La forêt de Saint-Ambroise

2 juillet 2021 5 Par Boudicca

Titre : La forêt de Saint-Ambroise
Auteur : Camille de Montgolfier
Éditeur : Pygmalion
Date de publication : 2021 (janvier)

Synopsis : Octave est un jeune homme simple qui a consacré l’essentiel de sa vie à sa petite soeur, Ariane. Son existence n’est pas parfaite mais faire le bonheur de la fillette lui suffit. Alors, le jour où une licorne débarque sous son toit pour lui demander de l’aider à sauver une sorcière, son monde vole en éclats. Octave et Ariane découvrent un univers mystérieux et magique dont ils ne soupçonnaient pas l’existence… Et, pauvres mortels, ils ne sont pas au bout de leurs surprises.

Une fantasy très très classique

Chez les éditions Pygmalion, on est plutôt habitué à rencontrer des auteurs et autrices de fantasy étrangers chevronnés dont le succès est déjà assuré, à l’image de Robin Hobb ou G. R. R. Martin. Mais voilà que l’éditeur promeut cette année le premier roman d’une autrice française, Camille de Montgolfier, sur lequel il ne tarit pas d’éloges. L’ouvrage met en scène un jeune homme, Octave, qui a mis sa vie entre parenthèse depuis la naissance de sa demi-sœur Ariane dont il assume la garde depuis que celle-ci a été abandonnée par leur père. Un choix que le héros ne regrette pas mais qui implique une vie simple et sage, dans un petit village français dont la tranquillité va néanmoins être sérieusement bouleversée par l’arrivée de plusieurs individus très étranges. Il y a d’abord cette famille qui vient de prendre possession du manoir voisin et dont l’attitude déroutante met Octave mal à l’aise. Et puis il y a cette licorne, qui débarque un jour dans son salon et lui demande de l’aide pour sauver sa cavalière… La quatrième de couverture vante un « roman fantastique original » mais l’exposition du pitch suffit à comprendre qu’on a affaire à une histoire somme toute très classique. Trop, même. Licorne, sorcière, nécromancien… : on retrouve ici une partie des figures traditionnelles de la fantasy qui sont traitées sans une once de singularité. Les licornes sont pures et belles, les nécromanciens sont vraiment très méchants, les sorcières sont vicieuses et maléfiques… La totalité du roman est d’ailleurs à l’avenant : tout y est extrêmement stéréotypé, qu’il s’agisse de l’intrigue aussi bien que de l’univers et surtout des personnages. Cette accumulation de poncifs est d’autant plus déstabilisante qu’elle s’accompagne d’un enthousiasme presque palpable de la part de l’autrice, un peu comme si celle-ci venait tout juste de découvrir avec émerveillement ce que pouvait permettre l’imaginaire sans avoir pris suffisamment de recul pour vouloir se détacher un minimum des images d’Épinal traditionnelles.

Une intrigue et des personnages très très stéréotypés

Le résultat est pour le moins déconcertant car, quand bien même l’intrigue et les éléments surnaturels qui y sont ajoutés ne volent pas très haut, la lecture est malgré tout loin d’être un calvaire tant l’allégresse de l’autrice est manifeste. L’univers, lui, est un peu moins cliché que les créatures mises en scènes mais à peine, puisqu’on retrouve le traditionnel monde magique caché dans notre propre monde et que seuls les initiés peuvent discerner. Quelques explications sont données sur le fonctionnement de cette société parallèle qui possède ses propres institutions et représentants, mais cela s’insère assez mal dans l’intrigue générale et se révèle au final presque anecdotique. Certaines spécificités de l’univers sont de plus abordées de façon très maladroites et tombent parfois comme un cheveu sur la soupe, comme si, là encore, l’autrice était contente d’avoir fait une découverte sympathique et n’avait pas trop su comme l’insérer dans le récit. Le plus gros bémol tient à mon sens aux personnages et à la naïveté désarmante de leur réaction tout au long du récit. Cela n’est certes guère surprenant concernant le personnage d’Ariane en raison de son jeune âge, mais même les adultes font preuve de candeur et adoptent des comportements peu naturels et stéréotypés. L’histoire d’amour est cousue de fil blanc (SPOILER : et on nous fait même le coup du mariage à la fin de l’aventure, au secours !) de même que la relation entre Ariane et Octave qui, bien que touchante, est aisément prévisible dans son évolution. Le récit est de plus extrêmement manichéen, puisqu’on a majoritairement des gentils vraiment très gentils et des méchants vraiment très méchants, qu’il s’agisse des nécromanciens ou du père d’Octave et Ariane qu’aucune nuance ne viendra complexifier.

Vous l’aurez compris, je suis complètement passée à côté de « La forêt de Saint-Ambroise » qui, malgré l’enthousiasme perceptible de l’autrice, s’avère bien trop stéréotypé et prévisible. La candeur désarmante des personnages ainsi qu’une succession de maladresses dans la manière d’exposer l’univers et ses spécificités sont également problématiques et finiront de décourager les lecteurs assidus d’imaginaire. A réserver peut-être à un lectorat plus jeune… ?

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