Fasciste

1 septembre 2018 5 Par Dionysos
Fasciste

Titre : Fasciste
Auteur : Thierry Marignac
Éditeur : Payot / ActuSF (Hélios) [site officiel]
Date de publication : 1988 / 2015

Synopsis : Rémi Fontevrault est un fasciste. Plus par amour de lui-même que par détestation des autres. Il aime la posture du réprouvé, l’odeur du soufre, l’idée d’être seul contre tous et celle de nager à contre?courant dans une France que, pour se distinguer de la masse, il préfère juger en déréliction. Esprit brillant mais paresseux, beau gosse, Rémi s’invente, sans trop y croire, un destin à la Brasillach.
Mais lorsqu’il rencontre Irène et Lieutenant, le romantisme doit faire place à l’action armée. Il entame alors une lente dérive vers la violence, là où, finalement, les idéaux comptent moins que les actes.
Sorti en 1988, Fasciste est le premier roman de Thierry Marignac. Tant par son sujet que par son style travaillé, tendu, précis comme un uppercut et qui lorgne tout à la fois vers Dada et Drieu La Rochelle, Fasciste détonne et étonne dans cette France « Touche pas à mon pote » mais aussi dans celle d’aujourd’hui, la France « Bleu Marine », tentée par l’extrême droite.

Le lendemain quand je sors des urgences, l’infirmière dit :
— Vous voyez, on s’occupe quand même de vous.
Je crois qu’elle fait allusion à la croix gammée sur mon tee-shirt.
Je l’emmerde.
Je désigne son badge Marley, aux trois couleurs jamaïcaines caché sous la blouse. Je soigne mon effet : sortir, dire dans un souffle :
— Vous aussi, vous portez sur vous le romantisme suicidaire de la race.

Fasciste est un roman noir de Thierry Marignac, publié pour la première fois en 1988, les éditions ActuSF l’ont ressorti dans la collection Hélios en 2015.

Un contexte lourd de sens pour un premier roman

Le contexte de publication est intéressant à préciser. 1988, comme le rappelle la préface de Pierric Guittaut, signifie un moment paradoxal de la Ve République française : il y a à la fois la montée des mouvements antifascistes et antiracistes, et l’entrée depuis deux ans à l’Assemblée nationale d’un certain nombre de députés issus du Front National. Clairement, on peut comprendre l’envie de l’auteur, son besoin même, de faire sortir un premier roman à propos de ce contexte tendu. Le climat est au paradoxe, il y avait besoin, par forcément d’expliquer, mais de montrer ce paradoxe.

Le récit d’un jeune d’extrême-droite

Rémi Fontevrault est un jeune homme tout ce qu’il y a de plus normal, à part peut-être qu’il est intrinsèquement fasciste. Famille aisée, envie d’en découdre et colère constante envers la société qu’il aimerait davantage nationaliste, tels sont les ingrédients de son petit destin de militant de droite. Alors que les opportunités s’ouvrent à lui, tant d’un point de vue politique que professionnel, il les saisit au fur et à mesure pour se tailler une place à sa mesure. Coup de main dans des manifestations politiques, coup de force dans quelques soirées chaudes : les occupations de Rémi deviennent un peu récurrentes à partir du moment où il comprend qu’il peut canaliser sa propre colère au service de personnes qui semblent le comprendre. Autour de lui, certains personnages sont notables : la belle Irène, figure de la jeunesse conservatrice et qui inonde les pages de sa sensualité et le rugueux Lieutenant, supérieur hiérarchique du héros ; tous deux cadrent et encouragent la montée radicale du jeune Rémi avec plus de passion et plus de violence au passage.

Un roman « coup de poing dans la gueule »

Ce roman s’organise en huit chapitres tendus, secs, tous agrémentés de phrases courts et cinglantes. Le héros parle à la première personne du singulier et il est clair que le lecteur s’immerge dans sa conscience, même quand ce n’est pas beau, même quand ses paroles et ses pensées sont abjectes. Thierry Marignac multiplie les anecdotes et les péripéties pour montrer que plusieurs crans dans la violence sont franchis par le héros : sa formation militaire, ses déboires à l’étranger, ses humiliations, ses vengeances, etc. Il ingère cette violence, il s’en nourrit, s’en justifie.
En conclusion, Fasciste est une expérience intéressante, qui valait le coup d’une réédition en poche. Il y a bien sûr des aspects à améliorer, inhérents au fait que c’est un premier roman, mais il y a surtout une fin qu’on aimerait plus précise, qui donne davantage au lecteur.

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