Les chevaliers blancs

Titre : Les chevaliers blancs
Réalisateur : Joachim Lafosse
Acteurs : Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb,
Date de sortie : 20 janvier 2016

Synopsis : Jacques Arnault, président de l’ONG « Move for kids », a convaincu des familles françaises en mal d’adoption de financer une opération d’exfiltration d’orphelins d’un pays d’Afrique dévasté par la guerre. Entouré d’une équipe de bénévoles dévoués à sa cause, il a un mois pour trouver 300 enfants en bas âge et les ramener en France. Mais pour réussir, il doit persuader ses interlocuteurs africains et les chefs de village qu’il va installer un orphelinat et assurer un avenir sur place à ces jeunes victimes de guerre, dissimulant le but ultime de son expédition…

Note 3.5

 

La fin justifie-t-elle les moyens ? C’est la question que se pose Joachim Lafosse dans son dernier long-métrage : « Les chevaliers blancs ». Librement inspiré de l’affaire de l’arche de Zoé qui avait défrayé la chronique en 2007, le film met en scène les membres d’une ONG, « Move for kids », fraîchement débarqués dans un pays d’Afrique en proie à la guerre civile. Leur missions  : secourir des enfants orphelins âgés de moins de cinq ans et leur offrir les soins dont ils ont besoin. Mais ce que l’équipe se garde bien de révéler aux populations locales qui leur apportent leur secours, c’est que ces enfants ne sont pas destinés à grandir dans le pseudo orphelinat installé sur place mais au contraire à être rapatriés en France où il est prévu qu’ils se fassent adoptés par des familles ayant payé les services de l’« ONG ». Le film a l’intelligence de ne pas chercher à faire la lumière sur l’affaire de l’arche de Zoé ni à dédouaner ou fustiger les personnes impliquées : il s’agit plutôt de chercher à comprendre comment, avec les meilleurs intentions du monde, une poignée de bénévoles ont pu en arriver à commettre des actes aussi répréhensibles tout en étant persuadés d’être dans leur bon droit. Le réalisateur se limite ainsi aux activités des membres de l’association sur le terrain, en Afrique, et ne nous montre rien des préparations de l’opération ni de son retentissement en France une fois les faits enfin exposés.

Les chevaliers blancs scène 1

Si certains spectateurs ne manqueront pas de trouver cette décision légèrement frustrante, j’ai pour ma part apprécié cette restriction qui nous permet de nous concentrer davantage sur les personnages et sur les questions d’ordre morale que soulèvent leurs actions. La performance de Vincent Lindon est comme toujours bluffante, l’acteur campant un leader pétri de contradictions, convaincu du bien fondé de son action mais prêt à tricher, mentir et corrompre pour y arriver. Dès le début du film, Jacques Arnault s’empêtre dans ses mensonges qui ne font que grossir jusqu’à atteindre des proportions dramatiques que le personnage, dans son aveuglement, refuse de considérer. Louise Bourgoin, qui interprète sa compagne, est elle aussi excellente quoique l’attitude hautaine de son personnage la rende bien moins sympathique. Idem pour les rôles secondaires, du médecin un peu trop exalté mais à la bonté incontestable à la journaliste supposée impartiale sans compter les escrocs locaux profitant allègrement de la crédulité des Occidentaux pour s’enrichir, ou bien les bénévoles un peu plus réalistes que leurs collègues et bien décidés à se retirer de l’opération avant qu’il ne soit trop tard. Finalement les seuls à ne jamais avoir leur mot à dire ce sont ces enfants pour lesquels tous les personnages s’entre déchirent et qui sont condamnés à se faire trimbaler d’un endroit à l’autre sans qu’on daigne leur donner d’explications.

Les chevaliers blancs scène 2

Avec « Les chevaliers blancs », Joachim Lafosse revient sur une affaire douloureuse sans chercher à porter de jugement de valeur ou à enjoliver les événements mais en poussant au contraire les spectateurs à réfléchir et à tenter, non pas d’excuser, mais de comprendre. A voir !

À voir 3.5 4.0