Récit contemporain

Les Vieux Fourneaux, tome 8 : Graines de voyous

Titre : Graines de voyous
Cycle/Série : Les Vieux Fourneaux, tome 8
Scénariste : Wilfrid Lupano
Illustrateur : Cauuet
Éditeur : Dargaud
Date de publication : 2024

Synopsis : C’est l’été, Montcoeur est sec comme un 49,3. La canicule est telle qu’on voit même le fond de l’étang la Gibelette ! Du jamais-vu. Pourtant, ce n’est pas la météo qui va empêcher Sophie d’organiser une fête pour les 60 ans du « Loup en slip ». L’occasion de se replonger dans les souvenirs et de dépoussiérer quelques vieilles photos. Le loup en Slip, dans le coin, c’est pas rien. Naturellement, Pierrot fait le déplacement, mais voilà, est-ce la chaleur ? Il semblerait que le vieil anar se tape une crise de foi en arrivant au bled. Pour le groupe, ça ne fait aucun doute: Pierrot est à deux doigts de caner. Pendant ce temps, dans la plantation de pommes, un octogénaire se lance dans le MMA. On se met à craindre le pire, et on a bien raison.

 -Je te l’ai déjà dit cent fois : si je réponds pas à mon téléphone pendant plus de deux ou trois heures, c’est que je suis en… ?
-Garde à vue ?
-Voilà !

Une bonne tranche de rigolade

Entamée en 2014, l’aventure des « Vieux Fourneaux » poursuit son petit bonhomme de chemin alors qu’un huitième tome vient de paraître, toujours avec Wilfrid Lupano au scénario et Cauuet aux illustrations. A celles et ceux qui craindraient qu’Antoine, Émile et Pierre commencent à prendre trop d’âge et à ressasser les mêmes gags, rassurez-vous ! Nos petits vieux révoltés sont toujours aussi en forme et leur humour reste intact, ce qui nous permet de nous payer de bonnes tranches de rigolade (et par les temps qui courent, ce n’est pas du luxe !). Tout commence ici avec la volonté de Sophie d’organiser une petite sauterie pour fêter les soixante ans de la création du théâtre itinérant du « Loup en slip », et par la même occasion d’honorer la mémoire de sa grand-mère, Lucette, à l’origine de l’aventure. L’occasion pour tout le village de se replonger dans ses souvenirs, et pour Sophie d’enfin en apprendre davantage sur les débuts de la relation entre son grand-père et celle qui, dans sa jeunesse, attirait toutes les convoitises. Du côté de Pierre, on ne change pas une équipe qui gagne : le voilà de passage en comparution immédiate pour avoir explosé une caisse informatique après qu’on l’ai forcé à se servir de son smartophone alors qu’il aurait pu s’en passer. Le voilà sous bracelet électronique ! Mais ce n’est pas ça qui va empêcher l’anarchiste de se rendre à la fête de Sophie. L’arrivée impromptue d’un membre de sa famille, perdu de vue depuis longtemps, pourrait toutefois l’inciter à changer d’avis. Quant à Emile, éternelle force tranquille, il va lui aussi voir sa vie chamboulée par une révélation pour le moins inattendue.

[Pierrot, exhibant son tout nouveau bracelet électronique]
-Visez un peu la classe ! Le même que Balkany !
-Pierrot, tu… mais tu dois rester chez toi en fait !
-T’as compris le principe du bracelet électronique au moins ?
-Chez moi ? Avec la chaleur qu’il fait ? J’suis sous les toits, hein ! Détendez-vous. Ça va sonner chez eux à partir de 19h, ils vont me harceler au téléphone mais j’aurai plus de batterie. Demain, je dirai que j’ai pas bien compris parce que je suis vieux et con, et je promettrai de ne plus recommencer. Ils vont faire quoi ? Ils vont pas me foutre à Fleury-Mérogis, j’ai plus de 80 balais ! 

Et une bonne dose d’émotions

Les « Vieux fourneaux », c’est cinquante pages de fous rire, d’engueulades, de satire politique et de bonne humeur qui font un bien fou au moral. Chaque nouvel épisode nous permet d’en apprendre un peu plus sur le passé d’Antoine, Emile et Pierre, tout en abordant un ou plusieurs sujets d’actualité, qu’ils soient légers (le tout numérique à outrance) ou graves (le dérèglement climatique, la montée de l’extrême droite, les violences faites aux femmes…) Cet album-ci permet aussi de se replonger dans l’histoire de ce petit village de campagne dont les auteurs avaient déjà détaillé le passé économique et l’évolution géographique, avant de se pencher depuis deux tomes sur d’anciennes querelles qui couvent entre plusieurs habitants. Les dialogues sont toujours aussi savoureux (« Ils vont pas me foutre à Fleury-Mérogis, j’ai plus de 80 balais ! »), et les quiproquos ou retournements de situations sont particulièrement cocasses. L’occasion de découvrir que le passé des trois seniors comporte encore de nombreuses zones d’ombre qu’on est ravi de voir en partie comblées ici. Les nouveaux personnages sont quant à eux de la même veine que le trio emblématique de la série, dotés d’un sens de la répartie hilarant et d’une bonne dose de mauvaise foi qui les rendent immédiatement sympathiques. Un vrai régal ! Les illustrations de Cauuet permettent encore et toujours d’accentuer l’effet comique de certaines scènes, ou bien de souligner l’émotion éprouvée par les personnages. Émotions hautement communicatives et qui participent grandement au plaisir de lecture.

Huitième tome des aventures des « Vieux Fourneaux », « Graines de voyous » est un album aussi réussi que les précédents dans lequel on en apprend plus sur le passé de nos trois rebelles octogénaires. De l’humour, des dialogues percutants, un regard critique sur l’actualité, une bonne dose de tendresse : voilà les ingrédients de cette série qui continue à faire rire plus de dix ans après sa création. Vu le contexte mondial actuel, un neuvième tome ne serait pas de trop !

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2 ; Tome 3 ; Tome 4 ; Tome 5 ; Tome 6 ; Tome 7

Autres critiques :  ?

Passionnée d'histoire (surtout le XIXe siècle) et grande lectrice des littératures de l’imaginaire (fantasy essentiellement) mais aussi d'essais politiques et de recherches historiques. Ancrée très à gauche. Féministe.

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