Le commando des immortels

Titre : Le commando des Immortels
Auteur : Christophe Lambert
Éditeur : Fleuve noir / Pocket
Date de publication : 2008 / 2010
Récompenses : Prix Bob Morane 2009 (meilleur roman français)

Synopsis : Enlisés en pleine guerre du Pacifique, les États-Unis ont besoin de renforts pour combattre les Japonais. Ils font appel aux êtres les plus aguerris aux milieux hostiles, un peuple en harmonie avec la nature et aux sens plus développés que ceux des humains : les Elfes, dont la dernière réserve se situe au Sylvaniel, en territoire américain. Après de délicates négociations, les habitants du Sylvaniel acceptent d’envoyer en Asie cinq des leurs pour former les alliés aux techniques de guérilla. Leur seule exigence : emmener avec eux un distingué gentleman spécialiste de l’elfique, un professeur nommé Tolkien. Au cœur de la jungle, le cauchemar commence pour les humains et les Elfes…

Note 4.0

Les mythes nous révèlent ce que les êtres pensants ont en commun d’une époque à l’autre, d’un continent à l’autre. Seuls les ornements diffèrent.

 

De toutes les opérations militaires qui se sont déroulées en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale, la campagne de Birmanie figure sans doute parmi les plus éprouvantes pour les forces Alliés. Pendant près de trois années, Américains et Anglais ont du faire face aux troupes de l’Empire Japonnais et expérimenter une forme d’affrontement avec laquelle ils ne sont guère à leur aise : la guérilla. Difficile en effet d’avoir recours aux méthodes de combat traditionnelles en pleine jungle, dans un pays étranger et sous un climat lourd propice à la prolifération de maladies graves. Jusque là, le roman de Christophe Lambert s’en tient aux faits. Là où le récit va commencer à diverger de l’Histoire, c’est lorsque les Alliés vont décidés de faire appel à un peuple réputé pour son attachement à la nature et son habilité à évoluer dans ce type d’environnement sauvage : les Elfes. Cinq de ces créatures majestueuses et redoutables acceptent ainsi de se rendre en Birmanie afin de former les soldats Alliés à de nouvelles tactiques, à la seule condition que les accompagne un certain J. R. R. Tolkien, paisible professeur à l’université d’Oxford, dont la présence déterminera l’issue de leur mission. Il faut avouer qu’encore une fois, Christophe Lambert ne fait pas dans le classique !

Le lecteur va donc suivre tout au long du roman un petit commando, les Chindits, qui va entreprendre une mission de sabotage des communications japonaises au delà des lignes ennemies. Le roman est assez court mais très rythmé, alternant efficacement scènes d’action et moments plus intimistes afin de ne jamais laisser décroître l’intérêt du lecteur. On voit bien que l’auteur s’est minutieusement documenté, aussi bien sur cette campagne de Birmanie et ses enjeux stratégiques pour l’issue de la Seconde Guerre mondiale, que sur Tolkien lui-même dont il brosse un portrait saisissant. En se basant essentiellement sur la correspondance de l’auteur, Christophe Lambert est parvenu à donner vie au père de « Bilbo le Hobbit » et du « Seigneur des Anneaux » auquel on ne manque pas de s’attacher et qui nous émeut à de multiples reprises (la scène lors de laquelle le professeur relate à ses compagnons de nationalités très diverses l’histoire de la Terre du Milieu est particulièrement touchante et témoigne bien de l’universalité des thèmes abordés dans ses œuvres). Instruit, imaginatif, très « anglais », et surtout soucieux de mener une vie paisible bien éloignée des aventures vécues par ses héros, le lecteur découvre Tolkien tel qu’il se l’imaginait et se plaît à repérer les points communs entre l’expérience birmane du professeur et ce qui deviendra des années plus tard « Le Seigneur des Anneaux », manuscrit uniquement en cours de rédaction au moment de l’intrigue.

Car au-delà de l’exotisme de cette jungle birmane et de l’audace de la mission entamée, il faut bien avouer que ce qui fascine avant tout le lecteur, c’est le travail effectué par l’auteur afin de créer le maximum de ponts entre l’œuvre de Tolkien et la situation à laquelle il se retrouve confronté dans « Le commando des immortels ». Le lecteur fin connaisseur du « Seigneur des Anneaux », appréciera certainement d’assimiler telle scène ou telle anecdote du roman à un passage de la célèbre trilogie : le combat contre l’araignée Shelob, la relation entretenue entre Frodon et Sam, et bien sûr la descente dans les mines de la Moria et l’épisode du pont de Khazad-dûm et du Balrog. On peut également saluer la qualité de la réflexion de l’auteur concernant les mythes dont il questionne l’essence même en tentant de répondre à cette épineuse question : « pourquoi les grandes histoires épiques et initiatiques, écrites (ou narrées) depuis la nuit des temps, se ressemblent-elles tellement ? » L’occasion pour Christophe Lambert de mettre en avant la complexité de l’œuvre de Tolkien mais aussi de revenir sur d’autres grands récits légendaires, de Beowulf aux contes oraux des tribus birmanes locales. Enfin, il est évidemment assez fascinant d’assister à la rencontre entre un auteur et l’une de ses créations les plus marquantes. Alors, à votre avis, que pensent les Elfes de la Terre du Milieu… ?

Tolkien

Christophe Lambert signe avec « Le commando des immortels » un roman passionnant qui vous tiendra en haleine du début à la fin et qui ne manquera pas de ravir les amateurs de fantasy en général, et ceux de Tolkien en particulier. Une lecture originale mêlant habilement action et réflexion, et que je recommande chaleureusement !