Confessions d'un elfe fumeur de lotus

Titre : Confessions d’un elfe fumeur de lotus
Cycle : Les extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé
Auteur : Raphaël Albert
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2014 (mai)

Synopsis : Allongé sur la natte usée d’une fumerie de lotus, l’elfe devenu détective croit revivre son passé de grand elfe. Un retour sur ses origines, son enfance, son éducation dans la grande forêt merveilleuse et impitoyable, jusqu’à son exil.

Note 4.0

Prenez ce jeune elfe qui se croit au fait de la gloire… Ah, goûte-la bien, jeune Sylvo, cette gloire. C’est une gloriole. Elle ne durera pas, tu vacilles déjà. Chardon te délogera bientôt de ton piédestal, puis les Anciens te ramèneront au précipice qui te guette, avant que tu ne portes toi-même la sordide estocade qui amènera une nouvelle fuite dénuée de sens. Vois-tu à travers le temps le vieux Sylvo s’agiter sur sa natte ? Il voit s’approcher celui qui s’apprête à lui porter le premier coup. Il voit venir la fin.

Cela faisait un moment que l’on attendait la suite des « Extraordinaires et fantastiques enquêtes» du détective Sylvo Sylvain, et avec ce troisième tome Raphaël Albert nous démontre qu’il n’a rien perdu de son talent, bien au contraire. Oubliez la cosmopolite ville de Panam, ses habitants et leurs magouilles ou encore ses récents bouleversements d’ordre politique, cette fois c’est une toute autre facette de son univers que l’auteur a choisi de nous révéler. Car après le final tragique du tome précédent, le moins que l’on puisse dire c’est que notre elfe a bien du mal à remonter la pente… Le voilà donc échoué dans une fumerie glauque dans laquelle il passe ses journées à consommer du lotus qui lui apporte enfin l’oubli auquel il aspire et le transporte à nouveau dans sa bien-aimée forêt de Toujours-Verte, auprès de ceux qui constituaient son peuple avant sa disgrâce et son exil. L’occasion pour le lecteur d’en apprendre davantage sur le passé jusque là très mystérieux du protagoniste ainsi que sur l’une des nombreuses races qui peuplent notre monde revisité, à savoir les elfes.

Raphaël Albert nous propose ici une histoire d’un style complètement différent de celui des autres tomes, plus poétique, plus tragique surtout. Par le biais des souvenirs que fait remonter en lui l’absorption de cette fleur de lotus, notre détective remonte le temps pour nous dévoiler toute son histoire, de son enfance à son entrée dans l’âge adulte, ses joies, ses peines, ses amours, ses erreurs, tout ça dans un seul but : découvrir enfin le pourquoi de sa condamnation à l’exil. Ces « confessions » auxquelles se livrent le protagonistes sont donc avant tout là pour nous permettent d’acquérir une meilleure compréhension du personnage de Sylvo et de ses fêlures. Si le roman n’adopte pas formellement la forme d’une enquête comme cela avait pu être le cas pour les deux précédents, le suspens n’en reste pas moins très fort tout au long du récit tant le lecteur est avide de comprendre comment ce jeune elfe admiré par son peuple et profondément soucieux du bien-être de sa forêt va finir par devenir cet être déchu, renié de tous et forcé de s’exiler loin des siens, dans un monde qu’il abhorre. Jusqu’au tout dernier moment l’on veut croire que l’inévitable ne se produira pas, que le tragique destin du détective peut peut-être changer, et c’est là que réside en partie tout l’intérêt et la force du livre.

Parmi ses nombreux autres atouts, outre des personnages profonds et attachants et une intrigue captivante, le roman séduit également par la qualité de la civilisation dépeinte par l’auteur. Raphaël Albert nous décrit la culture elfique et les us et coutumes de ses habitants avec un luxe de détail, et le moins que l’on puisse dire c’est que le résultat est saisissant. Difficile de ne pas se laisser emporter dans cet univers énigmatique et presque exotique, où tous vivent en harmonie avec la nature. Il m’est d’ailleurs arrivé à plusieurs reprises au cours de ma lecture de me surprendre à faire le parallèle avec les civilisations « primitives » du continent américain, ainsi qu’à leur confrontation avec les hommes venus d’Europe. Car s’il y a bien une chose que les elfes de Toujours-Verte veulent préserver par dessus-tout, c’est l’intégrité de leur forêt, menacée par la cupidité et l’ignorance des hommes. Un fait dont le lecteur prend peu à peu conscience et qui rend d’autant plus tragique le destin du protagoniste dont on sait qu’il en sera réduit à vendre ses talents d’investigation à ce peuple pour lequel il n’a que mépris.

Avec ces « Confessions d’un elfe fumeur de lotus » Raphaël Albert nous démontre avec brio que l’attente depuis la fin du second tome en valait largement la peine. Le lecteur y découvre une toute autre facette de l’univers de l’auteur aussi bien que de son protagoniste dont on comprend beaucoup mieux la personnalité et la douleur. Espérons que le quatrième volume se montrera aussi passionnant !

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 4

Autres critiques : Belgarion (Elbakin)