La Saison de la sorcière

Titre : La Saison de la sorcière
Auteur : Roland C. Wagner
Éditeur : J’ai lu (Millénaires) / Les Moutons électriques (La Bibliothèque voltaïque)
Date de publication : 15 octobre 2003 / 3 novembre 2017
Récompenses : Prix Bob-Morane 2004, Prix Rosny-aîné (roman) 2004

Synopsis : Une vague d’attentats tout aussi déroutants qu’inexplicables ébranle les symboles de puissance des nations les plus industrialisées. L’Europe est particulièrement touchée par cette nouvelle forme de terrorisme à nulle autre pareille, qui fait usage de forces surnaturelles mais épargne les vies humaines. Pour les États-Unis, puissance tutélaire et parangon impérial(iste) du monde occidental, la lutte contre les « sorciers du tiers monde » est une priorité absolue, voire une mission sacrée. Qui ne s’embarrasse d’aucune demi-mesure : recrutement à tour de bras de bataillons de mages soldats, invasion de la France et d’une partie de l’Europe sous prétexte de « protéger » le Vieux Continent… La tension internationale est à son comble. C’est dans ce contexte global de lutte acharnée contre les « forces du Mal » que Fric, jeune zonard français fraîchement sorti de prison, doit entamer sa réinsertion…
À l’heure où la seconde guerre « préventive » d’Irak est encore dans toutes les mémoires, voici à n’en pas douter un roman de politique-fiction qui fera date ! La saison de la Sorcière est en effet une satire virulente et féroce d’une sombre acuité sur le monde de l’après-11 septembre 2001. Un monde où ne cesse de grandir le fossé entre les champions d’un ultralibéralisme sauvage, mondialiste et dérégulateur, et les laissés-pour-compte d’un tiers monde traditionaliste. Un livre choc qui, sous couvert d’un de ces récits déjantés et rock’n’roll dont seul Roland C. Wagner a le secret, est un cruel miroir tendu aux dérives de nos sociétés du troisième millénaire.

Bibliocosme Note 4.0

C’était une bonne chose, songea l’Opérateur, que ces enquiquineurs de mangeurs de grenouilles se mettent enfin au diapason. Leur laxisme légendaire était l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement de leur pays s’était retrouvé désavoué après le premier attentat sorcier. Certes, ils avaient fait des progrès depuis le début du siècle en démantelant leur foutu « service public », en renonçant peu à peu à une protection sociale surdimensionnée qui n’était qu’une incitation à la paresse, ou en multipliant par cinq ou six le nombre de détenus. Mais ils avaient encore pas mal de chemin à parcourir s’ils voulaient atteindre le haut niveau de civilisation des USA, où la place de chacun dans la société dépendait de son mérite, et non d’aides coûteuses prélevées sur les impôts. Rétablir le châtiment suprême représentait à cet égard un grand pas en avant : plus question, désormais, d’entretenir pendant des lustres meurtriers et terroristes aux frais des contribuables.

En chasse ! Roland C. Wagner sonne l’ouverture de la Saison de la sorcière et le gibier semble être pléthore, alors sus aux magiciens de haute volée qui envahissent notre « pauvre » monde sans défenses !

Après Punk Rock Jesus, je suis clairement dans une période de lecture axée sur la subversion, polémiste mais pas trop, dénonçant fanatisme et discriminations. Et cette Saison de la sorcière se fonde clairement sur une très bonne analyse outrancière de notre société. Tout se déroule dans l’ironie complète, mais fine, et surtout une ironie qui varie les points de vue. Ainsi, rien n’est jamais vraiment comme cela semble être, mais finalement voilà bien le problème avec notre société du paraître. La tendance de l’auteur à côtoyer le mouvement psychédélique accentue cette ironie constante et cela se ressent dans le fort rapport à la musique tout au long de cette histoire polémique sur l’ultra-sécurité et la discrimination à tout-va.

La forme du récit a quelques points particuliers. Déjà, les extraits de journaux présents sont primordiaux pour l’histoire comme pour l’ambiance, tout en variant efficacement la narration. De même, on constate rapidement que l’intrigue se construit par une convergence de deux récits parallèles : d’un côté, l’aspect rationnel et concret de la « résistance » française ; de l’autre, l’aspect magique et surnaturel de l’armée des « Étazunis » accompagnée de sa Brigade des Maléfices. Rien n’est évident, personne n’est transparent : le ton est donné.

En voilà donc une petite œuvre bien décapante ; c’est frais, c’est rafraîchissant et il faut le prendre comme tel : un récit particulièrement divertissant dans son style comme dans son contenu. Et Roland C. Wagner était très fort à ce jeu-là.

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