Lasser[1]

Titre : Un privé sur le Nil
Cycle : Lasser, détective des dieux, tome 1
Auteurs : Sylvie Miller et Philippe Ward
Éditeur : Critic
Date de publication : 2013
Récompenses : Prix Imaginales 2013 (catégorie nouvelle). Prix Actu SF de l’uchronie 2013 (pour les deux premiers tomes)

Synopsis : 1935, Le Caire. Jean-Philippe Lasser, détective privé de seconde zone, hante le bar de l’hôtel où il a posé ses valises et ses bureaux, en attendant le coup qui rapportera gros. Pour le moment, il ne décroche que des petites affaires, celles que tous ses confrères ont refusées… La dernière en date pourrait bien changer la donne : la déesse Isis en personne vient lui demander de retrouver le très convoité manuscrit de Thot. Or, si l’opportunité peut le rendre plein aux as, elle peut aussi le laisser sur le carreau. Malgré ses réticences, il n’est pas en mesure de refuser : dans cette Égypte pharaonique où les Dieux marchent parmi les hommes, quand les premiers ordonnent, les seconds obéissent. Délaissant son précieux seize ans d’âge, il se lance dans une succession d’enquêtes rocambolesques qui le verra peut-être devenir le seul, l’unique, détective des dieux !

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-Ma réputation de détective n’est pas fameuse. Depuis que je suis arrivé au Caire, on me confit peu d’enquêtes. Alors, pourquoi m’avoir choisi ? Anubis est bien meilleur que moi. En plus, c’est l’un des vôtres.
-Parce qu’il a peut-être volé le manuscrit, répondit Isis. Il y a probablement un dieu derrière cette disparition. Je ne peux faire confiance à aucune de mes relations. J’ai besoin d’un enquêteur honnête pour retrouver ce manuscrit. Pas forcément doué, mais intègre. Et vous l’êtes.
En clair elle me traitait poliment de nase.

Après une première apparition du personnage de Jean-Philippe Lasser dans la nouvelle « Voir Pompéi et mourir » parue dans l’anthologie « Fragments d’une fantasy antique », voilà que le détective se voit consacrer plusieurs romans. Avec « Un privé sur le Nil », premier tome de la série, Sylvie Miller et Philippe Ward se lancent donc dans une nouvelle collaboration, et celle-ci fonctionne à merveille. Nous voilà donc embarqués dans les aventures de ce héros attachant dont on suit les déboires avec les divinités qui constituent le panthéon égyptien. Le roman est organisé en plusieurs petites parties d’une cinquantaine de pages chacune et consacrées aux différentes enquêtes menées par Lasser : retrouver le manuscrit de Thot, mettre la main sur la chatte favorite de Sekhmet, et même éclaircir la disparition du sexe d’Osiris ! Le détective se révèle être au fil des pages un protagoniste fort sympathique aux malheurs duquel on ne peut que compatir (et oui, être le détective privé des dieux est loin d’être une sinécure !). Les personnages secondaires ne sont pas en reste, à commencer par les deux « associés » de choc de Lasser : Fazimel, jeune femme pleine de ressources et qu’on regretterait presque de ne pas voir davantage, et surtout Ouabou, félidé à la langue bien pendue.

L’univers élaboré par les auteurs a également de quoi séduire : il s’agit bien de notre monde au début XIXe, à la seule différence que les croyances païennes ont perduré et que les divinités de l’Antiquité arpentent le plus naturellement du monde le pays où elles sont vénérées. Croiser le redoutable dieu Seth en costume trois pièces et se déplaçant en voiture de luxe, assister à l’arrivée d’Isis ou Sekhmet dans un night-club, voir les batifolages d’Horus et la fille de Zeus faire la une de la presse à scandale…, il faut avouer que cela ne manque pas de piquant ! Sylvie Miller et Philippe Ward se font un malin plaisir de faire descendre de leur piédestal ces divinités ancestrales pour le plus grand bonheur des lecteurs, et le plus grand malheur de notre héros qui ne manque pas de faire les frais de leurs caprices et de leur caractère ombrageux. Ce roman est également l’occasion pour nous de nous (re)familiariser avec la mythologie égyptienne et son panthéon ainsi qu’avec la géographie du pays : du Caire aux pyramides de Guizèh, en passant par Assouan, Philae, la Nubie…, c’est qu’on en voit du paysage !

Un roman qui se lit avec une déconcertante rapidité et qui offre un très bon moment de divertissement. C’est avec plaisir que je me plongerais dans le deuxième volume des aventures de Lasser, « Mariage à l’égyptienne », d’ores et déjà prévu pour mars 2013.

Voir aussi : Tome 2 ; Tome 3 ; Tome 4 ; La nouvelle « Voir Pompéi et mourir »

Autres critiques : Herbefol (L’Affaire Herbefol) et Lelf (Imaginelf)