Titre : Ikigami – Préavis de mort, tome 1
Auteur : Motorô Mase
Dessinateur: Motorô Mase
Éditeur : Kazé-Manga
Date de publication : 29 janvier 2009

Synopsis : De nos jours, une loi stipule que pour le maintien de la prospérité du pays, tous les enfants qui entrent à l’école primaire doivent être vaccinés. Ce vaccin inocule une substance capable d’entraîner la mort à une date et heure précises programmée en amont. Un jeune sur mille entre 18 et 24 ans est concerné. Fujimoto, fonctionnaire est chargé de délivrer ce préavis de décès aux familles, appelé “Ikigami”…

La livraison de l’ikigami est la tâche qui vous a été confiée. De retour dans vos mairies respectives, vous aurez dorénavant pour mission de la remettre aux citoyens concernés. C’est un devoir honorable […]. Veillez à ne jamais l’oublier.

Aux yeux de beaucoup, le manga se résume souvent à une bande dessinée violente destinée aux jeunes lecteurs. C’est un peu exagéré, évidemment, mais cela permet d’insister sur le fait qu’Ikigami, écrit et dessiné par Motorô Mase, ne tombe pas dans cette catégorisation. Destinée à un public de jeunes adultes et d’adultes tout court, Ikigami se démarque par le sérieux de son sujet, entre la dystopie et le récit de peut-être anticipation. D’emblée, précisons que le manga est aujourd’hui publié uniquement sous un format qui rassemble à chaque fois deux volumes de la première édition.

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Dans un Japon qui ne dit pas ne pas trop nom mais dans lequel les noms propres et patronymes ne laissent planer aucun doute quant au lieu où se déroule l’action, la surpopulation grimpante de l’archipel pose question. A point tel que le gouvernement d’un État qui paraît bien totalitaire, à instauré une loi pour « la sauvegarde de la prospérité nationale ». Le principe de cette loi est on ne peut plus simple. A leur entrée à l’école primaire, tous les jeunes enfants se voient inoculer une série de vaccins et, à raison d’un sur mille, reçoit par la même occasion et à son insu, une nano-capsule. Celle-ci se déclenche entre l’âge du 18 et 24 et à pour drastique effet d’entraîner la mort de celui qui la porte. Vingt-quatre heures avant sa mort, qu’il ignore évidemment, le sujet en question reçoit l’ikigami, le préavis de mort, qui lui annonce qu’il ne lui reste plus que 24 heures à vivre. La trame d’Ikigami se construit à partir du personnage de Kengo Fujimoto, petit fonctionnaire dont la tâche est justement celle de la livraison de l’ikigami au futur décédé. C’est lui, donc, qui vient frapper aux portes des familles et apporter la nouvelle de la mort… ou qui laisse un avis de passage en cas d’absence.

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Le récit se construit alors en deux temps. D’une part, des passages consacrés au personnage de Fujimoto et les doutes qui l’assaillent ponctuellement quant à la justesse de la tâche qui lui incombe. Ces moments sont l’occasion de mieux assimiler le fonctionnement de ce sombre système et de ses conséquences. En effet, si le contrôle démographique est au coeur du propos d’Ikigami, d’autres thèmes y sont aussi abordés, en rapport direct avec la loi. Cette loi pour la prospérité nationale a en effet déjà eu pour résultat, d’après ce qui nous est rapporté, une baisse de la délinquance et une hausse de la productivité du pays. Une loi qui permet donc à ce totalitarisme sans nom de surveiller sa population et sa compétitivité. Les petits fonctionnaires tels que Kengo sont eux-mêmes étroitement surveillés. Gare à eux ! Proférer des mots à l’encontre de la loi ou questionner sa nécessité n’engendre qu’un seul résultat : le responsable se voit lui-même injecter la capsule, conduisant irrémédiablement à sa mort. D’où les questionnements intérieurs du personnage principal. Dans un second temps, et c’est la majeure partie du récit de ce premier volume, l’on suit la dernière journée de deux personnes auxquelles Kengo à remis leur préavis. Motorô Maze s’intéresse ici l’être humain et à ses réactions confronté à ce sursis de vingt-quatre heures. Si le gouvernement octroie une pension de prospérité nationale (comme c’est gai) aux familles qui ont ainsi perdu un membre, les réactions des victimes sont quant à elles très différentes. C’est cette variété des sentiments et de choix des personnes touchées par l’ikigami que s’attache a décrire le mangaka. Il en profite par ailleurs pour s’aventurer sur d’autres thématiques comme le harcèlement chez les jeunes (intéressant quand on est au fait des du taux extrême de suicide chez les jeunes Japonais) ou encore l’éphémérité du succès dans une société de consommation. Une écriture sans fioriture, des dialogues clairs pour une histoire intéressante, aux échos peu rassurants.

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Le dessin lui aussi est efficace et sans fioriture. Le trait est clair et plutôt simple. Maze aime dessiner des visages de près afin de mieux plonger le lecteur dans les émotions des différents acteurs du récit. Ikigami n’est évidemment pas rempli à tort et à travers de scènes d’action. Y ont été préférées l’intimité des personnages. On apprécie. En terme d’ambiance, Motorô Maze réussit aussi assez bien à mettre en scène des décors plus aseptisés et avec des personnages froids et distants quand les scènes se déroulent dans des locaux des strates supérieures de l’administration.

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Une bande dessinée qui vaut surtout pour son histoire et les relations entre les personnages, bien qu’un peu simples parfois, mais que le traitement aussi intrigant qu’efficace du sujet vient éclipser. Une histoire servie par un dessin efficace et parfaitement adapté.

Voir aussi : Tome 2