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Titre : D’obsidienne et de sang
Cycle : Les Chroniques Aztèques, tome 1
Auteur : Aliette de Bodard
Éditeur : Panini (collection Éclipse)
Date de publication : 2013

Synopsis : Nous sommes dans l’’année Un-Couteau, à la fin du XVe siècle, au cœur de Tenochtitlan, la majestueuse capitale de l’’empire aztèque. A la veille d’’un événement majeur, une prêtresse disparaît d’’une chambre cérémonielle, ne laissant derrière elle que des murs couverts de sang. Acatl, Grand Prêtre des Morts, doit alors la retrouver, au risque de voir les barrières du monde des vivants et celui des morts se briser, entraînant le monde à sa perte. La mort, la magie et les intrigues politiques se mêlent dans ce roman de fantasy, situé au cœur de la civilisation Aztèque.

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Les choses changent. Les gens croient au soleil et à la guerre plutôt qu’à la pluie et à l’amour. Et Nous, les anciens, les dieux de la terre et du maïs, Nous qui étions là avant les autres, qui avons observé vos premiers pas… Nous nous étiolons.

Décidément, le retour de la collection de fantasy « Éclipse » chez Panini aura cette année donné lieu à de très belles surprises ! Parmi elles, ce « D’obsidienne et de sang », premier volume des « Chroniques aztèques » signées Aliette de Bodard qui fait ici une entrée fracassante dans le domaine des littératures de l’imaginaire français. Adapté d’une des nouvelles de l’auteur (« Obsidian Shards »), initialement publiée dans le numéro XXIII de « Writers of the Future », le roman prend la forme d’un thriller magique mettant en scène l’une des plus puissantes civilisations précolombiennes, celle des Aztèques. On y suit le parcours d’un certain Acatl, grand prêtre des morts, chargé d’enquêter sur la mystérieuse disparition de la belle et ambitieuse prêtresse Eleuia. Disparition à laquelle les dieux eux-mêmes semblent être mêlés… Le mélange des genres a de quoi surprendre, même si Aliette de Bodard est loin d’être la première à l’avoir expérimenté. Difficile entre-autre de ne pas penser aux aventures du détective Garrett signées Glen Cook ou encore, plus récemment, à celles de Lasser, enquêteur un peu médiocre confronté pour son plus grand malheur aux capricieuses divinités du panthéon égyptien par Sylvie Miller et Philippe Ward (« Un privé sur le Nil » ; « Mariage à l’égyptienne »).

Le principal intérêt de ces « Chroniques aztèques » réside en ce qui me concerne en grande partie dans l’originalité du lieu et de l’époque choisis, puisque l’essentiel de l’action se déroule vers 1480 à Tenochtitlan, sous le règne de l’empereur Axayacatl (soit près de quarante ans avant l’arrivée des Espagnols). S’il n’est pas rare que les civilisations grecques, romaines ou encore celtiques soient mises à l’honneur dans des ouvrages de fiction, les civilisations précolombiennes, elles, se font pour leur part beaucoup plus discrètes malgré la richesse de leur culture et le dépaysement qu’elles ne manquent jamais de susciter chez le lecteur. L’initiative d’Aliette de Bodard n’en est que plus louable, d’autant plus que l’on s’aperçoit bien vite du sérieux et de l’abondance des recherches effectuées par l’auteur qui nous propose une vision d’ensemble de l’empire Mexica très éloignée des clichés que l’on rencontre malheureusement souvent dès qu’il est fait mention des civilisations précolombiennes. Certes, nous avons affaire à un peuple sanguinaire pratiquant des sacrifices humains dans le cadre de leur religion, mais à aucun moment celui-ci n’est présenté comme démoniaque et encore moins primitif.

Malgré quelques inévitables libertés prises avec l’histoire, Aliette de Bodard nous donne donc un bon aperçu du peuple aztèque, de ses coutumes, son organisation politique et sociale, et surtout de son panthéon. Il est notamment particulièrement agréable d’arpenter en compagnie du protagoniste les différents quartiers et zones de la ville, des différents temples à l’enceinte sacrée en passant par les jardins flottants, le lac Texcoco… Rien à redire également du côté de l’intrigue, parfaitement maîtrisée et bien rythmée, ou des personnages qui, à défaut de très profonds pour le moment, se révèlent en tout cas pour la plupart convaincants et attachants, à commencer par Acatl, prêtre n’ayant rien d’un héros et aussi doué pour la sorcellerie que pour la médecine légale. Saluons enfin la présence à la fin de l’ouvrage d’un long dossier comprenant un lexique, un index des personnages et surtout une explication de l’auteur concernant la naissance du roman (ses méthodes de travail, les ouvrages utilisés, les romans qui l’ont inspirée…). Ceux qui le désirent pourront également découvrir en avant première le premier chapitre du second volume des « Chroniques Aztèques », « Le Cinquième Soleil », mettant à nouveau en scène Acatl qui n’est de toute évidence pas au bout de ses peines !

Un premier tome fort réussi qui parvient efficacement à mêler polar, histoire et fantastique. Il ne reste plus désormais qu’à se montrer patient en attendant la parution du second opus des aventures d’Acatl. A ceux qui auraient apprécié cette brève plongée au cœur de l’empire Mexica, je conseillerais également l’excellent « Azteca » de Gary Jennings, roman historique consacré aux dernières années de l’empire avant l’arrivée des Espagnols.