Effluvium

6 mai 2019 5 Par Boudicca

Titre : Effluvium
Auteur : Xavier Mauméjean
Illustrateur : Didier Graffet
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2019 (avril)

Synopsis : D’un Paris alternatif à un New York fantasmé, des flots légendaires aux mégapoles d’acier, Didier Graffet nous emmène au cœur de panoramas uniques faits de rigueur architecturale et de bâtiments à vapeur. Effluvium, c’est une Humanité conquérante qui cherche à repousser limites et frontières par les airs, les océans et le chemin de fer.

Une incitation à l’exploration

Didier Graffet est un illustrateur qui s’est fait connaître par ses couvertures pour Bragelonne, et surtout pour son travail sur Jules Verne. Xavier Mauméjean, lui, est un auteur à qui on doit de nombreux romans de fantasy ou de science-fiction (« Ganesha » ; « Car je suis légion » ; « Le Cycle de Kraven »…). Les deux artistes avaient déjà collaboré sur un même ouvrage en 2013, un beau livre intitulé « Steampunk, de vapeur et d’acier » qui revisitait l’histoire de l’humanité en imaginant ce qu’aurait été notre monde si les hommes avaient réussi à maîtriser les secrets de la vapeur dès l’Antiquité. Six ans plus tard, les voilà de retour pour une nouvelle collaboration, « Effluvium », qui repose sur un principe similaire, quoi qu’exploité de manière plus superficielle. En effet, si le texte et l’image occupaient précédemment une place égale, dans le cas présent c’est clairement l’illustration qui prend le pas sur le reste, la contribution de Mauméjean se limitant à de simples commentaires et non plus de récits entiers. Particulièrement imposant de part son format, l’ouvrage est divisé en quatre chapitres qui présentent chacun un aspect différent de ces mondes alternatifs marqués par l’esthétique et les préoccupations caractéristiques du steampunk. La construction est chaque fois la même : l’illustration (réalisée à la peinture acrylique) s’étend sur une page entière, l’autre étant occupée par un croquis ainsi que par un commentaire de Xavier Mauméjean qui apporte un nouvel éclairage sur l’image, que ce soit en focalisant l’attention du lecteur sur un détail ou en présentant le contexte dans lequel l’illustration doit être comprise. Bien que très intéressants et rédigés avec soin, ces commentaires sont hélas trop succincts, ce qui peut s’avérer frustrant pour le lecteur. Si l’ouvrage est avare en texte, il offre heureusement un magnifique aperçu du travail de Didier Graffet. Imprimé sur un format aussi impressionnant que peu courant, « Effluvium » permet d’apprécier les toiles de l’artiste à leur juste valeur, que ce soit au niveau de la composition d’ensemble que du jeux des couleurs ou encore des détails que cachent parfois les paysages grandioses mis en scène.

Ambiance steampunk et mondes alternatifs

La première partie rassemble plusieurs représentations de navires, tous plus impressionnants les uns que les autres, qui mêlent des technologies et des matériaux propres à l’univers steampunk (des rouages, de l’acier, de la vapeur…) tout en gardant une esthétique très XVIIIe (grandes voiles blanches, cordages…). Le plus impressionnant reste cela dit l’environnement dans lequel ces vaisseaux extraordinaires sont amenés à évoluer, qu’il s’agisse d’un ciel orageux, d’une mer déchaînée, d’une jungle encore inexplorée ou même des fonds marins. Cette diversité des paysages contribue, à mon sens, à faire de ce chapitre celui dans lequel la virtuosité de l’artiste est la plus frappante. On effectue un saut dans le temps avec la seconde partie dont l’ambiance s’inspire davantage du XIXe et du XXe et met essentiellement en scène le Paris de l’époque ainsi que ses monuments les plus emblématiques (revisités là encore à la sauce « steampunk ») : l’Opéra Garnier, la Tour Eiffel, le Petit Palais, la Gare du Nord… Plusieurs planches nous donnent également un aperçu de l’ambiance d’autres grandes villes de l’époque, qu’il s’agisse de Londres ou de New York. L’occasion pour Xavier Mauméjean de rappeler dans ses commentaires certains des épisodes les plus marquants de ce siècle : l’exposition universelle de 1889, l’essor de la publicité, les crises boursières… Les deux dernières parties présentent à mon sens moins d’intérêt et sont consacrées à des représentations de monuments ou de moyens de locomotion fantasmés dans lesquels prédominent des textures généralement assimilées au steampunk : l’acier, la vapeur, le métal ou encore le cuivre. Si ces images sont un peu moins promptes à enflammer l’imagination du lecteur, elles n’en restent pas moins superbement réalisées et permettent de mettre l’accent sur une thématique récurrente de cet ouvrage comme du précédent, à savoir la dualité de la machine, à la fois outil d’exploration mais aussi d’exploitation. A noter que l’ouvrage se clôt par une interview fort instructive de chacun des deux auteurs.

« Effluvium » est donc un très bel ouvrage qui met superbement en valeur le travail de Didier Graffet, que ce soit via les commentaires de Xavier Mauméjean ou grâce au format lui-même qui permet d’apprécier chaque planche dans toute sa splendeur. Un véritable appel à l’aventure et à l’exploration qui ouvre une série de fenêtres vers des mondes ou des époques inconnues. A réserver aux collectionneurs.

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