Que passe l’hiver

11 septembre 2019 8 Par Dionysos

Titre : Que passe l’hiver
Auteur : David Bry
Éditeur : L’Homme Sans Nom (HSN), puis Pocket
Date de publication : 11 avril 2019 (2018 pour le grand format)

Synopsis : « Un fil du destin se brise. Un autre se renforce. »
Stig, cadet du clan Feyren, se réjouit de participer pour la première fois aux festivités du solstice au sommet du Wegg, demeure du roi de l’hiver, signe de son passage à l’âge adulte. Le jeune homme au pied bot, difformité qui lui vaut le mépris son père, observe avec candeur et enthousiasme les conteurs, danses, ripailles et conversations, n’osant encore se mêler aux membres des trois autres clans. Mais lorsque le seigneur des Dewe s’écroule brutalement, la fête se teinte de la couleur du deuil. Et l’atmosphère glacée se fait plus étouffante.
Au cœur de la Clairière, les bûchers mortuaires brûlent et signent déjà la fin d’un monde.

Aussi loin que nos mémoires remontent, aussi loin que nos histoires s’en souviennent, la Lisière a entouré la Clairière, la Voûte surplombé nos terres, le Monde Souterrain mêlé les fils du destin au souffle des morts et des vivants.

Certaines découvertes ne se font qu’une fois le passage en format poche effectué : Que passe l’hiver, de David Bry, est d’abord sorti chez les éditions de l’Homme Sans Nom (HSN), mais c’est par sa version Pocket, grâce à l’envoi par Charlotte Volper, nouvelle directrice du pôle Imaginaire de Fleuve Éditions (merci à elle !), que j’ai pu en faire la découverte.

Lutte de clans au fin fond de l’hiver

Que passe l’hiver est un roman montrant les tensions qui surviennent lors d’une cérémonie rituelle. La société que nous narre David Bry est divisée en quatre clans, chacun avec un territoire limité mais surtout avec un pouvoir particulier : le clan des Feyren possède la faculté de se transformer en n’importe quelle créature ; les Dewe ont la capacité à marcher entre le Voile et le monde des humains ; les Oren peuvent s’approcher du cratère de la Montagne du Destin pour sentir frémir au bout de leurs doigts les fils du destin et ainsi voir toutes les possibilités du temps ; et les Lugen, enfin, peuvent parler aux esprits. Tous descendent des Ordrains, les gardiens du Wegg où se déroule l’histoire et dont le chef est le roi de l’hiver, maître des hommes et de la Clairière, qui arbore sur son crâne de beaux et puissants bois de cerfs. C’est du clan des Feyren que vient Stig, jeune homme au pied bot, héros qui découvre cette réunion ancestrale entre les clans. Il se pose beaucoup (beaucoup) de questions, notamment quand débute sa petite enquête personnelle sur ce qui lui semble être une mort intentionnelle.

Sur un rythme polar

Ainsi, le jeune Stig se lance dans une enquête sur la mort de Conrad, le chef du clan des Dewe : Stig commence à émettre des soupçons sur la nature de ce décès et il est rejoint en cela par la fille du défunt, Umbre Dewe. Son récit est rythmé par la maxime « Un fil du destin se brise, un autre se renforce. ». En effet, à chaque décision, se ferment certains chemins, mais d’autres se solidifient. Dommage toutefois que le lecteur ne puisse, en fait, rien tenter de deviner : quels fils semblent importants ? aucun indice n’est concrètement donné pour se faire sa propre aventure, sa propre enquête. Pour le reste, il n’y a peut-être beaucoup de matière en ce qui concerne des étapes de transition dans l’enquête, par contre il y a une progression certaine dans la tension apportée au récit : Stig débute en simple innocent, naïf face à l’inconnu mais lucide sur ses maigres possibilités ; puis, il acquiert un certain nombre de certitudes à force de désillusions malheureuses. Cette montée crescendo amène forcément le lecteur à attendre une fin digne de ce nom qui répondra à tous les enjeux de façon inattendue, le contrat est en bonne partie rempli. Restent quelques détails sur la facilité à se débarrasser de certains personnages ou de mettre en scène la psychologie de certains autres.

Une nette inspiration nordique

Avec ce roman, David Bry nous emmène, et c’est là le plus intéressant, à l’assaut de la mythologie scandinave classique, mais sans l’aborder par son aspect habituel souvent lié à la guerre et l’organisation du monde. Ici, il s’agit plutôt du rapport à la nature et du lien entre les humains et les forces de la terre. Ainsi, la mythologie majoritairement nordique est mise à contribution et on retrouve un certain Urian à sa tête, un dieu sombre et mystérieux qui s’est retiré dans ses Cavernes, le monde souterrain, attendant de réceptionner des âmes prêtes à ne plus ressusciter. Des prophétesses accompagnent chaque clan et des créatures fantastiques rôdent dans la forêt et hantent les cavernes ; le bestiaire est complètement par le clan des Feyren qui, comme déjà précisé, le pouvoir de se transformer en animal. Dès que l’enquête se lance, l’usage plus ou moins restreint par l’autorité d’une magie de plus en plus forte pose évidemment question au narrateur. Celle-ci peut-elle être utilisée pour dépasser le cadre du monde qui leur est octroyé ou bien doit-elle rester dans un cadre consensuel ? Plusieurs personnages sont des petits Thor et des petits Loki en puissance, se répandant plusieurs fois en vengeances et en coups de sang, d’autant que pour certains l’abus d’alcool ne favorise pas la fraternisation entre clans.

En conclusion, Que passe l’hiver possède des qualités, notamment cette ambiance entre grand froid, bestiaire nordique et huis clos inquiétant qui fonctionne bien, ainsi que plusieurs points à améliorer, mais dans son sujet comme dans son propos, l’ensemble est assez frais.

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