Titre : La main de l’empereur
Cycle : Tome 1
Auteur : Olivier Gay
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2016

Synopsis : Rekk n’a pas eu une enfance facile. Fils bâtard d’un gladiateur et d’une femme mariée, élevé par des prostituées, il est sauvé par son habileté à l’épée. Il se fait à son tour une place dans l’arène et en devient bientôt le champion. Mais Rekk doit poursuivre ailleurs un destin écrit en lettres de sang : l’Empereur en personne l’envoie rejoindre l’armée qui mène en son nom une guerre éprouvante contre les tribus koushites. En compagnie d’hommes démunis et amers, dans l’enfer de la jungle où le danger est partout, Rekk va devenir le bras armé de l’Empereur grâce à ses talents redoutables. Lorsque l’on suscite l’admiration autant que la crainte et la haine, savoir se battre ne suffit pas toujours, et la frontière est ténue entre le héros et le monstre. Qu’arrivera-t-il à Rekk quand sa légende lui échappera ?

-Je l’ai vu tomber. Il essayait de sauver un de ses soldats. Il est mort en héros.
-En héros, ouais, et quant il chiait, ça sentait la lavande. Il s’est fait trouer par un Koushite qu’il n’avait pas vu. S’il avait tenu la ligne avec ses hommes, ils se seraient pas morts pour rien.
-Soldat, je vous remercierai de garder vos commentaires et vos grossièretés pour vous !
-On est vaincu en moins de deux heures, y a des morts qui s’empilent partout, on va probablement crever dans les minutes qui viennent, et ça vous emmerde que j’utilise le mot « chier » ? Z-avez des priorités étranges, mon capitaine.

 

Lorsqu’on est parvenu à donner naissance à un personnage dont la plupart des lecteurs s’accordent à saluer la complexité et le charisme, on est forcément tenté de le ressortir un jour ou l’autre du placard. C’est le choix qu’a fait ici Olivier Gay qui revient dans ce premier tome à l’un des personnages emblématiques de son diptyque « Les épées de glace » : Rekk, plus connu sous le nom de Boucher de l’Empire. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de découvrir la précédente œuvre de l’auteur, que cela ne vous refroidisse pas, car il n’est absolument pas nécessaire de déjà connaître l’univers et le personnage pour passer un bon moment. « La main de l’empereur » propose en effet de retracer le tout début de la légende du guerrier qui, au moment où l’on fait sa connaissance, n’est encore qu’un enfant pauvre des bas quartiers de la cité de Musheim. Élevé au milieu des prostituées et des gladiateurs, le petit garçon n’a très tôt qu’une seule idée en tête : suivre les pas du grand Shar-Tan et devenir à son tour un champion de l’arène. Seulement, si notre héros fait effectivement preuve d’une adresse hors du commun à l’épée, ce n’est pas pour le divertissement du peuple que seront requis ses talents, mais par l’empereur en personne qui décide d’en faire le fer-de-lance de sa lutte contre les koushites, tribus frontalières refusant depuis des années de rentrer dans le giron de l’empire. Le plus gros atout du roman réside sans aucun doute dans son rythme haletant et son intrigue simple mais néanmoins efficace. On ne s’ennuie pas une seconde tant les rebondissements s’enchaînent à toute vitesse pendant près de quatre cent pages, prenant à bien des reprises le lecteur à contre pied.

Et c’est justement en ce sens que ce roman constitue une bonne surprise : chaque fois que l’on croit que l’auteur va tomber dans le mièvre ou dans le cliché, un retournement de situation inattendu vient nous détromper et orienter le récit dans une direction bien plus ambitieuse. Il faut d’ailleurs reconnaître qu’Olivier Gay possède un sacré sens du spectacle qui donne à la plupart de ses scènes un petit côté percutant qui n’est pas sans rappeler (dans une bien moindre mesure) ce que pouvait faire David Gemmell il y a quelques années. Le style est quant à lui à l’image du récit : il va à l’essentiel et ne s’embarrasse pas de fioritures, même si quelques passages vraiment bien tournés se révèlent là encore particulièrement marquants. Pour ce qui est de l’univers, Olivier Gay opte pour quelque chose d’assez classique mais d’intelligemment exploité. Avec ses gladiateurs, sa politique d’expansion territoriale et son système politique, Musheim a par bien des aspects, des allures de Rome antique. Quant au pays de Koush, où se déroule la majeure partie de l’intrigue, on devine sans mal qu’il s’agit d’une partie de l’Afrique, avec ses tribus disparates, ses hommes à la peau noire, et surtout cette jungle hostile et oppressante contre laquelle les armées de l’empereur ne peuvent pas grand chose. A ce décor exotique s’ajoute également la cité de Vesyria, bourgade balbutiante menacée de part sa position géographique précaire mais pleine d’opportunités pour les plus débrouillards (ou les plus désespérés…) des habitants de l’empire. Là encore, l’auteur opte pour quelque chose de simple mais efficace en limitant le nombre des décors tout en leur donnant suffisamment de consistance pour faciliter l’immersion du lecteur.

Les personnages sont eux aussi plutôt réussis, à commencer par Rekk qui se révèle un protagoniste attachant en dépit (ou peut-être à cause) de la naïveté dont il fait souvent preuve. On peut ainsi regretter que le héros se laisse si aisément manipuler par ceux qui croisent son chemin, alors même que certains de leurs subterfuges ne sont pas franchement astucieux. Le jeune homme n’a cela dit pas acquis le surnom de « Boucher » pour rien, et c’est cette violence sous-jacente contenue en permanence par le personnage qui en fait malgré tout quelqu’un d’assez imprévisible, voire même d’un peu inquiétant. Les personnages secondaires sont quant à eux bien campés et parviennent à plusieurs reprises à étonner le lecteur, qu’il s’agisse des soldats placés sous les ordres de Rekk, de certains de ses supérieurs, ou même de ses ennemis. L’auteur a également fait l’effort de mettre en scène plusieurs personnages féminins dégourdis et dont le profil varie légèrement de ce qu’on a l’habitude de voir (une contrebandière, une prostituée…). Il est toutefois dommage de constater que ces figures féminines, aussi intéressantes soient-elles, finissent toutes à un moment ou un autre par tomber sous le charme du héros (que cette affection soit d’ordre maternel ou sentimental), chose qui ne fait que les renvoyer à l’agaçante position de simple faire-valoir du personnage masculin. Parmi les autres reproches à signaler, il convient également de mentionner un léger manque de subtilité dans la manière de présenter certains rebondissements qui pourront alors paraître un peu trop « faciles » aux yeux d’une partie des lecteurs.

 

Si nous n’avons certainement pas à faire à l’un des « meilleurs romans de fantasy français de ces dernières années » comme stipulé sur la quatrième de couverture (je vous laisse deviner qui est l’éditeur…), ce premier tome n’en reste pas moins un bon roman, bien construit, bien écrit, et mettant en scène un personnage au parcours certes peu original mais qui parvient malgré tout à titiller notre curiosité. A tenter !

Voir aussi : Tome 2

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