The Manhattan Projects, tome 1 : Pseudo-science

24 septembre 2018 0 Par Dionysos
The Manhattan Projects 1 Pseudo-science

Titre : Pseudo-science
Cycle/Série : The Manhattan Projects, tome 1 (épisodes #1-15)
Scénariste : Jonathan Hickman
Dessinateur : Nick Pitarra
Coloriste : Jordie Bellaire
Éditeur : Urban Comics (Urban Indies) [site officiel]
Date de publication : 5 janvier 2018 (2012-2013 en VO chez Image Comics)

Synopsis : Octobre 1938. Le président Roosevelt reçoit une lettre d’Albert Einstein l’informant des progrès des savants allemands en matière de physique nucléaire. Dans quelques mois, les nazis pourraient disposer de la bombe nucléaire. Suite à cette révélation, le président américain décide la création du Projet Manhattan et rassemble les plus grands esprits scientifiques, chargés de contrer les avancées de l’ennemi ; projet qui aboutira quelques années plus tard à la création des premières bombes atomiques. Voici pour l’histoire officielle… Et s’il ne s’agissait que d’une partie de la vérité ? Si le Projet Manhattan avait servi d’écran pour occulter la création de nombreux autres projets encore plus fous et encore plus dangereux pour l’Humanité ? Et si la bombe atomique n’était que la plus modeste de leurs créations ?

Coup de coeur

Le Projet Manhattan est mené par plusieurs scientifiques, dans le but de mettre au point la première bombe atomique de l’histoire.
Mais je puis vous assurer, Professeur Oppenheimer, qu’ici, nous travaillons sur des choses bien plus intéressantes.

Il existe toujours des bédéastes très productifs ; chez nos amis anglo-saxons, Jonathan Hickman fait partie de ceux-là, puisqu’en plus de toutes ses publications « mainstream » concernant les super-héros, il a d’ores et déjà multiplié plusieurs séries dites « indés » qui sont reprises en français par Delcourt puis Urban Comics. Dans le style, découvrez donc Pax Romana ou East of West, mais Manhattan Projects vaut largement aussi son pesant de cacahuètes.

Des secrets dans un secret

Suite notamment à une célèbre lettre d’Albert Einstein, le président des États-Unis d’Amérique Franklin D. Roosevelt lance, en pleine Deuxième Guerre mondiale, le Projet Manhattan afin de s’assurer en premier du contrôle de bombes atomiques. Alors que la vérité historique s’arrête là, Jonathan Hickman dévoile bien plus qu’un « simple » projet atomique. Ainsi, derrière cette façade déjà mystérieuse, se cache en fait un nombre incroyable d’expériences toutes plus dangereuses les unes que les autres. Fermi, Einstein, Oppenheimer, Feynman, etc. : tous se bousculent dans ces pages pour apporter un éclairage étonnant, dirons-nous, sur la destinée des ces Projets Manhattan. À partir de ces premières recrues, des avancées folles à propos de l’énergie atomique, du voyage stellaire et des recherches sur les réalités parallèles vont être au programme. Alors que la Deuxième Guerre mondiale, puis la guerre froide font rage sur Terre, les sciences progressent bien plus vite que prévu au sein des Projets Manhattan.

Un casting délirant

Pour mener à bien les nombreuses expériences qui seront mises en œuvre par les Projets Manhattan, est convoquée une ribambelle de personnalités historiques : Fermi, Einstein, Oppenheimer, Feynma et bien d’autres doivent se côtoyer au risque de créer un certain nombre d’étincelles. Certes, le casting est pléthorique (il suffit de regarder la couverture pour s’en rendre compte), mais que c’est captivant de voir leurs intérêts personnels s’affronter ! C’est d’ailleurs assez jouissif de voir tous ces grands scientifiques avoir des facettes, notamment psychologiques, bien plus complexes que nous ne pourrions l’imaginer, ce qui rend leurs rencontres tout à fait… particulières (pour rester volontairement vague). Sans trop en dévoiler, nous pouvons facilement dire que chacun d’entre eux cache forcément quelque chose, et ce n’est pas Jo le rigolo… Dès le premier chapitre, dès les premières pages même, on nous montre qu’Oppenheimer n’est pas l’unique génie scientifique de sa famille, ce qui a des conséquences conséquentes. De même, Fermi n’a pas une tête un peu loufoque pour rien, il y a bien une raison… Bref, chaque scientifique a son histoire, très développée, et les recrutements (tout à fait historiques pour le coup) au sein des états-majors militaires et/ou scientifiques de l’Allemagne nazie, puis de l’Union soviétique, ne sont que des péripéties supplémentaires pour ces Projets qui n’ont plus pour unique but d’équiper les États-Unis de l’arme atomique.

Une structure scénaristique et graphique recherchée

Pour chacun des quinze épisodes présents dans ce premier tome, Jonathan Hickman organise son récit de manière tout à fait méthodique : retour dans le passé d’un personnage, dévoilement d’une caractéristique cachée de celui-ci et enfin conséquence de cette découverte sur le présent, conséquence souvent tragique pour une partie des scientifiques suivis. Dans cet esprit mystérieux, les chapitres sont entrecoupés de messages subliminiques et de citations issues des archives de Feynman, qui prennent progressivement leur sens pour le lecteur au fur et à mesure que les Projets Manhattan tournent soit au pur déjanté, soit à la boucherie absolue (parfois les deux à la fois). Cynisme et amour du génocide sont les deux mamelles des Projets, pour vous donner un peu le ton. Certes, il n’y a peut-être des répliques clinquantes à chaque coin de page, mais c’est surtout dans les retournements de situation, dans les dévoilements successifs que se révèle le sel de cette excellente série. Toutefois, il n’y a pas que ce qui est osé par l’histoire qui est à noter. Ainsi, graphiquement, la structure littéraire prend une place cohérente et importante dans le récit de ces personnages, soit en expliquant leurs actions en cours, soit en narrant leurs « origines ». Nick Pitarra réussit à créer des visuels franchement malsains, notamment dans les retours dans le passé, d’autant plus que Jordie Bellaire à la colorisation conserve sa patte flashy, offrant des graphismes à la fois tranchés et joyeux. Le manichéisme est volontairement accentué par les couleurs, et cela sert le récit quand il s’agit de repérer où sont les anomalies dans les personnalités scientifiques que nous croisons : chacun peut se révéler agressif envers ses confrères, l’opposition bleu/rouge nous fait alors visualiser les oppositions à l’œuvre.

Gros coup de cœur donc pour ce début de série Manhattan Projects ! Jonathan Hickman sait s’entourer pour encore proposer une série qui marque. Vivement le deuxième tome !

Voir aussi :
Tome 2

Autres critiques :

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