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Titre : Lord Darcy – Intégrale
Nouvelles : C’est dans les yeux ; Une affaire d’identité ; Imbroglio pastel ; Trop de magiciens ; La corde pour se pendre ; Une question de gravité ; Jusqu’à la lie ; La fiole d’Ispwich ; Les seize clefs ; Le Napoli Express ; Le sort du combat
Auteur : Randall Garrett
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2016

Synopsis : Dans une Europe uchronique, où les Plantagenets sont toujours au pouvoir et où la magie est devenue officielle, la France et l’Angleterre unies dans un même empire bienveillant, règnent sur l’Europe. Pourtant, Londres est la proie de complots mortels, ourdis par les ennemis de l’empire. Entre mystères, magie et espionnage, lord Darcy mène l’enquête au service de Sa Majesté. Cet aristocrate dandy à l’esprit aiguisé, épaulé d’un magicien irlandais fait preuve d’une perspicacité à toute épreuve et d’un remarquable sang-froid. Entre le roman policier traditionnel et l’uchronie steampunk, avec des personnages savoureux et bien campés, utilisant toutes les subtilités d’une enquête aidée par la magie, ce livre est réjouissant à plus d’un titre avec un lord Darcy haut en couleur, plein d’humour so British !

Note 2.0

-Mais il n’a rien à faire ici ! Il n’a aucun droit d’être là dedans ! Absolument aucun droit !
-Je suppose que ce n’est pas sa faute, maître Walter. Il n’est pas venu ici de lui-même.
-Non, fit maître Walter en retrouvant son sang-froid. Non, bien entendu. Mais quel endroit bizarre où trouver un cadavre !
Malgré ses propres sentiments, il fallut beaucoup d’efforts à l’apprenti Tom pour réprimer un petit sourire narquois. Quel meilleur endroit où trouver un cadavre que dans un cercueil ?

 

Enquêtes policières et univers de fantasy font généralement bon ménage. Prenez l’exemple du détective Garrett de Glen Cook ou encore celui de Jean-Philippe Lasser du duo Miller/Ward. Alors quand Mnémos nous propose de découvrir les aventures d’un certain Lord Darcy, enquêteur au service de sa Majesté dans une Angleterre du XXème siècle uchronique, forcément cela donne envie. Seulement malgré les onze nouvelles de Randall Garrett qui composent le sommaire de cette intégrale, le charme n’opère pas. L’objet-livre en lui-même est pourtant attractif : cartonné, orné d’une belle illustration signée Alain Brion et enrichi d’une préface alléchante d’André François Ruaud. Les enquêtes de Lord Darcy sont cependant trop peu passionnantes et les méthodes d’investigation du héros bien fades. Le mode opératoire est en effet toujours plus ou moins le même : le détective se rend sur les lieux du crime, interroge quelques témoins, laisse à son magicien le soin de trouver des indices et de les lui rapporter pour ensuite convoquer tous les acteurs du drame et leur dévoiler ses conclusions. On n’a donc jamais l’occasion d’être vraiment au cœur de l’enquête, de voir les indices s’accumuler et d’avoir le plaisir de voir le détective faire travailler ses méninges pour échafauder des hypothèses. Au lieu de cela l’auteur multiplie les ellipses pour ne nous fournir que l’énigme de départ et presque aussitôt après la solution.

Parmi les autres bémols à mentionner, on peut également citer la personnalité du protagoniste pour lequel on éprouve une relative indifférence : certes le gentleman est élégant, cultivé et de toute évidence zélé mais on serait bien en peine de lui trouver d’autres qualités. Snob souvent, irritable parfois, le détective est de plus dépourvu de tout sens de l’humour ce qui ne joue évidemment pas en sa faveur et rend la lecture légèrement plombante. L’unique véritable atout de l’ouvrage réside dans l’univers uchronique imaginé par l’auteur qui nous dépeint un Empire anglais ayant conquis la majeure partie du monde et dans lequel les Plantagênets ont réussi à se maintenir au pouvoir. Malgré la Pologne qui lui donne encore du fil à retordre sur le front Est, la suprématie britannique semble désormais incontestable aussi bien en Europe qu’au Nouveau Monde. La façon dont cet empire s’est construit au fil des siècles n’est évoquée que par bribes qui sont néanmoins suffisantes pour que l’on se fasse progressivement une idée des causes ayant entraîné ce revirement historique. A cela s’ajoute un zeste de magie, les principales innovations de l’époque étant le fruit non pas de la technologie mais de l’ingéniosité des magiciens officiels. On pourrait toutefois regretter la trop grande place accordée par l’auteur à la religion ainsi que le rôle proportionnellement inverse laissé à la gente féminine qui n’est ici bonne qu’à servir de potiche.

 

Malgré un univers au potentiel intéressant, on peine à accrocher à ce héros froid et hautain qu’on a rarement l’occasion de voir véritablement retrousser ses manches. Dommage…