Le grand méchant renard

Titre : Le Grand Méchant Renard
Scénariste : Benjamin Renner
Dessinateur : Benjamin Renner
Éditeur : Delcourt (collection Shampooing)
Date de publication : 2015 (novembre)

Synopsis : Un petit renard ridicule veut devenir la terreur du poulailler. Le co-réalisateur d’Ernest et Célestine signe une fable coup de cœur. Face à un lapin idiot, un cochon jardinier et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place de grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des œufs, élever les poussins et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel !

Note 4.0

-Tu vois ? Eux ils ont compris que c’était moi le Grand Méchant Renard !
-Il est la-bas !
-Comment ça, la-bas ?
-Là-bas ! Je l’ai vu. Une bête terrifiante. Elle a une voix grave et ténébreuse !
-Et quoi ? Moi aussi, j’ai une voix grave et ténébreuse !
-Oh non. Toi ta voix elle est plutôt nasillarde et fluette…
-Et tremblotante aussi…
-Et je dirais qu’elle est suppliante aussi…
-Et plaintive…
-Comme la voix d’une chèvre qui agonise…
-OUI BA ÇA VA ! Il est où ce Grand Méchant Renard ténébreux ? Je m’en vais lui ténébrer la tronche, moi !

 

Le Grand Méchant Renard est bien embêté… Malgré ses expéditions répétées dans la ferme voisine pour effrayer les poules et trouver de quoi agrémenter ses repas ordinairement constitués de pauvres navets, personne ne le prend au sérieux. Ni la poule caractérielle qui lui met une véritable raclée à chaque fois qu’il pointe le bout de son nez dans son poulailler. Ni le chien de garde paresseux censé protéger la-dite ferme. Ni le cochon faisant office de jardinier, ou le lapin du coin, ou même les moineaux des environs. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé ! Mais même les conseils de son voisin le loup n’y font rien : le Grand Méchant Renard n’a de méchant que le nom ! Bien décidé à s’imposer malgré tout comme prédateur, l’animal met au point un nouveau stratagème : voler des œufs et élever lui-même les poussins dans la peur du terrible Grand Méchant Renard ! Benjamin Renner signe avec ce roman graphique un vrai petit bijou plein d’humour et d’inventivité. Car bien évidemment les choses ne vont pas se passer comme prévu… Premier atout : des dessins simples mais qui sortent de l’ordinaire et qui rendent aisé l’attachement du lecteur pour les personnages, à commencer par ce petit renard qui se découvre un véritable instinct maternel pour les trois poussins kidnappés.

Le Grand méchant renard planche 1

Difficile de ne pas s’amuser des raclées assénées au pathétique chasseur, mis KO aussi bien par un loup que par une poule en furie ou un moineau. Difficile aussi de ne pas sourire de ses vaines tentatives pour se montrer indifférent aux élans d’affection de ses poussins adoptifs qui l’amadouent à coup de câlins, bisous, pleurnicheries et adorables déclarations d’amour en chanson. Les dialogues sont eux aussi désopilants et feront tout autant travailler les zygomatiques du lecteur. La force de l’ouvrage est qu’il a l’avantage de pouvoir être compris et apprécié aussi bien par de jeunes lecteurs que par un public d’adultes : les plus petits se raviront des expressions rigolotes adoptées par ces animaux anthropomorphes au comportement souvent peu conforme à leur réputation ; quant aux adultes, ils ne manqueront pas de relever le traitement subtil par l’auteur de certains thèmes de société comme l’éducation, la monoparentalité, l’identité et bien sûr la maternité. A noter qu’une édition spéciale a dernièrement été publiée à l’occasion des fêtes et qu’on y trouve une histoire inédite (« Il faut sauver Noël ») mettant en scène certaines des personnages du roman graphique. Un récit d’une quarantaine de pages lui aussi très réussi et qui nous rappelle l’importance de préserver la magie de Noël.

Le Grand méchant renard planche 2

Benjamin Renner signe avec « Le Grand Méchant Renard » un joli conte animalier dont il serait dommage de passer à côté sous prétexte que l’intrigue et les personnages mis en scène paraissent davantage réservés à un public plus jeune. Une lecture idéale pour se mettre de bonne humeur !

Autres critiques : Belette (The Cannibal Lecteur)