Science-Fiction

Demain les origines

Titre : Demain les origines
Auteur/Autrice : Christian Chavassieux
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2025 (octobre)

Synopsis : Dans une Europe au bord de l’abîme, les populations, soumises aux diktats de petites milices armées, vivent dans la peur de gouvernements autoritaires. Loin de la ville, la communauté où vit Grâce pensait échapper à ces violences quotidiennes. Mais il suffira d’un vieux philosophe et d’une faute impardonnable pour que toutes et tous subissent d’inimaginables épreuves. Et alors que le grand incendie s’abat sur le continent, Grace, Malik, Robur, Syrrha et tant d’autres au milieu des ténèbres et des déshérités d’une société en délitement vont devenir les points de départ d’une histoire, d’une légende, d’un mythe qui les dépassera…

L’humanité au bord de l’effondrement

L’état du monde actuel vous déprime ? Vous vous inquiétez pour l’avenir de l’humanité et les menaces qui pèsent sur elle, prise en étau entre le désastre écologique, la montée de l’extrême-droite et la résurgence des conflits armés sur tous les continents ? Et bien le nouveau roman de Christian Chavassieux ne va malheureusement pas participer à vous remonter le moral ! Pour autant, il serait dommage de passer à côté de cette fresque apocalyptique ambitieuse et d’une densité remarquable qui nous relate comment l’humanité a couru à sa perte. « Demain les origines » est un ouvrage de près de six cent pages composé de sept parties qui vont nous permettre d’adopter plusieurs points de vue, et ainsi suivre l’agonie de l’humanité sous plusieurs aspects. Tout commence avec Malik, un jeune homme qui vit dans une petite ferme située près d’une grande ville, une rareté à une époque où la grande majorité de la population a déserté les campagnes. On comprend rapidement que les temps sont durs mais que la vie suit tout de même son cours : le gouvernement d’extrême-droite a été renversé par un coup d’état et on parle d’un retour à des élections démocratiques, même si différentes factions continuent de se battre pour le pouvoir. Parmi elles, la milice des Mains de fer est chargée de mener des opérations de maintien de l’ordre et a été positionnée aux entrées et sorties de la ville pour contrôler toutes les allers et venus de la population. C’est à l’un de ces check-points que la situation dégénère et que Malik va se retrouver pour la première fois confronté à la violence et à l’impunité. Les membres de la petite communauté de La Perle ne vont à leur tour pas tarder à avoir la confirmation que le monde est en train de basculer dans l’arbitraire et la violence. Parmi eux Grace, une jeune femme de l’âge de Malik, est sans doute celle qui va payer l’un des plus terribles coûts. Et alors qu’elle cherche désespérément à assouvir sa soif de vengeance, l’humanité, elle, subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique et voit revenir des fléaux dont elle pensait être débarrassés.

Un contexte géopolitique intéressant

Construit à l’origine comme une sorte de gigantesque préquelle à certains de ses précédents romans (« Mausolées » et « Les nefs de Pangée »), « Demain les origines » a d’abord été proposé gratuitement en téléchargement avant d’être remanié et édité par les éditions Mnémos. Le roman de Christian Chavassieux est un ouvrage exigeant et dense mais qui vous happe dès les premières pages. Les raisons de la fascination exercée par l’ouvrage sur le lecteur sont multiples, mais la principale tient tout de même au réalisme et à la richesse du monde futuriste imaginé par Chavassieux. L’auteur a en effet pris grand soin de structurer son récit autour d’un contexte géopolitique très détaillé et avec lequel on se familiarise peu à peu. Pour faire court, l’extrême-droite arrive au pouvoir presque partout en Europe, dresse des murs aux frontières et ouvre des camps à destinations de nos concitoyens musulmans ou étrangers. Parallèlement à cela on voit se multiplier les crises à tous les niveaux, qu’elles soient écologiques, alimentaires, sanitaires, ou démocratiques. C’est dans ces circonstances que l’on assiste à un effondrement rapide de l’Europe quand le reste du monde reste (pour un temps) plutôt épargné. Au moment où l’on fait la connaissance de Malik et Grace les structures étatiques sont déjà en plein délitement et on voit déjà émerger ici et là de petits dictateurs locaux aux visées impérialistes mais aussi des grandes villes qui s’émancipent de la tutelle étatique et gouvernent désormais en tant que cité-état, avec plus ou moins de succès en fonction des régions. La gravité de la situation incite une partie de la population à se tourner à nouveau vers la religion, si bien qu’on assiste également à l’essor de communautés religieuses plus ou moins fanatisées qui entendent bien évangéliser le territoire. Enfin, les effets du réchauffement climatique entraînent des épidémies mortelles mais aussi le retour de la famine, ainsi qu’une multiplication des catastrophes naturelles d’une ampleur inégalée jusqu’ici. Je vous avais prévenu, le tableau n’est pas réjouissant ! C’est dans ce contexte géopolitique pour le moins chaotique que l’on va suivre nos différents personnages ; Malik, Grace, Robour, Syrrha et bien d’autres.

