Teixcalaan, tome 1 : Un souvenir nommé Empire

3 mars 2021 10 Par Boudicca

Titre : Un souvenir nommé Empire
Cycle/Série : Teixcalaan, tome 1
Auteur : Arkady Martine
Éditeur : J’ai lu (Nouveaux Millénaires)
Date de publication : 2021 (mars)

Synopsis : Yskandr, l’ambassadeur de Lsel en poste dans la capitale de l’empire teixcalaanli, est mort. Sa remplaçante, la jeune Mahit Dzmare, part avec un handicap : la puce mémorielle censée lui fournir tous les souvenirs de son prédécesseur est défectueuse, la laissant démunie face à une société complexe dont elle a du mal à appréhender les codes. Elle peut cependant compter sur l’aide de Trois Posidonie, sa chargée de mission pleine de ressources, pour la guider parmi les intrigues et les chausse-trappes de la politique teixcalaanlie. Mais plusieurs questions demeurent : qui a tué Yksander, et pourquoi ? Risque-t-elle le même sort ?

Manque d’originalité…

Récompensé en 2020 par le prestigieux Prix Hugo, « Un souvenir nommé empire » est le premier volume d’un diptyque baptisé « Teixcalaan » et le premier roman de SF d’Arkady Martine (Anna Linden Weller de son vrai nom). Envoyé par les éditions J’ai lu à un certain nombre de blogueurs d’imaginaire, l’ouvrage semble faire consensus mais dans le mauvais sens, et n’a malheureusement pas séduit grand monde. Pour ma part, si le roman ne s’est pas révélé être la purge que je craignais, j’ai tout de même eu énormément de mal avec cette lecture. Posons d’abord un peu le décor. L’autrice met en scène l’ambassadrice d’une petite station spatiale, Mahit, envoyée dans la très puissante et très cosmopolite cité de Teixcalaan afin d’y remplacer son prédécesseur, mort dans d’étranges circonstances. Très vite, la jeune femme se retrouve entraînée dans un tourbillon d’intrigues dont elle peine d’autant plus à cerner les enjeux que le dispositif mémoriel dont elle est équipée, et qui devrait lui permettre de bénéficier des souvenirs et des connaissances de son prédécesseur, semble visiblement défectueux en plus d’être daté. La voilà donc totalement à la merci des manigances fomentées par les hauts-dignitaires qui gravitent autour de l’Empereur dont la fin de règne promet d’être mouvementée. Entre une menace de guerre civile, des courtisans ambigus et ambitieux qui la jaugent en permanence, sans oublier des tentatives d’assassinats et l’enquête concernant la disparition du précédent ambassadeur à mener, le moins qu’on puisse dire c’est que l’héroïne a du pain sur la planche. Le pitch fait penser à une intrigue de cour classique comme on en trouve beaucoup en fantasy (difficile de s’ôter de la tête le « Trône de fer » de G. R. R. Martin…) mais le roman s’inscrit dans de la SF pure et dure. Impérialisme galactique, nouvelles technologies omniprésentes, abondance de termes scientifico-technologiques : là encore rien de très original. Bien que classique par ses références et sa construction, l’ouvrage aurait malgré tout encore pu séduire si un paquet d’autres bémols ne s’étaient pas accumulés au fil de la lecture.

… et de rythme ou de cohérence

Parmi eux, on peut mentionner l’univers élaboré par l’autrice qui paraît bien creux et ne suscite à aucun moment la curiosité du lecteur qui a l’impression d’évoluer dans un décor de carte-pâte. L’intrigue reste focalisée sur la cité dont on apprend finalement très peu de choses et qu’on arpente à de trop rares occasions, tandis que le reste du monde semble avoir été totalement mis de côté. Cette apparence de huis-clos aurait pu servir à renforcer le sentiment d’oppression du lecteur, mais il donne ici simplement l’impression que l’autrice ne s’est donnée la peine de développer que le strict minimum nécessaire à son histoire. Les spécificités propres à la culture de Teixcalaan contribuent elles aussi à rendre la lecture pénible, que ce soit en raison de l’attention particulière portée par l’héroïne à la sémantique de ses interlocuteurs qu’à cause des noms portés par les habitants de la cité. Franchement, à quel moment peut-on se dire que c’est une bonne idée de nommer ses personnages en leur accolant un numéro et le nom d’un objet/animal/plante ? Le résultat est franchement indigeste et frôle le ridicule lorsqu’on se rend compte qu’on est en train d’assister à une conversation avec un individu nommé « Quinze Moteur » ou un autre « Dix-Neuf Herminette » ! L’intrigue n’est quant à elle guère plus élaborée : le protagoniste tourne en rond, ressasse encore et encore les mêmes constats et inquiétudes tandis que les événements s’enchaînent sans guère de logique. L’ennui ne tarde pas à s’installer, d’autant que l’ouvrage cumule les incohérences qui témoignent de l’absence de maîtrise de l’autrice pour faire comprendre au lecteur les tenants et aboutissants de son récit (l’ambassadrice doit se faire TOUT expliquer de la politique locale par ses alliés, ce qui permet certes au lecteur de mieux cerner l’univers mais paraît totalement déplacé compte tenu de la fonction de l’héroïne…). Les personnages ne sont, hélas, pas plus réussis car fades, à défaut d’être antipathiques. Une vacuité qui se révèle d’autant plus flagrante que l’héroïne passe son temps à chercher des significations cachés à tel discours ou tel comportement, s’emerveillant de l’incroyable complexité de ses interlocuteurs… qui se révèlent en définitive aussi peu subtiles ou sibyllins que n’importe qui.

Arkady Martine signe avec ce premier tome un roman qu’on lit avec peine tant les obstacles mis sur la route du lecteur s’accumulent. Entre une absence totale d’originalité, une intrigue qui peine à surprendre et à convaincre, sans oublier un univers superficiel et des personnages falots, l’ouvrage pâtit de trop nombreux défauts pour parvenir à capter l’intérêt du lecteur qui préférera certainement s’orienter vers d’autres rivages, ce dont on ne saurait l’en blâmer…

Autres critiques :
Apophis (Le culte d’Apophis)
Célindanaé (Au pays des cave trolls)
Jean-Claude (Les Chroniques d’Arrakis)

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