Mission Centenaire 14-18

En ce début d’année 2014, une peur m’envahit : le centenaire du début de la Première Guerre mondiale arrive à grands pas et l’heure va-t-elle être à la profusion sans relâche de commémorations littéraires ? Allons-nous subir pendant des mois et des mois une arrivée massive de livres commémorant ce centenaire ? Chacun ses phobies, la mienne est toute trouvée.

Apparemment, les « officiels » ont, pour « fêter » l’automne 1914, d’ores et déjà décrété le début des « festivités » (que de guillemets !) pour le 11 novembre… 2013 ! Et oui, cherchez l’erreur : non seulement le 11 novembre c’est pour 1918, mais en 2013, ça ne fait surtout que 99 ans qu’a débuté la fameuse « Der des der ». Il semblerait donc qu’il soit capital, à l’heure où toute économie ne serait pourtant pas un mal, de célébrer toute la 100e année, évidemment sinon c’est pas drôle. Je vous passe l’énumération des quantités de commémorations, officielles ou non, dans chaque coin du pays et même à l’international. Mais, soyons clairs : ce n’est pas le souvenir du fait historique qui m’offusque (l’apprenti historien que je suis s’en choquerait), non, le problème est la récupération continuelle de ce qui peut amuser/choquer/motiver/faire pleurer (rayer les mentions inutiles, s’il y en a) le public en général. Commémorer, c’est bien beau, mais si c’est pour nous tartiner de la pommade, du vent et de la propagande, juste pour voir quelques personnes ayant accès aux médias se pavaner et chanter leur amour de la patrie (qu’ils en revoient ce que ça implique), alors je dis non !

Et ce qui nous occupe aujourd’hui, c’est que le secteur littéraire est de loin un des plus touchés. L’historien Philippe Joutard avait parfaitement résumé notre situation dans les années 1990 avec son expression « L’histoire, une passion française ». Et si, cela a des bons côtés, puisque cette passion amène beaucoup de contenu historique à être vulgarisé efficacement pour le grand public, cela amène beaucoup (et surtout, selon moi, encore) d’effets pervers. En effet, avoir l’histoire comme référence la plus courante fait croire à beaucoup de gens qu’il suffit d’en parler pour avoir raison. Je ne vise personne en particulier, ils sont tant et tant ! Et, ainsi, du côté de nos chères librairies, pullulerons bientôt quantité de livres jouant sur la corde sensible du patrimoine, de la patrie, du sacrifice, de la commémoration, de la muséification de l’histoire ! Bientôt (ai-je besoin de prendre la grosse voie du prédicateur ?), nous subirons l’invasion de tous les acteurs pouvant prendre la « plume » : historiens, bien heureusement, mais aussi et beaucoup trop de politiques, d’écrivains et autres journalistes qui n’élèveront pas la moyenne qualitative, c’est certain, et chercheront plutôt à confondre mémoire avec histoire !

Regardez déjà dans les différents étals et bibliothèques, 2013 fourmille de publications sur le sujet, formes de rabâchage (pour la plupart, car certaines sont de qualité, on ne leur enlèvera jamais ça). D’ailleurs, n’est-ce pas déjà trop tard ? Jetez juste un œil au sujet du tout récent, et sûrement très talentueux, Prix Goncourt 2013, Au revoir là-haut (et j’ai le plus grand respect pour Pierre Lemaître)… Notez heureusement que l’« arnaque au patriotisme de ses deux héros démontre déjà d’une subtilité plus originale que tout ce que nous verrons pendant encore longtemps.

Entre véritable passion et art de vivre, notre histoire mériterait d’être mise en avant de bien meilleure façon que de multiplier des titres de pacotille. Certains styles de mise en lumière de la tradition me parlent davantage… et qu’on se le dise, ne prenons pas l’histoire à parti pour justifier nos prises de bec, car « Le Français n’a pas peur ! ».

 

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La Tartine, une volée de mots émiettée au débotté, un billet à croquer le dimanche matin entre le petit déj’ et l’apéro. Car le monde des livres est toujours à défendre.