Le sommeil de la raison

Titre : Le sommeil de la raison
Auteur : Juan Miguel Aguilera
Éditeur : Le Livre de poche
Date de publication : 2007

Synopsis : 1516. Une profonde révolution intellectuelle se propage dans l’Europe partagée entre l’humanisme renaissant et les tentations obscurantistes médiévales. A bord d’une flotte menée par le jeune Charles Quint se croisent les chemins de Luis Vives, humaniste valencien exilé pour ses convictions, et de Céleste, jeune sorcière en quête d’un alchimiste mystérieux…

Note 2.0

Ah, le XVIe siècle ! La Renaissance, la naissance de l’humanisme, la montée au pouvoir de puissants souverains tels que François Ier, Henri VIII ou Charles Quint… Une période de profonds bouleversements dans tous les domaines et dont Juan Miguel Aguilera a ici choisi de s’inspirer. « Le sommeil de la raison » aura été ma seconde incursion dans la littérature fantastique espagnole, après Javier Negrete et son divertissant « Alexandre le Grand et les aigles de Rome ». Sauf que cette fois, c’est la déception qui fut malheureusement au rendez-vous. Pourtant cela partait plutôt bien, le cadre historique choisi étant finalement plutôt rare en fantasy, à savoir le début du XVIe siècle et la montée au pouvoir de Charles Quint, à la fois roi d’Espagne et empereur du Saint-Empire Romain Germanique à tout juste dix-neuf ans. Sauf que le roman se résume au premier voyage du souverain en territoire espagnol, voyage pendant lequel un duo fort improbable composé d’une sorcière et d’un universitaire devront déjouer les manigances de puissances démoniaques. Malgré ses quelques cinq cent pages, le roman se lit avec une certaine rapidité grâce à la fluidité de la plume d’Aguilera… mais c’est bien là le seul attrait que je lui trouverais.

Du côté des défauts, en revanche, il y a de quoi dire : une intrigue bancale, un rythme mal mené et des personnages trop fades, qu’il s’agisse de la sorcière Céleste ou de l’humaniste Luis (que j’ai souvent été tenté de violemment secouer). L’auteur possédait pourtant de bonnes idées, mais pas de chance, les quelques éléments intéressants tels que la chasse aux faux convertis menée par l’Inquisition espagnole, la folie de Jeanne, la mère du roi, ou encore les intrigues de cour liées à la succession inattendue de Charles sur le trône d’Espagne, sont hélas largement sous-exploités, voire pour certains mentionnés simplement à titre anecdotique. Et ce n’est pas la fin du roman qui nous permettra de finir sur une note plus positive La plupart des fils de l’intrigue s’y recoupent fort maladroitement, tandis que certains éléments antérieurs à propos desquels il aurait été souhaitable d’avoir davantage de renseignement passent totalement à la trappe (je pense notamment au rôle du frère dominicain Bernardo, l’un des personnages les plus prometteurs, dont on se demande au final ce qu’il avait à faire là).

Malgré quelques bonnes idées et une intéressante reconstitution historique (on appréciera au passage de rencontrer Érasme ou encore Ignace de Loyola), le roman de Juan Miguel Aguilera peine à décoller et souffre à la fois de gros problèmes de rythme et surtout d’une intrigue mal maîtrisée et trop peu ambitieuse. Une lecture dont vous pourrez, à mon sens, aisément vous dispenser.