Quand vient la Horde
Titre : Quand vient la Horde
Auteur/Autrice : Aurélie Luong
Éditeur : Scrinéo / Pocket
Date de publication : 2022/ 2024
Synopsis : Ivan est un orphelin du Daesan. Idéaliste, il rêve de réussir le concours public et de devenir magistrat pour changer les lois. Comme tout le monde, il a entendu parler de la Horde Blanche, troupe de mercenaires sanguinaires aux ordres d’une guerrière dépeinte comme une démone aux yeux rouges, crainte autant que méprisée. Ce qu’Ivan ne sait pas, c’est que la Horde en a après lui ; arraché à son univers, pris dans une quête de vengeance qui le dépasse, il devra remettre en question tout ce qu’il croit savoir et transgresser ses serments les plus précieux, quitte à en payer le prix.
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De la dark fantasy à la française
Pour son premier roman, Aurélie Luong a opté pour de la dark fantasy. Un exercice périlleux, tant il est facile de tomber dans les clichés ou la surenchère dans ce type de récit. Pourtant, l’autrice réussit à déjouer tous les écueil haut la main et nous offre un roman sombre, à l’intrigue bien ficelée et aux personnages charismatiques, tout en nuances de gris. Le récit se déroule dans un décor qui nous est décrit comme un mélange entre des inspirations coréenne et turkmène et met en scène un jeune homme, Ivan, dont la vie va soudainement être bouleversée par sa capture par une bande de mercenaires. Alors qu’il vivait jusqu’ici une vie relativement paisible quoique rude, rythmée par les travaux des champs et les heures passées à préparer un concours de magistrat, Ivan se voit brusquement arracher à son quotidien, son village et surtout son amie d’enfance. Après des jours et des jours de voyage et de mauvais traitements, le voilà introduit auprès de la personne à l’origine de son enlèvement : une cheffe de guerre que l’on surnomme « la Putain blanche ». A la tête de sa Horde, cette dernière se bat depuis des années à la frontière entre le royaume qui l’emploie et l’un de ses rivaux. Alors que le conflit entre dans une phase décisive et pourrait bien mener à la victoire, Yekatelina, elle, poursuit ses propres objectifs et entend bien mettre à profit la présence d’Ivan au sein de la Horde. Tiraillé entre plusieurs loyautés, le jeune homme va progressivement trouver sa place parmi les mercenaires et se prendre d’affection pour leur cheffe. Mais les apparences sont parfois trompeuses, et Ivan a mit le pied dans des jeux de pouvoir qui le dépassent et dont il ne peut encore mesurer les répercussions.
Une intrigue et des personnages fascinants
Le roman d’Aurélie Luong a été un véritable coup de cœur et m’aura passionné de bout en bout. L’autrice possède une belle plume qui sait aussi bien rendre compte des sentiments ambivalents des personnages que se rendre épique lorsque l’heure du combat a sonné. Si l’intrigue paraît au premier abord s’appuyer sur des ressorts très classiques (un enfant caché, une vengeance préparée de longue date…), le récit prend malgré tout régulièrement des détours inattendus qui viennent sortir en permanence les lecteurices de leur zone de confort. De la même manière, si on peut émettre dans un premier temps des doutes sur l’appartenance du roman au genre de la dark fantasy, ces derniers sont peu à peu levés, le récit atteignant un niveau de noirceur suffisamment important pour devenir dérangeant. La violence est omniprésente si bien que certaines scènes, notamment sur la fin, se révèlent choquantes, sans pour autant donner l’impression que l’autrice en rajoute ou sombre dans le voyeurisme. Les personnages sont à l’image de cet univers : tourmentés, tiraillés entre plusieurs loyautés ou plusieurs désirs, et c’est leur ambivalence qui les rend si humains et si touchants. Là encore Aurélie Luong part d’un profil de personnages traditionnel (le jeune paysan qui n’est jamais sorti de sa campagne et découvre avec stupeur la violence du monde extérieur et des enjeux qui le dépassent), mais c’est pour mieux se jouer de ce trope en se le réappropriant de manière astucieuse et en faire un personnage totalement à part, dépouillé progressivement de sa naïveté mais pas de sa bonté. Yekatelina, elle, est une héroïne charismatique et insaisissable, évoluant sur une ligne de crête et menaçant sans arrêt de basculer. Les autres personnages n’ont de secondaires que le nom et sont dotés d’une personnalité et d’une histoire fouillées. C’est notamment le cas des mercenaires qui vont devenir les compagnons d’arme d’Ivan et qu’on apprend peu à peu à connaître et apprécier.
Pour un premier roman, Aurélie Luong met la barre assez haut et nous offre avec « Quand vient la horde » une histoire de dark fantasy qui n’a que l’apparence du classicisme et sort bien vite des sentiers battus pour nous offrir un récit enlevé, bourré de rebondissements, de personnages complexes, le tout dans un décor qui trouve ses inspirations dans des cultures d’ordinaires peu mises en avant. Une belle surprise et une lecture que je vous recommande chaudement !
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Un commentaire
belette2911
« chaudement », c’est un mot que j’apprécie, vu les températures ! 😆 Je note.