La Horde du Contrevent, tome 1 : Le cosmos est mon campement

28 juin 2018 9 Par Boudicca

Titre : Le cosmos est mon campement
Série : La Horde du Contrevent, tome 1
Scénariste et dessinateur : Eric Henninot
Éditeur : Delcourt
Date de publication : 2017 (octobre)

Synopsis : Après une formation impitoyable, et alors qu’ils étaient encore enfants, ils ont quitté Aberlaas, la cité des confins. Leur mission : marcher d’ouest en est jusqu’à atteindre l’Extrême-Amont, source mythique du vent qui balaye leur monde jour et nuit, sans trêve ni répit. Ils sont la 34e Horde du Contrevent. Golgoth ouvre la marche derrière lui, Sov, le scribe, sur les épaules duquel l’avenir de la Horde tout entière va bientôt reposer…

Bibliocosme Note 4.5

Furvent, ceux qui vont mûrir te saluent !

S’il y a bien une œuvre de fantasy que je ne pensais pas voir adapter un jour, et ce quelque soit le média, c’est bien « La Horde du Contrevent ». Trop de personnages. Trop difficile à représenter par des images précises. Trop ambitieux, tout simplement. Ils sont pourtant plusieurs a rapidement avoir été tentés de se frotter à cette œuvre devenue majeure, mais jusqu’à maintenant sans résultats (aucune nouvelle de l’adaptation en animé, par exemple…). Et voilà qu’Éric Henninot décide de s’attaquer, seul, à cette fameuse Horde, et qui plus est en bande dessinée. Évidemment sollicité pour donner son avis sur cette adaptation, Alain Damasio se fend au début de l’ouvrage d’une longue préface fort élogieuse dans laquelle il raconte sa vision du projet, et incite les lecteurs à faire preuve d’ouverture : « Vous, lecteurs du roman qui venez avec vos doutes ou vos espoirs, laissez-vous porter ! Avancez donc vierges d’attentes, à nouveau innocent et frais, et acceptez cette Horde qu’Éric vous reconstitue et vous offre, laquelle ne ressemble évidemment qu’à lui. » Difficile évidemment de se détacher du texte d’origine dans les premières planches : on n’imaginait pas forcément les personnages comme ça ; on se rappelle que le roman ne débutait pas de la même manière ; on s’interroge sur le choix de l’auteur d’avoir ajouté ou supprimé telle ou telle scène… Et puis, comme le préconise Damasio, on finit par se laisser porter à nouveau par l’épopée formidable de ces Hordiers en quête de l’Extrême-Amont et de l’origine du vent qui balaie leur monde. Et la magie opère, une fois encore. Ce premier tome ne couvre pourtant qu’une toute petite partie du roman, à savoir les premières étapes traversées par la trente-quatrième Horde lorsqu’on les retrouve vingt-sept ans après leur départ.

Il va donc falloir s’armer de patience avant de pouvoir découvrir la magnifique cité aérienne d’Alticcio et l’imposant massif de Norska, ou assister à la traversée de la Flaque de Lapsane ou au magistral duel littéraire opposant Caracole et Sélème. En dépit de l’absence des scènes les plus cultes du roman, l’album reste tout de même passionnant et permet à Éric Henniot de poser non seulement le décor (ces étendues sauvages parcourues par un vent permanent allant de la douce brise à la tempête la plus déchaînée) mais aussi et surtout les personnages. Et quels personnages ! Golgoth, inflexible chef de la Horde s’exprimant dans un langage particulièrement fleuri qu’on retrouve avec plaisir ; Caracole et son tempérament joyeux, ses jeux de mots, ses taquineries, sa complexité ; Sov et ses doutes, ses petites attentions et sa gentillesse ; le prince Pieto Della Rocca, le combattant Erg Machaon, Coriolis, Oroshi, et tant d’autres encore… C’est avec beaucoup d’émotions qu’on renoue avec chacun des Hordiers, et tant pis si certains ne sont pas du tout comme on se les imaginait ou si l’auteur s’est permis quelques petites retouches. Après tout, comme le dit Damasio, il s’agit ici de sa Horde, et non de la notre. Si le scénario ne déçoit pas, il en va de même des graphismes qui, là encore, sont parfaitement à la hauteur : les visages des personnages sont habités et expressifs, et les étrangetés du paysages sont superbement rendues, de même que ce vent à la force changeante que les Hordiers doivent affronter lors de scènes qui sont aussi impressionnantes à regarder qu’elles pouvaient l’être à lire. La coloration est pour sa part toute aussi soignée, même si pas encore très variée (c’est le brun qui prédomine surtout dans ce premier tome) : nul doute que les futurs paysages rencontrés par la Horde se révéleront plus diversifiés et donc plus colorés.

Pari un peu fou mais pari réussi malgré tout pour Éric Henninot qui pose ici les bases d’une solide adaptation qui ravira aussi bien néophytes que les grands fans du roman de Damasio. Inutile de vous dire que j’attends la suite avec beaucoup d’impatience !

Autres critiques :  ?

Retour en haut