Le Glaive de justice

Titre : Le Glaive de justice
Cycle/Série : La saga de Xavi El Valent, tomes 1 et 2
Auteurs : Boris Darnaudet, François Darnaudet, Gildas Girodeau et Philippe Ward
Éditeur : Rivière Blanche / Mnémos (Hélios) [site officiel]
Date de publication : 2010 et 2013, puis 2016 en poche

Synopsis : En l’an de grâce 1213, alors que les troupes du roi d’Ock Bérenger V et du monarque Pere IX de Katland rencontrent celles d’Amalrik dans la plaine de Murèl, débute la saga d’un chevalier katalan : Xavi El Valent.
Entre trahisons, embuscades, échauffourées avec des loups garous, surveillance des lignes ennemies par les goelaks et autres joyeusetés, Xavi d’un côté et Agna de l’autre réussiront-ils à obtenir le Glaive de Justice ?
Une histoire passionnante et très originale avec du suspense, des batailles, des combats violents et des effusions d’hémoglobine.
Le Glaive de Justice est une fantasy joyeusement épique et distrayante.

Bibliocosme Note 3.0

En l’an de grâce 1213 après Jean-Baptiste, le roi Amalrik III le Vil, monarque absolu de tout le pays franc, décida de conquérir les royaumes de Pyrène pour étendre son territoire.

Le Glaive de justice est un roman sous-titré « La saga de Xavi El Valent », c’est un roman « chorale », déjà parce qu’il est écrit à huit mains par Boris Darnaudet, François Darnaudet, Gildas Girodeau et Philippe Ward, mais en plus c’est la réunion de plusieurs novellas constituant donc une « saga » cohérente. Ce recueil est même plus exactement la réunion dans la collection Hélios des Indés de l’Imaginaire des tomes 1 et 2 parus précédemment chez Rivière Blanche.

Une épopée de fantasy historique très historique

La saga de Xavi El Valent nous emmène volontairement dans un cadre loin du monde occidental classique, de l’influence anglo-saxonne et du médiéval-fantastique habituel. Nous plongeons dans une Catalogne fantasmée très portée sur la religion et la guerre. Nous sommes dans un XIIIe siècle avec la fameuse « croisade albigeoise » comme point culminant des rapports de force féodaux. Géographiquement, nous sommes à cheval sur l’Occitanie (appelée pays d’Ock, pays des Ockcitans) et sur le pays catalan espagnol (Katland ici), ce qui correspond à la Septimanie, à l’ancienne Gothie même au besoin ; pour se repérer facilement, beaucoup de lieux sont dénommés par des légères transcriptions en catalan, il en est ainsi de Barcelona, Girona, Murèl, Besièrs, Fois, Montségur, Kotlliure, etc. Les auteurs nous installent donc dans un cadre très organisé, où certains personnages (rois, papes, comtes) peuvent dire vaguement quelque chose, comme Simon de Montfort (Malfort ici, en fait).

Une épopée de fantasy historique très fantasy

Cette saga sur fond historique reprend à son compte les plus gros poncifs de la fantasy. Ainsi, la « croisade albigeoise » devient ici un vaste conflit entre des résistants katalans et ockcitans devant l’avancée du roi des Francs, mais aussi et surtout de son allié, le pape noir qui dirige des cardinaux ayant chacun les pouvoirs de magiciens et contrôlant des hordes de soldats, dont certains sont carrément des morts-vivants ramenés à la vie par nécromancie. De plus, nous suivons Xavi, un héros malgré lui qui doit retourner la situation catastrophique installée au départ en défaveur des Katalans et des Ockcitans (c’est d’ailleurs, eux qui sont au cœur de l’action, le roi franc étant très lointain dans l’intrigue). Il est, au fur et à mesure, amené à rencontrer et à agréger plusieurs groupes de rôles secondaires (la sorcière retorse, l’archer multi-tâches, le vieux mentor, etc.) ; toutefois, chacun a des compétences ou des personnalités un peu particulières qui font que ces archétypes sont bien remodelés. Pour le reste, on retrouve de la même façon, une épée légendaire (les comparaisons à Excalibur et Durandal sont légion), des pouvoirs magiques en puissance et une flopée de créatures qui forment un bestiaire fourni et complètement foutraque : outre les sorcières, sorciers et autres guerriers morts-vivants, se croisent des lycanthropes, des vampires, mais aussi des minotaures, des chevaux ailés, des tigro-raptors. Et tout cela est aussi saupoudré d’une mythologie mixte entre cultures celtique et catalane, où les dieux sont présents dans la vie des gens, dans les paysages, comme pouvaient l’être les divinités grecques qui s’amusaient de la vie des humains. Cet ensemble hétéroclite a d’ores et déjà donné lieu à de larges prolongements sur le site officiel de la sage de Xavi El Valent. Au fur et à mesure que les auteurs construisent cet univers, des éléments subtils de différentes uchronies apparaissent.

Une épopée de fantasy historique très épique (qui a dit qu’on ne pouvait pas des anaphores ridicules dans ces sous-titres ?!)

Le Glaive de justice mise clairement sur la présence de batailles épiques dans tous les coins. Cela peut parfois poser des problèmes de rythmes, ce qui n’est pas arrangé par le fait que ces deux tomes ne sont en fait que le début d’une série (aucune mention faite par l’éditeur ! et on le comprend puisque le tome 3 est sorti en 2017 et d’autres prolongements sont attendus. Méfiance donc cher lecteur…). La recherche constante de sentiments épiques tout en plaquant des répliques drôlatiques et des situations burlesques, cela finit (notamment dans le début du Livre 2) par déboucher sur une débauche de combats et de magie, mais aussi des jeux de mots qui deviennent bien plus nombreux au risque de lasser (surtout quand les transcriptions ne concernent plus seulement les auteurs, mais aussi des personnalités politiques contemporaines sans grande recherche d’originalité).

Le Glaive de justice est donc un roman étonnant. Il fourmille d’idées, en voulant se focaliser sur une fantasy historique loin d’être dans le moule anglo-saxon et qui propose autre chose et ce de belle façon. L’humour est certes inégal selon les textes et les auteurs, mais l’ensemble déborde de bonne volonté.

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