Le Magicien quantique

29 mai 2020 4 Par Dionysos
Magicien quantique

Titre : La Magicien quantique
Auteur : Derek Künsken
Éditeur : Albin Michel Imaginaire (Space opera) [site officiel]
Date de publication : 26 février 2020 (octobre 2018 en VO chez Solaris)

Synopsis : Belisarius Arjona est un homme quantique. Ses pairs ont été créés pour pousser les capacités cognitives de l’humain à un niveau extrême. En fugue quantique, Belisarius est capable de transformer la probabilité en réalité. Toujours sur le fil, de par sa nature-même, il a trouvé un équilibre précaire en tant qu’escroc. Et quand un client lui offre une immense richesse pour déplacer une flotte de vaisseaux de guerre à travers un trou de ver ennemi, Belisarius accepte la mission et se met en quête d’un équipage composé de post-humains comme lui, mais aussi d’une Intelligence Artificielle surpuissante répondant au doux nom de saint Mathieu. Réussiront-ils leur mission, au risque de déclencher une guerre interstellaire ?

S’ils ne te respectent pas, oblige-les à te craindre. Respecte la force tant que tu ne peux pas faire autrement, puis baise-les jusqu’au trognon. Mets-leur le nez dedans.
Putain de merde.

Certaines accroches font davantage mouche que d’autres ; avec Le Magicien quantique, chez Albin Michel Imaginaire, on nous promet un Ocean’s Eleven dans l’espace, alors banco pour le premier roman de Derek Künsken, annoncé comme l’étoile montante de la « science-fiction canadienne »…

Le casse du millénaire

Belisarius Arjona arnaque à tout-va et se fait même appeler le « Magicien quantique » ! C’est un homme quantique, c’est-à-dire qu’il a été modifié pour que son intellect cohabite avec une intelligence supérieure de type quantique et qu’il puisse s’en servir en plusieurs « modes » de pensée. Quittant la planète-laboratoire où il est « né », Arjona survit en devenant un as du braquage, d’argent mais bien vite aussi d’informations, son cerveau quantique en étant bien sûr très friand. Une fois sa réputation faite, même parmi les autorités dirigeantes qui usent parfois de ses services, Arjona est l’objet de convoitises devant un potentiel aussi talentueux. C’est ainsi qu’une flottille de vaisseaux ressortie des tréfonds de la galaxie l’embauche pour lui faire traverser l’un des trous de ver les plus surveillés du coin. Son art de « transformer la probabilité en réalité » est donc mis à rude épreuve, car ses capacités ont tendance à s’amenuiser avec le temps et organiser un tel passage va nécessiter une équipe hors-normes.

Du hard et du fun

On se souvient de la volonté affichée par Gilles Dumay au lancement d’Albin Michel Imaginaire de proposer des romans si besoin funs et décomplexés, pouvant rendre le genre SFFF (science-fiction, fantasy et fantastique) attrayant pour un public non initié. C’est clairement dans ce créneau que s’affiche Le Magicien quantique. Ainsi, il y a quelques passages un brin typé « hard SF » dans ce bouquin, mais il ne constitue pas un obstacle majeur pour profiter de l’aventure. Il y a l’inverse davantage d’aspects « bon enfant », à commencer par la constitution du groupe, le choix parfois très pittoresque de ses composants et puis l’usage régulier sans être lourd d’un vocabulaire québécois qui fait mouche pour « folkloriser » le récit de notre point de vue très français : les termes comme « hostie », « tabernacle » et « câlice » sont de sortie, ça dépayse un peu sans gêner la lecture.

Les Fantoches naissent avec la certitude de qui ils sont. La vérité des Homo eridanus les regarde en face, pèse sur eux chaque seconde de leur vie. Les questions que se posent les Homo sapiens, toutes les générations de l’histoire y ont répondu mille fois.
Les Homo quantus sont éphémères. Nous ne touchons rien. Nous ne faisons rien. Nous questionnons, indépendamment du sens.

Humanité modifiée

Si certains peuvent voir dans ce livre assez peu de « world-building », ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas de décor très science-fictif. Certes, certains mots peuvent servir un peu de « totems », à commencer dans le titre par l’attrait pour le « quantique » ; toutefois, il y a l’effort de créer des espèces humaines variées, toutes plus ou moins issues de celle que nous connaissons actuellement (l’auteur en profite pour utiliser le plus souvent possible des terminologies latines comme si ces espèces existaient). Ainsi, le personnage principal est un « homme quantique » (Homo quantus) : son esprit est colonisé par quelque chose ressemblant à une intelligence artificielle qui lui permet de temps à autre d’entrer dans une phase « réflexion accélérée » ou « analyse surdimensionnée » ; cela apparaît au départ comme un super-calculatrice portable, mais cela a aussi comme conséquence de se donner l’impression de quitter son corps, d’être une entité extérieure ; c’est bien développer au moment de la résolution de l’intrigue. Ensuite, l’Homo eridanus est un mastodonte transformé génétiquement et contre son gré pour résister aux plus fortes pressions : résultat, il ne survit que dans les abysses les plus profonds ou dans un conteneur spécial. Troisième exemple, tout aussi étranges sont les Fantoches : petits êtres transformés également génétiquement, ils sont toute leur vie subjugués par leurs créateurs qu’ils considèrent comme des dieux ; problème, ceux-ci ont disparu et l’objet d’une quête sans fin pour les Fantoches. Le casse peut alors apparaître comme un prétexte pour faire se confronter ces différentes espèces du genre humain. Ces différents changements appliqués à l’humanité sont autant de questionnements sur notre propre finalité. Je dois bien l’avouer, j’ai lu ce roman au moment où j’ai développé un virus (pas un coronavirus !) qui m’a créé une sacrée fièvre au point de pas mal délirer deux jours et trois nuits de suite. Alors, entre deux cauchemars sudoripares, la lecture du Magicien quantique m’a à la fois tenu en haleine et complètement confirmé dans mon délire. Car, au fond, ne pourrions-nous pas être déjà des êtres dont le subconscient est parfois en train de prendre le dessus ? Vaste questionnement métaphysique en perspective qui est parfois touché du doigt par ce roman.

Le Magicien quantique est donc un récit fun qui transporte très loin, il mérite clairement le détour !

Voir aussi :
interview de l’auteur

Autres critiques :
Acaniel
Célindanaé (Au pays des Cave Trolls)
Le Chroniqueur (Chroniques du chroniqueur)
Tampopo (Les Blablas de Tachan)
Xapur (Les Lectures de Xapur)
Yogo (Les Lectures du Maki)
Zina (Les Pipelettes en parlent)

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