Chroniques de l’Argo, tome 1 : Le sang et la mer
Titre : Le sang et la mer
Cycle/Série : Chroniques de l’Argo, tome 1
Auteur/Autrice : Adrien Tomas
Éditeur : Rageot
Date de publication : 2026 (janvier)
Synopsis : Quatre mercenaires embarquent à bord d’un navire extraordinaire, doté d’une technologie interdite. Ils doivent rapporter la Toison d’or, une relique dissimulée au-delà des mers, dans une cité réputée inviolable. S’ils réussissent, le prince Iason, qui les a recrutés, pourra prétendre au trône d’Iolkos.
Monstres avides de sang, concurrents sans scrupules, mutants et automates : les périls seront nombreux. D’autant que, sous le pont, chacun cache son jeu et poursuit ses propres desseins…
…
Le mythe de la Toison d’or revisité
Prolifique auteur d’imaginaire dont les derniers ouvrages s’adressaient essentiellement à un public adolescent, Adrien Tomas revient cette année avec un roman étiqueté « Young adult » par l’éditeur. On y fait la connaissance d’un jeune prince ambitieux, Iason, qui entend récupérer le trône de son père et en chasser l’usurpateur responsable de la conjuration ayant empêché son accession. Or, il se trouve que le monarque illégitime n’a pas d’héritier, et qu’il entend le désigner grâce à l’accomplissement d’une quête certes périlleuse mais qui couvrira de gloire celui capable de la mener à bien. Cette quête, c’est celle de la Toison d’or, une relique mythique située au-delà des mers et jalousement gardée. Déterminé à récupérer son trône, Iason entreprend alors de rassembler un équipage disparate capable de faire la différence et de lui accorder la victoire. Le premier tiers du roman est justement consacré à la constitution de la fine équipe qui accompagnera le prince lors de son voyage. Et ils sont nombreux ! Parmi eux, on peut notamment mentionner un lutteur exceptionnel mais trop porté sur la boisson répondant au nom d’Hêraklès, mais aussi un duo frère/sœur excellent dans l’art du cambriolage, un marin nordique ayant fui son pays pour des raisons obscures, ou encore une belle noble ayant visiblement reçu un entraînement martial poussé mais qui reste évasive sur ses origines. Et puis il y a les mutants, un automate et un maître en technologie. Et oui, car la Grèce antique d’Adrien Tomas n’est pas tout à fait la même que celle des livres d’histoire. L’Atlantide n’y est en effet pas un mythe, et son peuple (aujourd’hui disparu) a permis à la région d’atteindre un niveau de technologie extrêmement poussé grâce à l’orichalque, un matériau rare et dangereux mais aux capacités inégalées.
Quand la mythologie rencontre les nouvelles technologies
On a donc affaire ici à un monde qui prend énormément de liberté avec le décor antique classique, et il faut reconnaître que cet aspect est agréable et astucieusement exploité par l’auteur. Les créatures issues de la mythologies et empruntant des caractéristiques physiques propres aux animaux (nymphes, centaures, lycanthropes…) deviennent par exemple le résultat malheureux d’expériences mal maîtrisées ayant totalement échappées à leur créateur. L’Argo, lui, devient un vaisseau aux propriétés révolutionnaires qui vont être bien utiles à nos Argonautes pour affronter les nombreux périls rencontrés sur la route. La première partie du roman est intéressante et, en dépit du grand nombre de personnages et du temps pris par l’auteur pour tous les présenter en détail, on est tenté de partager l’enthousiasme des aventuriers, quand bien même la quête à mener semble périlleuse. L’action met ensuite un peu de temps à démarrer mais l’auteur nous réserve de belles surprises et attise surtout sans arrêt notre intérêt en cultivant la part d’ombre de ses personnages. Certains semblent en effet détenteurs d’un lourd secret, d’autres dissimulent manifestement leurs véritables intentions, et d’autres encore paraissent de bonne foi mais ne jouent pas carte sur table avec le reste de l’équipage. Tant qu’il restait en toile de fond, cet aspect du roman me paraissait intéressant et permettait de rajouter un peu de piquant au récit. Malheureusement les révélations concernant les objectifs ou l’origine des personnages ainsi que l’évolution de leurs relations finissent par prendre complètement le pas sur l’aventure dans la deuxième partie, raison pour laquelle mon emballement a légèrement décru au fil des pages.
Des bémols du côté des personnages
L’auteur accorde en effet une grande importance aux liens qui unissent les Argonautes entre eux. Or, si dans un premier temps cette attention portée à chacun a permis l’émergence d’un sentiment de camaraderie agréable et communicatif, elle finit par empiéter massivement sur le reste de l’intrigue. Les relations amoureuses entre certains Argonautes occupent notamment une place disproportionnée dans le récit qui, par cet aspect, justifie effectivement le classement du roman dans la catégorie « young adult » où ce type de romance est fréquente. La place occupée par les deux seules protagonistes féminins m’a à ce titre paru problématique dans la mesure où elles sont principalement mises en scène dans le cadre de ces relations amoureuses. C’est moins le cas pour Kala mais le personnage d’Atlan est lui extrêmement stéréotypé et constamment sexualisé (on ne compte plus les remarques sur sa poitrine opulente, la beauté de ses formes ou son déhanché ravageur). De façon générale, les deux femmes sont en permanence décrites en fonction de leur physique et, même si c’est aussi le cas de certains personnages masculins, j’ai trouvé cet aspect particulièrement agaçant. Les autres personnages ne sont pas eux aussi sans rappeler certains stéréotypes, mais le soin que l’auteur accorde à dépeindre leur personnalité et les démons qui les assaillent les rendent sympathiques à défaut d’originaux. Le dernier tiers du roman vient rompre de façon assez nette avec l’illusion qui commençait à devenir un peu lassante de l’entente parfaite et rebat les cartes de façon intéressante, ce qui donne envie de lire la suite en dépit des bémols soulevés.
Premier tome d’un diptyque classé « young adult », « Le sang et la mer » revisite de façon originale le mythe de la Toison d’or et du voyage des Argonautes. Le roman possède de solides atouts, qu’il s’agisse de son univers mêlant histoire antique et nouvelles technologies, ou encore ses nombreux personnages qui forment un groupe aux dynamiques intéressantes. On peut néanmoins regretter la place disproportionnée accordée aux relations amoureuses des protagonistes ainsi que la manière stéréotypée dont sont présentées les deux seules femmes du récit.
Voir aussi : Tome 2
Autres critiques : ?


