Les neiges de l'éternel

Titre : Les neiges de l’éternel
Auteur : Claire Krust
Éditeur : ActuSF (fiche officielle)
Date de publication : 2015 (août)

Synopsis : Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur. Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore. Jeune lilloise, étudiante en métiers de la rédaction, Claire Krust signe ici un premier roman envoûtant, cruel et poétique.

Note 4.0

 

Avec « Les neiges de l’éternel » c’est le destin de cinq personnages que Claire Krust nous invite à découvrir. La première est une adolescente en quête d’un remède pour sauver son frère. Le second est un fantôme tenant compagnie à un jeune garçon sur le point de succomber à la maladie. La troisième est une belle courtisane dont la vie va se retrouver chamboulée par sa rencontre avec une étrangère. Le quatrième est un adolescent en quête du fantôme d’un de ses aïeuls et le dernier est le fils d’un guérisseur sommé par un puissant seigneur de soigner son épouse mourante. Cinq récits indépendants mais néanmoins intimement liés les uns aux autres, soit parce que les personnages appartiennent (sans forcément le savoir) à une même famille, soit parce que la rencontre avec l’un va changer la vie de l’autre. Le dépaysement procuré par le cadre choisi par l’auteur est évidemment un atout puisque le lecteur se retrouve plongé dans un Japon médiéval fantasmé particulièrement immersif. Si on peut regretter de n’avoir finalement que peu l’occasion de découvrir en profondeur cet univers et ses paysages, Claire Krust a néanmoins pris le soin de parsemer son récit d’abondants éléments propres à la culture japonaise, que ce soit en matière d’architecture, de l’art de la calligraphie ou encore des rituels et croyances populaires. On sent que l’auteur porte beaucoup d’affection à cette civilisation qu’elle nous dépeint comme pleine de délicatesse et de complexité et pour laquelle il est difficile de retenir une certaine admiration, voire une certaine fascination.

Outre ces détails d’ordre culturel, l’omniprésence de l’hiver, saison au cours de laquelle se déroule les cinq récits de cet ouvrage, participe également à donner au roman une empreinte particulière, mélange de poésie et d’une certaine cruauté. Car en dépit de la jeunesse de la majorité des protagonistes, l’auteur ne se prive pas de mettre en scène des événements tragiques qui vont mettre à rude épreuve la vie de ses personnages. Deuil, solitude, temps qui passe, impuissance face à la maladie ou la souffrance d’un proche… : autant de thèmes abordés ici de façon intelligente et qui permettent au lecteur de se sentir rapidement en empathie avec les personnages, qu’il s’agisse de la courtisane, du jeune garçon maladif ou de l’adolescente déterminée à sauver la vie de son frère. C’est d’ailleurs cet attachement qui lie le lecteur aux personnages qui permet à l’auteur de limiter l’action pour se focaliser davantage sur leurs tourments intérieurs. Ceux qui apprécient les récits nerveux et dynamiques seront très certainement déçus par ce roman dans lequel l’action se fait vraiment très discrète et l’intrigue globalement simpliste. Il s’agit d’ailleurs d’une des choses qu’on pourrait sans doute reprocher à l’ouvrage, de même que la prévisibilité de la plupart des rebondissements. Le tout reste malgré tout de très bonne facture et c’est avec intérêt que l’on suit l’évolution de ces personnages bien campés et attachants.

 

Un ouvrage convainquant qui séduit par sa poésie et son ambiance largement inspirée de la culture japonaise féodale. Claire Krust signe avec « Les neiges de l’éternel » un bon premier roman et c’est avec attention que je suivrai les prochaines publications de cette jeune auteure prometteuse.

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