Science-Fiction

Les champs de la Lune

Titre : Les champs de la Lune
Auteur/Autrice : Catherine Dufour
Éditeur : Robert Laffont
Date de publication : 2024 (septembre)

Synopsis : Puisqu’il faut trouver une autre planète habitable, pourquoi pas la Lune ? Mais la vie est rude sous le feu blanc du Soleil. À l’abri de son dôme agricole près du cratère Lalande, une fermière regarde les moissons et les générations s’élever et retomber comme les marées terrestres. Le soir, au clair de la Terre, elle parle avec son chat des fièvres qui frappent les humains, des fissures qui menacent la survie de la ferme, des enfants saisis par l’appel du vide, des robots fous et des fleurs dans la mer de la Tranquillité. Son quotidien bascule le jour où on lui confie le soin d’une petite fille à la main verte. Qui fera éclore l’autre ?

Un jardin sur la Lune

Catherine Dufour est une autrice que j’aime beaucoup mais que j’avais jusqu’à présent plutôt découverte à travers des romans de fantasy ou de fantastique (comme l’excellent « Au bal des absents » pour lequel j’avais eu un gros coup de cœur). Je la découvre aujourd’hui en science-fiction avec « Les champs de la Lune », un roman original plébiscité aussi bien par le public que la critique puisqu’il a été récompensé en 2025 par le Prix Rosny aîné ainsi que par trois autres distinctions. Relativement court, le récit nous entraîne sur la Lune dans les traces d’une fermière qui s’est vue confier la gestion d’un dôme agricole. Là, elle veille sur la faune et la flore qui ont réussi à s’implanter dans l’écosystème lunaire et prend soin de chaque plante, chaque arbre et chaque fleur afin qu’ils s’intègrent parfaitement dans ce paradis pour jardinier.e. Son histoire nous est narrée sous la forme d’un journal de bord que l’horticultrice adresse à sa hiérarchie, un conseil composé des membres des différentes cités lunaires, notamment celle de Mut dont elle dépend. Très technique dans un premier temps et concentré quasi exclusivement sur le bon développement de la ferme Lalande et sur les potentielles menaces pour sa survie, les rapports deviennent au fil du temps plus personnels, moins froids. C’est que la vie de notre héroïne va être perturbée par son amitié avec une petite fille, Sileqi. Une petite fille difficile à cerner, abîmée par le deuil et les maltraitances mais en laquelle la narratrice décèle un véritable talent pour l’horticulture. Cette brèche ouverte dans le cœur de la fermière n’est toutefois qu’un début, celle-ci se retrouvant profondément impactée par ses rencontres avec certains habitants de la Lune ainsi que par les conséquences de ses recherches sur l’origine de la fièvre aspic, une maladie qui fait des ravages sur la Lune depuis des années. Mais cette sensibilité nouvelle couplée à sa curiosité pour cette épidémie à priori inarrêtable pourraient bien lui coûter cher…

Réussites et bémols

Si je comprends l’engouement qu’a pu susciter le texte, je ressors de ma lecture avec un sentiment mitigé. Parmi les aspects que j’ai apprécié figure le cadre dans lequel se déroule le récit et qui procure aux lecteurices un agréable sentiment de sérénité. On prend en effet énormément de plaisir à arpenter les jardins de la ferme Lalande, à découvrir quelles sont les espèces qui sont parvenues à s’implanter sur la Lune ainsi que la manière dont elles ont évolué, ou encore à explorer la cité de Mut et à comprendre le rôle joué par la végétation dans tout l’écosystème lunaire. La Lune telle que colonisée par Catherine Dufour n’a quant à elle pas grand-chose à voir avec ce que j’ai l’habitude de lire en SF qui met souvent en scène des décors aseptisés et bourrés de technologies sophistiquées, et j’ai apprécié la simplicité et la beauté des paysages de l’autrice. La dangerosité de cet environnement extra-terrestre ainsi que sa rugosité ne sont pour autant pas évacués, et j’ai là encore été sensible aux nombreuses trouvailles de Catherine Dufour, que ce soit ce chat augmenté pour lequel on se prend immanquablement d’affection, de ces robots fous qui errent dans le no man’s land entre les cités lunaires ou encore de ces enfants aventureux mais inconscients qui tentent régulièrement des sorties dans le grand vide sans combinaison. L’évolution de la narratrice est elle aussi intéressante dans la mesure où on la voit s’humaniser peu à peu, ses interactions avec la faune et la flore laissant progressivement plus de place à la complexité des relations humaines, avec ses moments de grâce et ses désillusions. Mon seul reproche réside dans l’intrigue qui manque parfois de dynamisme et peine dans un premier temps à trouver une véritable ligne conductrice, ce qui m’a légèrement perturbée. Le récit finit pourtant par s’orienter sur une piste mais, si j’ai aimé tout ce qui avait trait à la fièvre aspic, j’ai trouvé que l’enquête de la narratrice et ses conséquences arrivaient trop tardivement dans l’histoire. De même, j’ai regretté que les relations entretenues entre l’héroïne et la plupart des personnages restent trop en surface, à l’exception de celle avec Sileqi que j’ai trouvé bouleversante.

Avec « Les champs de la Lune », Catherine Dufour nous offre un roman contemplatif doté d’un certain charme qui relate le quotidien d’une horticultrice chargée de veiller au bon soin de tout un écosystème végétal et animal sur la Lune. Le récit tranche par la sérénité qui s’en dégage ainsi que par son originalité, l’autrice proposant ici des paysages lunaires partagés entre des zones désertiques et des espaces végétalisés foisonnants et d’une richesse incroyable. Cette agréable promenade est malheureusement desservie par des problèmes de rythme et une intrigue qui tarde à se mettre en place.

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

Une réaction ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.