michael McDowell nous dépeint avec une sorte de plaisir morbide le parcours meurtrier de cette amulette qui semble posséder une conscience propre et s’arrange toujours pour être récupérée une fois son forfait accomplis. Car le collier corrompt tous ceux qui ont le malheur de le passer (même involontairement) autour du cou, encourageant leurs plus bas instincts et les désinhibant totalement, ce qui les pousse à commettre l’irréparable dans les pires conditions qui soient. Certaines scènes sont vraiment très trashs et ne sont pas sans susciter un certain malaise. C’est notamment le cas lorsque l’amulette transforme un personnage plutôt affable et l’incite soudainement à s’en prendre à ce qu’il a de plus cher ou à d’innocentes petites victimes. On a finalement l’impression d’assister ici à une farce aussi grotesque que terrible, ce qui n’en rend le personnage de Sarah et sa quête désespérée pour retrouver l’amulette que plus sympathique. Difficile de ne pas s’identifier à cette jeune femme dont on se demande comment elle parvient à tenir sous une telle pression, et c’est avec impatience que l’on attend le moment où elle va enfin exploser et se libérer de toutes les responsabilités qui pèsent injustement sur elle. Mais Michael McDowell n’a surtout pas son pareil pour donner vie à des personnages que l’on adore détester, et Jo Howell en est le parfait exemple. Là encore l’auteur parvient à susciter une fascination presque malsaine pour son personnage, une femme acariâtre et rancunière qui ourdi en coulisse de sombres machinations.
Premier roman de Michael McDowell et dixième ouvrage à rejoindre la bibliothèque qui lui a été consacrée par les éditions Monsieur Toussaint Louverture, « L’amulette » est un page-turner haletant qui nous entraîne à la poursuite d’une amulette maudite provoquant meurtres sordides ou accidents tragiques. Porté par des personnages tour à tour attachants ou détestables, le roman contient une bonne dose d’hémoglobine et multiplie les scènes macabres qui suscitent à la fois horreur et fascination. Encore un bel ajout pour cette collection qui devrait encore s’agrandir cette année avec un nouveau roman : « Les Elementaires ».
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2 commentaires
tampopo24
Gros plaisir coupable pour moi. J’ai adoré justement ces scènes trash et cette violence exacerbée, débridée. L’expression farce grotesque que tu utilises esr parfaite pour le décrire. Que va-t-on bien pouvoir lire quand on aura fini de découvrir ses romans ?
Boudicca
Heureusement il en reste encore deux à venir ! 😉