Récit contemporain

Les vraies gens

Les vraies gens

Titre : Les vraies gens
Auteur : Guillaume Meurice
Éditeur : JC Lattès (Essais et Documents) [site officiel]
Date de publication : 16 mars 2022

Synopsis : Depuis huit ans, pour sa chronique quotidienne sur France Inter, Guillaume Meurice interroge les gens dans la rue, sur les marchés, dans des salons professionnels, à l’Assemblée nationale. Dans les paroles de simples citoyens, les discours des lobbyistes, ou les soliloques des parlementaires, il traque et dissèque les fausses évidences, les contradictions, les éléments de langage, l’illusion du bon sens. Il en retire ici la substantifique moelle, livrant au passage quelques moments off drôles et surprenants, sans rien perdre de sa joie communicative de porter la blague dans la plaie.

Parfois, je me demande combien de temps tiendrait ce pays si les personnes qui nourrissent des gens aux Restos du coeur, qui animent des ateliers dans les quartiers, des clubs de seniors, qui amènent des enfants au foot le dimanche, cessaient leur activité. Peut-être se rendrait-on compte que celles et ceux qui créent la vraie richesse d’un pays sont celles et ceux que l’on paye le moins, voire pas du tout. Oui, parfois, je rêve d’une grève des bénévoles.

Après Le Roi n’avait pas ri et toujours chez JC Lattès, l’humoriste Guillaume Meurice passe du roman à l’essai en utilisant à son tour les chroniques radio qu’il produit chaque semaine pour rencontrer Les vraies gens.

Chronique de chroniques

Comme bon nombre d’autres chroniqueurs, Guillaume Meurice est tenté de rentabiliser le temps (sûrement long) passé à préparer ses chroniques quasi quotidiennes sur France Inter, dans l’émission de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek (« Si tu écoutes, j’annule tout », puis « Par Jupiter », et enfin cette année « C’est encore nous »). Toutefois, et c’est tout à son honneur, Les vraies gens ne sont pas une simpliste compilation de ce qu’il a déjà pu nous faire entendre par ailleurs. Tout au contraire, chaque chapitre est une thématique que l’auteur a abordée des dizaines de fois dans ses chroniques et qu’il se plaît à développer de manière ironique à partir de citations / poncifs comme « moi vous savez, je ne suis absolument pas raciste, mais… », « pour qu’il y ait des riches, il faut bien qu’il y ait des pauvres. C’est comme ça, c’est la vie ! » ou bien « Il faut apprendre aux filles qu’elles sont désirables et que ce désir peut être la cause de violence ». Le tout est agrémenté en alternance de reportages photos hashtagués et de moments « off » sur ses anecdotes les plus délirantes ou paradoxales de ses micro-trottoirs.

Encore aujourd’hui, un éditorialiste fustigeant le collectivisme au nom de liberté individuelle est tout de même content que les pompiers payés par la collectivité viennent le relever après un accident de trottinette.

Essai de témoignage

Ce qui est surtout intéressant, c’est de voir à quel point Guillaume Meurice est capable d’analyser toutes les prises de parole de politiciens, de représentants patronaux ou de simples citoyens sans jamais se départir de son humour, de son écriture ciselée (parce que quand même, ce n’est pas écrit à la va-vite) et de son envie de comprendre : son inimitable « expliquez-moi ça » reste la plus désarmante des réparties face à un poncif mal placé. Bien évidemment Guillaume Meurice n’est « qu’un » humoriste, et il le précise bien lourdement dès les premières pages tant la différence est essentielle avec les métiers que certains voient en lui. Il n’a pas pour but une vérité scientifique en sociologie, en journalisme ou en philosophie, il cherche à comprendre ; en cela, il témoigne de sa propre quête de vérité dans un monde aussi paradoxal que le nôtre. Guillaume Meurice sous-titre son essai « Sociologie de trottoir » et à raison : il n’est pas universitaire, mais son travail mériterait tout de même une reconnaissance plus conséquente, tant d’un point de vue littéraire que sociologique, car ses reportages sont toujours des sources audio bien utiles.

« C’est Darwin ! La lutte pour la survie. Dans nos sociétés, c’est pareil », m’a répondu un trader ravi de son analogie tirée sans doute de « La théorie de l’évolution pour et par les nuls ». Car convoquer un immense chercheur, pervertir sa théorie, pour justifier le fait de rouler en Porsche et taper dans le coke en spéculant sur la dette des pays pauvres, me fait toujours sourire.

Les vraies gens sont donc un vrai-faux essai très réussi, loin des simples reprises de chroniques habituelles, et proche de ses autres ouvrages, même s’il a déjà montré qu’il savait naviguer dans des registres très variés.

Autres critiques :

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine. Membre fondateur du Bibliocosme.

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