Un reflet de Lune

10 février 2021 9 Par Boudicca

Titre : Un reflet de Lune
Auteur : Estelle Faye
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2021 (janvier)

Synopsis : Paris, un siècle après l’apocalypse. La capitale est plongée dans les pluies de printemps et Chet, dans une affaire qui le dépasse. Des sosies apparaissent pour lui faire porter le chapeau de crimes dont il est innocent. Du lagon du Trocadéro au repaire lacustre des pirates de la Villette, Chet arpente les bords de la Seine en crue à la recherche de ces mystérieux doubles, autant que de lui-même.

 

Sais-tu pourquoi nous racontons des histoires ? Pourquoi nous continuons, jour après jour ? Parce que les mots nous forgent et nous renforcent, parce que les histoires nous aident à ne pas oublier nos forces, et nos erreurs aussi.

Du jazz, Paris et l’apocalypse

Sept ans après le remarqué « Un éclat de givre » édité par Les Moutons Électriques, Estelle Faye revient à son Paris post-apocalypse avec un nouveau roman, publié cette fois par ActuSF dans un superbe écrin. L’occasion de retrouver Chet, chanteur de jazz se produisant dans les différents bars de cette cité à la fois familière et méconnaissable mais incontestablement plus dangereuse et polluée que notre capitale actuelle. L’autrice se montre avare de détails concernant les raisons de cette évolution, mais le lecteur se passe finalement très bien d’explications dont l’absence ne fait que renforcer l’aura de mystère qui entoure ce Paris futuriste à la fois fascinant et inquiétant. Après avoir mené l’enquête à propos d’une drogue aux effets étranges dans « Un éclat de givre », Chet se retrouve à nouveau entraîné dans un tourbillon d’événements qui le touchent cette fois de plus près. En effet, des rumeurs se répandent dans la ville et mettent en cause le musicien qui aurait été vu ici en train de fomenter des troubles, là en train de participer à un incendie, et même en train de commettre un assassinat… Bien décidé à découvrir qui sont ces sosies qui usurpent son nom et son visage pour commettre ces exactions, Chet va se retrouver confronté à toute une galerie de personnages extravagants et plus ou moins puissants qui vont lui permettre de mieux cerner les enjeux dont il est question ici. Car il n’y a pas que la vie de Chet qui se trouve bouleversée : la ville elle-même semble dans un piteux état, la crue de plus en plus inquiétante de la Seine et la pluie tombant continuellement sur la capitale participant à instaurer un climat délétère propice aux débordements. Opéra Garnier, Louvre, couloirs du métro, Arènes des Rhéteurs… : l’enquête de Chet va l’entraîner dans différents endroits de la cité qui se dévoile toujours un peu plus tout en restant difficile à cerner. En dépit de ce que l’intrigue peut laisser sous-entendre, ne vous attendez pas à un roman d’enquête et d’action puisqu’« Un reflet de Lune » tient davantage du récit intimiste que du polar. Un pari risqué mais très réussi dans « Un éclat de givre », où l’autrice était parvenue à trouver un bel équilibre entre les passages visant à faire avancer l’intrigue et les scènes d’introspection, mais qui, ici, ne m’a malheureusement pas convaincue.

-Au fait, tu t’entends bien avec Enguerrand ?
J’écarquille les yeux :
-Enguerrand ?
-Enguerrand. Le commissaire-priseur. Le commandant de néo-Louvre.
Ah lui… Je pêche une réponse dans ce qu’il me reste de cervelle :
-La dernière fois qu’on s’est croisés, il n’a pas tenté de me tuer.

Un nouveau rendez-vous manqué

Malgré mon impatience à retrouver Chet et son univers, je suis ainsi totalement passée à côté de ce roman qui semble pourtant, d’après les premiers échos que j’ai pu entendre, avoir réussi à charmer à nouveau les lecteurs qui avaient déjà apprécié le voyage la première fois. Peut-être ne l’ai-je pas lu au bon moment. Peut-être n’étais-je pas dans le bon état d’esprit. Toujours est-il que je n’ai pas du tout accroché à cette suite. D’abord parce que l’intrigue est quand même sacrément limitée et ressemble plutôt à un prétexte pour relater les états d’âme du personnage. Tout tourne autour de Chet qui ne s’intéresse qu’à Chet, si bien que notre héros passe plus de temps à repenser avec nostalgie à ses anciens amant(e)s et aux blessures qu’ils ont pu lui infliger qu’à s’intéresser à ce qui se passe dans la ville. Les révélations ou scènes d’action qui font avancer l’histoire sont expédiées en quelques lignes seulement, quand les tourments du musicien s’étalent sur des pages et des pages, finissant immanquablement par tourner en rond. Difficile dans ces circonstances de ne pas s’agacer du nombrilisme dont fait preuve le personnage, impression renforcée par un usage effréné des pronom « mon » et « ma », que ce soit pour désigner d’autres personnages qui se retrouvent définis uniquement par le rôle que Chet a choisi de leur attribuer dans sa vie (« mon chevalier blanc », « mon sorbon », « mon pianiste ») ou même la ville elle-même dont l’artiste parle avec un orgueil un peu déplacé. J’ai également peu apprécié l’hyper-sexualisation permanente du héros : qu’il soit Chet ou Thaïs (la femme qu’il devient lorsqu’il monte sur scène pour chanter), le moindre geste, la moindre posture sembler exciter le désir de ses différents interlocuteurs. Le héros passe d’ailleurs un nombre assez impressionnant de pages à se remémorer ses anciennes coucheries, ou à se faire nouveaux/nouvelles amant(e)s (dont la plupart après seulement cinq minutes de conversation, voire seulement de regards langoureux…). Dans le même registre, j’ai eu beaucoup de mal avec la manie de l’autrice de détailler systématiquement les tenues vestimentaires et le maquillage du personnage qui n’en paraît qu’encore plus superficiel, surtout lorsque ces considérations esthétiques prennent le pas sur l’urgence de la situation.

A mon grand étonnement je suis donc complètement passée à côté de ce roman qui met pourtant en scène un décor et un personnage qui m’avaient enthousiasmée il y a quelques années. Peut-être mes attentes ont-elles changées, ou bien le moment choisi n’était pas propice à ce type de roman, toujours est-il que j’ai trouvé le héros trop égocentrique, l’intrigue trop mince, et certains choix narratifs trop exagérés. N’hésitez pas à aller lire les chroniques bien plus positives rédigées par les autres blogueurs, pour ma part j’ai l’impression d’avoir été à côté de la plaque tout au long de ma lecture.

Voir aussi : Un éclat de givre

Autres critiques : Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel) ; Célindanaé (Au pays des cave trolls) ; Fantasy à la carte ; Zoé Lucaccini (Zoé prend la plume)

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