La republique des voleurs

Titre : La République des voleurs
Cycle : Les Salauds Gentilshommes, tome 3
Auteur : Scott Lynch
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2014 (mars)

Synopsis : Après le plus grand casse de leur carrière, Locke et son complice Jean ont réussi non sans mal à s’échapper. Mais Locke est en grave difficulté, et doit accepter le marché proposé par une mystérieuse Mage Esclave, lié aux prochaines élections de Karthain, la cité des mages. C’est à ce moment que réapparaît un fantôme du passé de Locke, mêlé au complot qui se trame : Sabetha, une femme qu’il a follement aimée autrefois, aussi rusée et habile que lui, et désormais son plus dangereux adversaire…

Note 4.5

-Nous avons besoin de fausses identités, remarqua Sabetha. Nous pouvons mettre une histoire au point pendant le voyage, mais nous devons trouver des noms d’emprunt aussi vite que possible.
-C’est marrant de se choisir des faux noms, dit Caldo. Appelez-moi Courtequeue Ducon.
-On t’a demandé un faux nom, pas une description détaillée de ta personne, dit Galdo.
-D’accord, d’accord. File-moi un coup de main. Il y a une version masculine de Sabetha, non ?
Galdo claqua des doigts.
-Sabazzo !
-Il n’en est pas question ! s’exclama Sabetha.
-Hé ! J’ai trouvé, dit Galdo. Je vais m’appeler Jean et tu t’appelleras Locke.
-Vous allez chier des échardes pendant un mois quand je vous aurai fait bouffer cette table, menaça Jean.

 

Six ans. C’est le temps qu’il aura fallu patienter avant d’enfin pouvoir découvrir la suite du chef d’œuvre de Scott Lynch mettant en scène une bande de voleurs ambitieux dans un univers de fantasy extrêmement travaillé. Et encore une fois quel plaisir ! Avec ce troisième tome des « Salauds Gentilshommes », l’auteur nous prouve qu’il n’a rien perdu de sa verve ni de son talent, et que son imagination est toujours aussi fertile. Après Camorr et Tal Verrar, c’est à Karthain, cité abritant les redoutables Mages Esclaves, que nos deux compères sont invités à exercer leurs multiples talents dans le but de faire gagner les élections à un parti qui n’a connu que la défaite depuis dix ans. L’avantage, c’est que tous les coups sont permis : vol, tricherie, corruption, espionnage…, bref, de quoi laisser à nos deux héros une sacrée marge de manœuvre. Le problème, c’est que leur adversaire chargé de faire gagner le parti opposé se trouve être un ancien membre de leur petite bande de voleur et le grand amour perdu de Locke : la fameuse Sabetha.

Si le deuxième volume des aventures de Locke Lamora mettait essentiellement l’accent sur le personnage de Jean Tannen et sur son indéfectible amitié avec le héros, c’est cette fois sur la jeune femme que se focalise l’intrigue. Un personnage dont on entend parler depuis le tout premier tome sans l’avoir jamais entraperçu jusqu’à présent. Alors le résultat est-il a la hauteur des attentes des lecteurs ? En ce qui me concerne la réponse est oui : Sabetha est un personnage au moins aussi complexe que Locke, toute aussi intelligente, et peut-être un peu plus retorse. Comme dans les tomes précédents, on alterne en fonction des chapitres entre le présent consacré aux élections à Karthain, et le passé du héros qui nous permet d’en apprendre davantage sur la naissance de sa relation avec la jeune femme. Jean se fait ainsi un peu plus discret ici et c’est un peu dommage car il s’agit d’un personnage auquel l’auteur avait su donner une véritable épaisseur dans le tome précédent.

Outre le soin apporté à la psychologie de ses personnages, on retrouve ici toutes les qualités qui font des romans de Scott Lynch de purs bonheurs de lecture. Les décors sont encore une fois surprenants, qu’il s’agisse du lac des joyaux ou de la Cour de Poussière, et l’auteur a à nouveau fait le choix de nous dévoiler dans les moindres détails l’une des professions qui occupe une place privilégiée dans son univers. Après le monde de la piraterie, c’est celui du théâtre que l’on découvre avec autant de plaisir et d’intérêt : l’organisation d’une troupe, les répétitions et la répartition des rôles, le répertoire de pièces à disposition des acteurs, le déroulement de la représentation… Mais le plus gros point fort de Scott Lynch réside surtout dans la qualité de ses dialogues. Dès les premières pages on retrouve cette gouaille, cette irrévérence et cet humour qui, personnellement, m’avaient beaucoup manquée et qui nous plaquent immanquablement un sourire satisfait sur le visage tout au long de la lecture.

 

Pari réussi pour Scott Lynch qui nous offre avec « La République des voleurs » un troisième tome aussi réussi que les précédents, bien que les enjeux soient cette fois un peu moins importants que précédemment pour nos deux héros. Ne reste maintenant plus qu’à se montrer patient avant de pouvoir découvrir la suite, même si l’auteur a d’ores et déjà déclaré que le quatrième volume était déjà en cours d’écriture et qu’il devrait par conséquent très bientôt trouver le chemin de nos librairies.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2

Autres critiques : Jean-Philippe Brun (L’Ours inculte)