Varier les points de vue, faire évoluer les enjeux

Le mode de narration varie parfois d’une partie à l’autre (le livre de Robur, par exemple, est écrit à la première personne) et chacune se concentre sur un personnage en particulier, ce qui n’empêche pas l’auteur multiplier fréquemment les points de vues pour faire avancer son intrigue. Celle-ci commence de façon assez classique avec un drame et une vengeance à assouvir. Pour se faire, Grace va devoir quitter ceux qu’elle aime et s’enfoncer dans les bas-fonds de la cité voisine dont elle ressortira transformée bien au-delà de ce qu’elle pouvait imaginer. Ces enjeux personnels, qui occupent le premier tiers du roman, sont ensuite écartés à mesure que l’intrigue change de dimension. On bascule alors progressivement dans une histoire plus vaste, avec des enjeux bien plus élevés et qui touchent à l’avenir de l’humanité toute entière. Si j’ai apprécié la première partie ainsi que le soin pris par l’auteur à développer un monde futuriste cohérent et dont les évolutions nous sont clairement exposées, j’ai en revanche été moins enthousiasmée par tout le volet purement SF, à savoir tout ce qui tourne autour des travaux scientifiques d’Hennelier et de sa volonté de créer une race qui remplacera l’humanité une fois qu’elle aura disparu. De même, le pan de l’intrigue consacré au symbiote et à la nouvelle menace qu’il représente ne m’a pas du tout convaincu, le récit enchaînant alors les scènes d’action et de destruction spectaculaires mais qui tombent comme un cheveu sur la soupe. J’ai davantage apprécié la réflexion de l’auteur autour de la figure de Grace, transformée malgré elle en figure christique, ou de celle de Doline, dictateur fanatique ayant réussi à convertir un nombre préoccupant de partisans à sa cause. Parmi les points positifs, j’ai également été sensible à la façon dont Christian Chavassieux prenait soin de pointer du doigt les conséquences concrètes des décisions prises par les « puissants » sur les citoyens ordinaires. La plume de l’auteur joue évidemment dans l’immersion et j’ai beaucoup apprécié son style et sa capacité à émouvoir le lecteur. Je suis en revanche plus réservée concernant un long passage en particulier dans le premier tiers du roman qui enchaîne les scènes trashs impliquant des mutilations, des viols, de la pédophilie ou encore de la nécrophilie. Autant de scènes très pénibles à lire et qui vont certainement (et on ne peut pas vraiment leur donner tort) décourager certains ou certaines de poursuivre leur lecture, ce qui est bien dommage tant le reste de l’œuvre mérite d’être découverte.

Pari audacieux, « Demain les origines » est un roman d’anticipation mettant en scène toute une galerie de personnages témoins de l’effondrement de notre civilisation et de notre planète. Porté par une plume soignée et des personnages touchants, le récit de Christian Chavassieux embarque le lecteur, à la fois fasciné et effaré par le futur imaginé ici et par la succession désespérante de catastrophes qui s’abattent sur l’humanité. Alors certes, certains pans de l’intrigue laissent à désirer et on peut regretter le côté trash de certains chapitres qui pourront dégoûter ou décourager, toujours est-il que le roman possède une richesse remarquable et qu’il serait dommage de passer à côté.

Autres critiques : ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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