Le Royaume blessé, tome 1 : L’âge des assassins

9 février 2018 7 Par Boudicca

Titre : L’âge des assassins
Cycle/Série : Le Royaume brisé
Auteur : R. J. Baker
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2018 (janvier)

Synopsis : Girton est l’apprenti de la plus célèbre criminelle des Terres lasses et se destine à une prometteuse carrière d’assassin… même si être affublé d’un pied bot corse légèrement l’affaire. Si Girton se consacre d’ordinaire à l’art de tuer, sa nouvelle mission lui apporte un défi inédit : il s’agit cette fois de sauver une vie. Un mystérieux traître a tenté d’assassiner l’héritier du trône, et Girton et sa maîtresse sont recrutés pour le protéger en secret. Au sein d’un château débordant de pièges et de faux-semblants, Girton se fait alors passer pour un simple écuyer et doit apprendre à reconnaître les alliés potentiels comme les ennemis de l’ombre. À mesure qu’il progresse dans cette toile d’illusions et de mensonges, l’apprenti assassin va se heurter aux ambitions du pouvoir, éprouver sa loyauté et tenter de déjouer une conspiration qui pourrait bien détruire le royaume tout entier…

Bibliocosme Note 3.0

Un assassin sous couverture

En ce début d’année 2018, les éditions Bragelonne nous proposent de découvrir un aperçu de la production anglo-saxonne en matière de fantasy avec le premier tome d’une nouvelle série signée par R. J. Barker. Je vous le donne en mille, le protagoniste de « L’âge des assassins » est un jeune tueur professionnel dont on fait la connaissance alors qu’il est occupé à s’introduire secrètement dans une place forte afin d’y perpétrer un meurtre. Seulement les choses ne se déroulent pas comme prévues, si bien que Gitron et sa « maîtresse » se voient forcés à leur arrivée de laisser momentanément de côté leur métier d’assassin pour exercer celui d’espion. L’objectif ? Démasquer les conspirateurs qui cherchent à s’emparer du trône et les empêcher d’attenter à nouveau à la vie du prince l’héritier, un jeune coq détestable dont le rôle sur le trône se limitera à celui de marionnette. Introduit à la cour sous une fausse identité, notre héros est notamment chargé de récolter des indices auprès des écuyers, une dizaine de jeunes garçons ambitieux dont beaucoup ont de sérieux motifs de s’en prendre au prince. Le parallèle avec « L’assassin royal » est évidemment tentant, puisqu’on a dans les deux cas affaire à un adolescent exerçant le métier d’assassin dans un contexte de cour, mais les deux romans et les deux ambiances n’ont strictement rien à voir. La lecture de ce premier tome est dans l’ensemble agréable, même si, en dépit de l’absence de gros défauts vraiment rédhibitoires, on peut relever la présence de plusieurs fausses notes dont l’accumulation finit par nuire à la qualité de l’ensemble. On peut notamment reprocher à ce premier tome sa trop grande prévisibilité, certains rebondissement se voyant arriver longtemps à l’avance, ainsi que la présence de quelques longueurs, notamment dans la première partie.

Quelques fausses notes…

L’intrigue est pour sa part plutôt bien construite, le suspens étant préservé jusqu’à la toute fin, même si on peut regretter la maladresse avec laquelle la révélation finale est amenée par l’auteur qui se contente de réunir tous les protagonistes dans une même pièce et de laisser le soin à l’un d’eux de déballer toutes les réponses aux mystères posés depuis le début. Autre point de crispation : le personnage de Merela, la mentor de notre héros, qui ne semble avoir été créée par l’auteur que dans le but de faire avancer l’intrigue à des moments clés, et rien de plus. En dépit de l’importance extrême de la mission des deux assassins (tant pour le royaume que pour leur propre survie), la maîtresse de Gitron ne prend en effet presque aucune part à la mission qui leur a été confiée et laisse au contraire tout le travail à son apprenti. C’est d’ailleurs grâce à lui seul que l’enquête finie par aboutir, puisque l’assassine ne sera parvenue à récolter aucun indice en dépit de sa couverture qui lui offrait pourtant une belle opportunité de dénicher des informations auprès des petits comme des puissants peuplant le château. L’assassine n’est d’ailleurs pas la seule à être sous-exploitée, les personnages secondaires constituant l’entourage de Gitron ne bénéficiant pas d’une personnalité suffisamment développée pour s’attirer la sympathie du lecteur. On s’attache en revanche rapidement au personnage principal qui s’exprime à la première personne pendant toute la durée du récit puisqu’il s’agit là de son témoignage, rédigé longtemps après les faits. L’avantage, c’est qu’on entre plus facilement en empathie avec lui. L’inconvénient, c’est que le jeune assassin est obligé d’être au centre de tout et donc de tout faire tout seul, quitte à éclipser ainsi tous les autres personnages qui, à l’image de sa maîtresse, se trouvent reléguer au simple rang de figurants.

… et quelques bonnes trouvailles

L’univers est pour sa part assez classique, puisqu’on a affaire à du médiéval fantastique traditionnel tant en terme de décor, que d’équipement ou de hiérarchisation de la société. Certaines trouvailles sont cela dit intéressantes, à commencer par le Festival, cette ville itinérante peuplée de commerçants, musiciens et comédiens, qui offre une nouvelle vie à ceux qui souhaite la rejoindre et dont l’arrivée donne le coup d’envoi de plusieurs jours de célébration pour la population. L’auteur nous donne d’ailleurs quelques aperçus des performances réalisées par certains des artistes accompagnant ou non le Festival, et le rendu est vraiment réussi. La magie occupe pour sa part une place centrale dans le roman, et ce en dépit de son absence puisque ceux qui la pratiquent sont pourchassés sans pitié depuis des années. La raison de ces persécutions sont simples : la magie ne s’exerce qu’en dépouillant la Terre de sa fertilité et menace donc la survie de l’humanité. L’idée est là encore intéressante même si trop peu exploitée, comme d’ailleurs un certain nombre d’éléments du roman qui, bien que trouvant ici une conclusion satisfaisante et pouvant donc se suffire à lui-même, reste un premier tome. Il est toutefois dommage que certains aspects qui promettaient d’apporter une touche d’originalité ne sont que très peu abordés dans le roman, et ne feront vraisemblablement pas l’objet de plus d’attention dans la suite. C’est le cas notamment du handicap du héros qui n’a absolument aucune importance puisqu’on apprend dès le départ que le jeune homme a appris à pallier aux désagréments causés par son pied-de-bot et qu’il n’en sera presque plus jamais question dans la suite du récit…

R. J. Baker signe avec le premier tome du « Royaume brisé » un roman de fantasy somme toute très classique qui se lit sans aucune difficulté mais sans réelle passion non plus. L’ouvrage souffre notamment d’un certain nombre de bémols qui, sans être complètement rédhibitoires, n’en perturbent pas moins le récit qui aurait mérité d’être davantage étoffé pour gagner en profondeur. Une lecture en demi-teinte donc, pas désagréable mais facilement oubliable.

Autres critiques : Jean-Philippe Brun (L’ours inculte)

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