La 25e Heure du Livre, Entretien #2 : Donna Léon

15 octobre 2014 0 Par Boudicca

25e Heure du Livre du Mans 2014

 

A l’occasion de la 25e Heure du livre, la ville du Mans a reçu cette année la grande auteur de polar Donna Léon que les visiteurs du salon ont pu entendre lors d’un entretien hors thématique mené au Café du Monde par Thierry Clermont. Rappelons pour ceux qui ne la connaîtrait pas (comme c’était mon cas jusqu’à la semaine dernière) que Donna Leon est une auteure américaine qui vit désormais en Italie où elle exerce le métier d’enseignante. L’envie d’écrire ne lui prend qu’à cinquante ans, et elle se lance en 1992 dans l’écriture des enquêtes de l’inspecteur Brunetti qui comptent aujourd’hui plus de vingt romans. Une conférence malheureusement peu passionnante en raison d’un journaliste guère inspiré et de questions bateau. En voici malgré tout un aperçu.

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Comment est né le personnage de l’inspecteur Brunetti ?
C’est une idée qu’elle a eu à l’opéra de façon tout à fait accidentelle. Au moment de créer le personnage, certaines choses coulaient de source (son âge, son grade…), et pour les autres, elle s’est dit que si elle devait passer une année aux côtés de cet homme, autant que ce soit quelqu’un avec lequel elle pourrait bien s’entendre. C’est pourquoi elle en a fait un intellectuel, un bon mangeur…

Ces enquêtes étaient-elles destinées à devenir une série dès le début ?
Non, elle ne voulait même pas le publier, juste savoir si elle était capable d’écrire un polar. Sa carrière est donc purement accidentelle et c’est pourquoi elle a savoure vraiment son succès et y prend aujourd’hui encore beaucoup de plaisir.

L'inconnu du grand canal

On l’a dit, les aventures de l’inspecteur ont été relatées dans plus de vingt romans. Quel est le rythme de travail de l’auteur ?
Donna Leon explique ne jamais avoir de plan. Elle a simplement besoin de deux choses : une bonne scène d’ouverture (soit la découverte du cadavre, soit la scène de crime elle-même), et un bon mobile. Ce qui l’intéresse ce n’est pas tant qui a tué mais pourquoi. A part cela, elle ne sait jamais ce qu’il va vraiment se passer dans ses romans.

Quelles sont ses sources d’inspiration ?
Elle a plus besoin de sources d’information que d’inspiration. Elle prête beaucoup d’attention aux rumeurs, aux petits commérages que les gens s’échangent dans la rue et dont certains éléments peuvent bien s’intégrer dans ses livres. Elle lit également énormément la presse italienne.

Elle réside à Venise depuis trente ans, pourquoi ?
Au départ, ce n’est pas vraiment pour la ville qu’elle y a emménagé mais parce que la plupart des gens qu’elle aimait se trouvaient là-bas. Aujourd’hui elle ne regrette pas du tout son choix et s’estime privilégiée de vivre dans un des rares endroits au monde où, peu importe où l’on pose son regard, tout est beau. Et d’une beauté créée par l’homme.

Le meilleur de nos fils

Peut-on envisager de voir l’inspecteur Brunetti déménager un jour ?
Non car si elle peut écrire des livres qui se passent à Venise, c’est justement parce qu’elle connaît bien la ville ce qui ne serait pas le cas si l’actions se passait à Naples ou à Milan. Elle ne se sentira pas légitime en écrivant sur ces villes qu’elle ne connaît et ne comprend pas.

Lit-elle des polars contemporain ?
Quelques uns, notamment Alexander McCall Smith, mais elle explique surtout lire des auteurs classiques tels que Charles Dickens, Jane Austen… En tant que professeur de lettre, elle est plus accoutumée à ce genre d’ouvrages.

Comment explique-t-elle le grand succès rencontré par ses livres dans des pays tels que la France, l’Allemagne, la Suisse…. ? Et est-ce agréable d’être une star ?
Elle ne sait pas vraiment pourquoi ses livres marchent autant, si ce n’est parce qu’ils se passent à Venise, une ville qui a toujours fasciné. Quant à la notoriété elle s’y fait mais elle ne l’apprécie pas plus que ça. Elle n’aime pas être mise en avant ou traitée avec plus de déférence que les autres. En tant qu’Américaine et démocrate, elle a été élevée avec l’idée que tout le monde devait être traité de la même façon. Elle ne souhaite d’ailleurs pas être publiée en Italie car elle ne veut surtout pas être connue dans la ville où elle vit.

L'affaire Paola

En plus de l’écriture, Donna Leon a deux passions, et la première est la musique classique.
Pour elle, on vit dans un monde où la musique classique a été cataloguée comme une musique réservée aux vieux, aux snobs et aux riches. Les jeunes, surtout, n’osent pas écouter ce type de musique et prétendent ne pas aimer alors qu’en réalité ils n’osent pas en écouter. Elle raconte ensuite une anecdote sur une classe qu’elle a emmené écouter un orchestre. Au premier rang, un petit garçon avait l’air très renfrogné, il ne voulait clairement pas être là et le faisait bien sentir. Et puis, lorsque les musiciens se mettent à jouer, l’enfant s’ouvre complètement et se met même à reproduire les mouvements du chef d’orchestre. Peut-être n’écoutera-t-il plus jamais de musique classique de sa vie, mais ce concert là, au moins, restera pour toujours dans sa mémoire. Il s’agit pour elle d’un souvenir très émouvant qui montre bien le pouvoir captivant que possède la musique classique.

Sa deuxième grande passion : la gastronomie.
La vraie religion en Italie n’est pas le catholicisme mais la nourriture. C’est ce qui unit les Italiens mieux que n’importe quelle politique ne saurait le faire. Elle est pour sa part Américaine et donc habituée à la mauvaise nourriture, et s’est donc très tôt laissée séduire par la cuisine italienne. Elle a même écrit avec des amies un livre de recettes « L’inspecteur Brunetti passe à table ».

Elle est également l’auteur d’un essai intitulé « Gondole » et qui comporte des illustrations et même un cd audio, pourquoi cette envie d’écrire ce livre ?
Les gondoles représentent la plus grande icône de la ville de Venise et c’est un projet qu’elle avait depuis longtemps car cela lui permettait de mêler livre et disque. Ça lui a prit sept mois pour écrire le livre alors qu’elle pensait que ça ne lui en prendrait qu’un, mais cela lui a au moins permis de découvrir un nouveau genre de musique, la musique populaire italienne, qu’elle ne connaissait pas et qu’elle apprécie aujourd’hui beaucoup.

LEON Donna (2014.10.05)Donna Leon et sa traductrice sur le salon

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