Titre : Le chant vaseux de la sirène
Cycle/Série : Traquemage, tome 2
Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Relom
Éditeur : Delcourt
Date de publication : 25 octobre 2017

Synopsis : L’odyssée vengeresse du Serment des pécadous mène Pistolin à Saint-Azur-en-Lagune, village lacustre dominé par le château de Kobéron, premier des mages sur sa liste funèbre. Mais notre héros doit d’abord convaincre les sirènes de l’aider à récupérer l’épée légendaire du Traquemage. Déjà qu’avec elle, c’est pas gagné ! Sans compter les rencontres imprévues. Comme avec Merdin l’Enchianteur par exemple…

Bibliocosme Note 4.5

-Vous leur vouliez quoi au juste, aux sirènes ?
-Boaf, c’était par rapport à mon projet, là, de tuer les mages. Je devais leur demander de me remonter l’épée du Traquemage, parce que mon épée à moi, elle est nulle.
-Ah oui, grossebar ou chais pas quoi…
-Duranbar.
-Voilà. Et pourquoi qu’elles vous auraient aidé à récupérer l’épée qui a servi à tuer leur reine ?
-Bah oui, je me rends bien compte que c’était un peu naïf. De toute façon, comme il y en a plus, de sirènes, c’est réglé.

    Après un premier tome qui a lancé l’épopée de la rurale fantasy fromagère, Pistolin et sa vaillante cornebique Myrtille sont de retour pour la suite de leurs aventures rocambolesques. Le premier album avait marqué par l’écriture toujours aussi efficace de Wilfrid Lupano et le dessin de Relom parfaitement adapté au ton de l’aventure. Voyons si ce ce nouvel opus marche dans les traces de son prédécesseur !

    Après s’être fait décimer son troupeau de fières cornebiques qui lui permettaient de concocter son fameux pécadou, le berger Pistolin a fait le serment de débarrasser le monde de la magie et des sorciers qui lui ont coûté sa production. Pour y parvenir, il compte bien mettre la main sur la légendaire épée du Traquemage, Duranbar, qui repose dans les abîmes où vivent les sirènes. Manque de bol pour Pistolin, les sirènes, qui ont souffert de la surpêche, se sont éteintes. Une quête déjà bien difficile qui ne fait que se compliquer plus encore. Surtout que le berger n’est pas un modèle de courage.

    Wilfrid Lupano reprend les ingrédients du premier Traquemage et les affine encore. Plus épicés que jamais, les dialogues font mouche et sont plus déjantés encore que dans le premier tome. Entre jeux de mots, jeux de rimes ou tout simplement répliques bien senties, le scénariste livre encore un album millésimé, plein d’humour mais pas seulement. Comme à son habitude, un second niveau de lecture est rapidement perceptible dans les aventures de Pistolin, qui se fait la voix et l’image de ce monde paysan bien maltraité, tant par la surproduction que par les intermédiaires qui s’en mettent plein les fouilles. Le pauvre Pistolin vend en effet ses pécadous trois sous, le consommateur doit lui débourser 300 pièces d’or ! La condition paysanne de Pistolin apparaît telle qu’elle l’est bien souvent chez nous, et pour les laitiers en particulier actuellement : terriblement difficile. Bien au fait des événements bretons, Lupano dénonce aussi l’utilisation excessive des produits phytosanitaires et le développement des algues vertes avec la cité envasée de Saint-Azur en Lagune. Au-delà de ces dialogues, ce second volume est extrêmement bien rythmé avec des péripéties qui s’enchaînent avec fluidité, entrecoupées de scènes plus tranquilles.

    Sur la partie graphique, Relom, avec Degreff à la couleur, livre à nouveau une partition sans faute avec ce second volume dans la parfaite continuité du premier. Un style tordant à lui tout seul, en adéquation parfaite avec le ton humoristique de l’aventure. Les trognes complètement paumées de Myrtille, désabusées de Pistolin ou de Merdin l’enchianteur avec ses allures de Gollum, et de tous les pécores croisés dans cet album sont à elle seules des instants de poilade. L’univers dans lequel baigne ces personnages est tout aussi réussi entre forêts, villages, tavernes et châteaux plus ou moins crasseux et regorgeant de détails réjouissants. Quelques ambiances en travelling latéral, faute de meilleure expression, sont très sympathiques avec leurs personnages tout en ombres sur fond colorés. Ce n’est pas sans me rappeler Rayman. Le découpage reste relativement classique, privilégiant les petites cases, contribuant au rythme soutenu de ce Chant vaseux de la sirène. Soulignons la présence d’une planche géniale où Myrtille se fait narratrice.

Avec Le chant vaseux des sirènes, nul doute que, définitivement, les produits laitiers sont nos amis pour la vie. Un pécadou d’or !

Voir aussi : Tome 1

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