Les Ravagé.es
Titre : Les Ravagé.es
Auteur/Autrice : Louise Mey
Éditeur : Pocket
Date de publication : 2017
Synopsis : À la brigade des crimes et délits sexuels, les jours se suivent et se ressemblent, charriant leur cortège de victimes traumatisées et de pervers sûrs de leurs droits. Pas évident pour Alex Dueso, flic et mère célibataire, de conserver toujours son empathie pour les unes, son sang-froid face aux autres… Quand soudain les statistiques se mettent à dérailler. Dans ce commissariat du nord de Paris, on n’a jamais vu ça : une succession d’agressions sans précédent vient confirmer l’apparition d’un prédateur d’un nouveau genre…
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Bienvenue dans la brigade des crimes et délits sexuels
Louise Mey est une autrice que j’ai découvert récemment et que j’affectionne beaucoup à la fois pour sa polyvalence (elle écrit aussi bien du polar que de la science-fiction ou de la jeunesse) mais aussi et surtout pour son propos féministe qui transparaît dans l’ensemble de ses œuvres. Après « Petite sale », « La deuxième femme » ou encore « 34m² », j’ai eu envie de me plonger dans un autre de ses polar :« Les Ravagé.es ». Le roman propose de suivre une jeune femme, Alex Duesco, une policière exerçant au sein d’une brigade spécialisée dans les crimes et délits sexuels. Jonglant entre son métier très prenant et son rôle de mère célibataire, Alex est régulièrement confrontée au pire, et accueille jour après jour avec ses collègues des victimes de viols ou d’agressions sexuelles. Son quotidien va toutefois se retrouver bouleversé par une affaire qui vient faire détailler toutes les statistiques de la brigade. Les victimes n’ont en effet pas le même profil que celles de d’habitude, et pour cause, puisqu’il s’agit désormais dans l’écrasante majorité d’hommes. Immédiatement, médias et politiques exercent une pression forte sur la brigade pour qu’elle mette la main sur le ou les agresseurs. Seulement les indices sont minces, et l’enquête patine, ce qui, couplé au caractère exceptionnel de ces agressions, n’est pas sans engendrer une certaine tension au sein de l’équipe policière. Contrairement aux précédents polars de l’autrice qui nous plongeait directement dans la tête de ses personnages, Louise Mey opte ici pour une narration plus traditionnelle qui se révèle moins immersive mais néanmoins efficace. On va suivre cette enquêtrice de police tout au long de l’enquête, des locaux de la brigades aux scènes de crime, en passant par le bistrot où elle et ses collègues vont décompresser après leur journée, sans oublier son appartement auprès de sa fille.

Un polar efficace mais peu crédible
Si je ressors un peu plus mitigée que d’habitude de cette lecture, il y a tout de même des points positifs. L’intrigue est bien ficelée, avec des retournements de situation réguliers et bien amenés, même si la fin se révèle assez prévisible au point qu’on se demande comment l’enquêtrice a pu ne pas y penser avant. On se laisse néanmoins vite prendre à cette enquête originale qui permet de mettre en lumière la question des violences faites aux femmes. D’autres aspects du roman m’ont en revanche laissé un peu perplexe, à commencer par le choix de l’autrice de se focaliser exclusivement sur les viols et agressions commis dans l’espace public. L’intrigue donne en effet l’impression que c’est là que réside le plus grand danger pour les femmes (le fameux mythe du rôdeur agressant dans une ruelle sombre), alors que les statistiques démontrent de façon implacable que, dans l’écrasante majorité des cas, la victime connaît son agresseur. L’expérience proposée ici par l’autrice peine ainsi à convaincre dans la mesure où elle ne prend pas en compte le contexte de la majorité des viols ou agressions sexuelles. J’ai également été un peu échaudée par les descriptions de cette brigade certes très sympathique mais un peu idéaliste. Certains aspects sont intéressants, comme la visibilisation de la surcharge de travail des policier.es ou encore les dégâts que l’exposition à des scènes violences peuvent avoir sur leur santé mentale. En revanche j’ai été un peu déçue que l’autrice ne donne à voir que des flics irréprochables avec les victimes (à défaut d’avec leurs collègues), alors que l’on sait là encore que c’est loin d’être le cas partout. Enfin j’ai eu un peu de mal à m’attacher à l’héroïne qui se montre souvent trop directe et donne l’impression de foncer sans arrêt tête baissée, sans prendre le temps de réfléchir.

Bilan mitigé pour ces « Ravagé.es », un polar efficace mais qui manque parfois de crédibilité et met en scène une policière dirigeant une enquête au sein d’une brigade spécialisée dans les crimes et délits sexuels. Le sujet est intéressant, et l’angle adopté ici par Louise Mey ne manque pas d’originalité, mais le tout se révèle parfois trop caricatural, notamment dans la façon dont est représenté le viol. Si vous voulez vous plonger dans la bibliographie de l’autrice, je suggérerais plutôt « La deuxième femme » ou « Petite sale ».
Autres critiques : ?


