La Nuit sera mon domaine
Titre : La Nuit sera mon domaine
Auteur/Autrice : Alexia Seda
Éditeur : Timelapse
Date de publication : 2025
Synopsis : Shéhérazade va parler. Le silence se fait autour d’elle. Quel récit formidable vous a-t-elle réservé ? Quels mots résonneront à travers sa voix haute et claire ? Attendez… La conteuse tousse. Sa voix se met à siffler. Le moment est unique : c’est la dernière fois que vous entendrez, de sa bouche, le récit des Mille et une Nuits. Mais pas celui qu’elle vous a servi jusque là. Non, elle reprend le fil de son récit depuis le début, sept jours avant sa disparition. Découvrez un récit inédit forgé dans les interstices de la légende moyen-orientale où la Conteuse la plus célèbre de l’histoire se raconte autant qu’elle nous ravit. Shéhérazade va parler. Et cette fois, elle va dire toute la vérité.
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Shéhérazade revisitée
Tout le monde connaît les Mille et une Nuits. Ou du moins tout le monde croit les connaître. Mais que se cache-t-il vraiment derrière l’histoire de Shéhérazade ? C’est ce qu’a voulu explorer Alexia Seda dans ce roman qui s’inscrit dans un courant littéraire qui a le vent en poupe et qui consiste à dépoussiérer et réinterpréter les vieux mythes et légendes en mettant notamment fin à l’invisibilisation de ses personnages féminins. Or que sait-on finalement de Shéhérazade ? De sa vie avant sa confrontation avec le sultan ? De l’origine de sa passion pour les contes et de la nature de son don ? Désormais âgée, la célèbre conteuse prend ici la parole pour raconter son histoire, celui d’une adolescente brillante et passionnée mais bridée et sous-estimée parce que née fille. En effet, il ne fait pas bon d’être femme en ce lieu et en ce temps, et ce encore moins depuis que le roi, ivre de rage d’avoir été trompé par son épouse, a choisi de laver l’affront en prenant chaque soir une femme différente pour la tuer au matin. Un cycle de sang et de larmes que rien ne semble pouvoir interrompre mais auquel notre héroïne, elle, a pourtant décidé de mettre fin. Raconté à la première personne, le récit s’entremêle à d’autres récits dans une série d’imbrications astucieuses qui rend un bel hommage à ces contes des Mille et une Nuit que l’on ne connaît finalement que de façon très parcellaire. On sent d’ailleurs de façon très nette l’amour profond que l’autrice voue à son matériel d’origine sur lequel elle prend le temps de nous instruire longuement à la fin de l’ouvrage.
Une lecture en demi-teinte
La promenade à laquelle nous convie Alexia Seda est agréable et on se laisse vite porter par l’élégance de sa plume qui nous livre de beaux moments de poésie. J’ai également apprécié le choix d’avoir intégré au récit une dimension surnaturelle en la personne du génie qui accompagne l’héroïne et qui permet d’apporter une touche d’humour bienvenue tout en permettant de prendre davantage de recul. Je ressors malgré tout légèrement frustrée de cette lecture qui ne s’est pas révélée aussi immersive qu’espérée et qui manque quelque peu de sel. L’intrigue est en effet relativement simple et ne comporte guère de surprises, les quelques révélations qui émaillent le récit étant aisément prévisibles. Certes, l’autrice nous entraîne dans différents endroits de la cité, du port à un café de quartier en passant par le palais et son harem, mais toutes ces étapes ne donnent lieu qu’à peu de péripéties, le récit s’apparentant davantage à une lente déambulation illustrant le cheminement intérieur du personnage. Ce n’est pas désagréable, loin de là, et les réflexions auxquelles se livre le personnage sur la place des femmes dans la société et dans les histoires que l’on se transmet sont intéressantes, toutefois j’aurais aimé une intrigue un peu plus garnie. C’est plus anecdotique, mais j’ai également été refroidie par le trigger-warning inséré au sein même du récit qui m’a paru totalement absurde dans la mesure où rien dans la scène jugée potentiellement dérangeante ne vient justifier une quelconque nécessité de ménager les lecteurs (on a affaire à une scène érotico-comique où aucun acte sexuel n’est décrit et où aucune violence n’est commise…).
Dans « La nuit sera mon domaine », Alexia Seda propose de revisiter l’histoire des Mille et une Nuits en donnant la parole Shéhérazade, non pas pour nous éblouir avec un énième conte, mais pour qu’elle puisse nous raconter son histoire et sa vérité. Porté par une belle plume, le roman nous livre une réflexion intéressante sur la place des femmes dans ces contes et légendes qui ont forgé notre imaginaire. L’intrigue reste toutefois trop mince, si bien que l’on referme l’ouvrage avec l’impression d’avoir à peine effleuré la surface d’une histoire pourtant prometteuse.
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