Rêves de guerre

Titre : Rêves de guerre
Auteur : Thomas Day
Éditeur : Mnémos (Icarès)
Date de publication : 2001

Synopsis : Né de la discipline magique du rêve de guerre, N’Kahn Hadessa est le maître d’armes des seigneurs de Haäsgard depuis plus de dix mille ans. Presque une éternité durant laquelle, de bataille en bataille, le démùon a forgé l’équilibre du Monde Connu et appris à côtoyer les hommes. Au point d’engendrer un fils avec une mortelle. C’est ce fils, Faë, appelé à devenir le dernier magicien du rêve de guerre, qu’il lui faut à présent retrouver et ramener à la capitale de Languerrilh, où les attend l’impitoyable princesse Lyrhène, pour que survive la civilisation mise en péril par l’invasion des Toxians, nomades au sang brun. Mais Faë, à peine sorti de l’adolescence, ne l’entend pas de cette oreille… Reste un monde à traverser pour un père et un fils que tout sépare, un monde de haines et de violences où le chaos menace.

Note 3.5

Je crois qu’il fait peur à tout le monde. Peut-être est-il arrivé à un âge où il commence à s’effrayer lui-même. Le maître d’arme N’Kahn Hadessa n’est pas comme toi ou moi. Il ne respire pas comme nous, ne bouge pas comme nous, n’a jamais vécu dans la quiétude comme les gens de ce village. Il a vécu cent vies, le bruit de milliers de batailles, il a vu ce monde se former, il a vu des sociétés émerger du chaos. Il a observé le sang répandu devenir la boue originelle de notre Principauté. Il a été le champion des plus belle princesses et courtisanes de Haäsgard. Les anciens connaissent bien des histoires sur les batailles que ce maître d’arme a gagnées, bien plus nombreuses que celles qu’il a perdu.

 

Après quelques nouvelles, « Rêves de guerre » marque le début de la carrière de romancier de Thomas Day, aujourd’hui prolifique et réputé auteur de SFFF au style duquel j’ai toujours été particulièrement sensible. Cette fois encore pas de déconvenue, l’auteur ayant déjà prouvé à de multiples reprises qu’il était aussi à l’aise avec la fantasy qu’avec la science-fiction ou le fantastique. L’ouvrage nous transporte dans le royaume d’Haäsgard gouverné par l’implacable princesse Lyrhène secondée par le maître d’arme N’Kahn Hadessa, ce guerrier d’exception rêvé par le mage Dalvid N’Manadliath il y a des milliers d’années de cela. Mais le mage est mourant, et ce au pire moment qui soit puisque les Toxians, les ennemis ancestraux du royaume, préparent une offensive qui pourrait bien avoir raison de la suprématie militaire des Haäsgardiens… L’intrigue tarde légèrement à se mettre en place mais le roman n’en demeure pas moins une réussite ne faisant jamais l’erreur de tomber dans le manichéisme et mettant en scène des personnages complexes et torturés. Rien n’est jamais ou tout blanc ou tout noir dans les textes de Thomas Day, « Rêves de guerre » ne fait pas exception à la règle et évite ainsi un des écueils propres au genre « fantasy » dont bien d’autres auteurs peinent malheureusement à s’affranchir.

On retrouve évidemment sans mal la patte de l’auteur qui se garde bien d’épargner ses personnages et utilise déjà un style direct, voire plutôt cru. Le monde élaboré ici est pour sa part assez simple tant aux niveaux géographique que politique mais reste malgré tout cohérent et plutôt immersif. Le voyage entrepris par le maître d’arme et son fils nous fournit l’occasion d’arpenter certains des endroits les plus grandioses ou les plus originaux de cet univers, à l’image de cette forêt peuplée de créatures et de peuples étranges ou de l’impressionnante ville de Languerrilh, capitale du royaume d’Haäsgard. Parmi les points positifs on peut également mentionner la création d’un véritable bestiaire qui renforce la profondeur et l’étrangeté du monde créé par Thomas Day : sculpteurs, oiseaux-foudres… : ce ne sont pas les exemples qui manquent. Si je n’avais qu’un reproche à formuler, il concernerait la dureté de la majorité des personnages pour lesquels l’empathie du lecteur se retrouve hélas limité (même si dans le cas du maître d’arme N’Kahn Hadessa cette froideur se justifie parfaitement). Une certaine distance finit ainsi par se créer au fil du récit entre les protagonistes et le lecteur qui, s’il suit avec intérêt le déroulement des événements, peine malgré à tout à se sentir pleinement investi dans l’histoire.

 

Thomas Day signe avec « Rêves de guerre » un bon premier roman qui marque surtout par la noirceur et la complexité de ses personnages et de son univers, autant de caractéristiques qui constituent bien souvent aujourd’hui la marque de fabrique de l’auteur. A découvrir.

Critique réalisée dans le cadre du Challenge Francofou 3

Challenge Francofou 3