Science-Fiction

Kebek, tome 1 : L’éternité

Kebek 1 Eternité

Titre : L’éternité
Cycle/Série : Kebek, tome 1
Auteur : Philippe Gauckler
Éditeur : Daniel Maghen [site officiel]
Date de publication : 22 août 2019

Synopsis : Un récit de science-fiction situé dans la province de Eeyou Istchee Baie-James, région des Monts Otish, au Québec.
Mine de diamant de « La grande Ourse ». Fin d’été. Une secousse fait trembler la terre, suivie d’un effondrement de terrain dans un secteur proche de l’exploitation. Roy Koks, le responsable de la prospection et la géologue Natane se précipitent pour examiner la nature des dégâts. Une grande partie de la colline s’est effondrée dans un glissement de terrain sans doute dû aux pluies incessantes qui se sont abattues sur la région depuis des semaines. En recherchant les causes de l’accident, les prospecteurs vont découvrir une faille qui donne accès à une cavité souterraine. Au centre de cette cavité, un gigantesque bloc de rocher parfaitement sphérique…

Montréal, Mont Royal, mon réel, mon insupportable réalité…
Je voudrais oublier ce qui s’est passé, tout oublier. T’effacer de ma mémoire… Mais comment renoncer à l’infinie douleur de t’avoir connue et perdue…
Toi, sortie du néant, Toi qui m’as possédé, Toi qui m’as dépossédé, Toi qui me laisses seul face à l’Éternité.

Philippe Gauckler nous revient avec le premier tome d’un diptyque, Kebek, qu’il réalise seul en étant scénariste et dessinateur, chez l’éditeur Daniel Maghen.

Un artefact au fond d’une mine

Province québécoise, dans un monde qui ressemble fortement au nôtre, on découvre au fin fond d’une mine, à l’occasion d’un énième forage et d’un séisme qui s’en suivit, une étrange sphère. Cet artefact aux dimensions parfaitement régulières intrigue dès sa découverte : que fait-il là ? d’où vient-il ? de la Terre ou d’ailleurs ? La multinationale qui gère la mine en fait presque aussitôt la publicité et décide d’en organiser l’extraction en accord avec le gouvernement. Les médias se pressent pour voir la sphère et pour savoir ce qu’elle recèle ; chaque citoyen a son avis sur la question, sur l’évidence même qu’elle recèle un secret d’importance. Mais cela n’est rien à côté de l’extraordinaire profit qu’entend récupérer cette entreprise en exploitant cette mine devenue unique au monde. Tout semble être médiatisé afin de favoriser la transparence, mais bien au contraire plus il y a d’acteurs en compétition, plus les appétits s’aiguisent.

Une histoire d’amour contrarié

Le cœur de l’intrigue réside finalement dans un récit assez commun : le difficile amour entre Roy Koks, un des chefs de la mine et en l’occurrence ancienne star internationale et charismatique de hockey sur glace (on est au Canada, rappelons-le), et Natane, géologue très attirante qui est issue d’une des tribus « natives » de la région. L’un et l’autre se jaugent depuis quelques temps quand l’histoire commence et les événements ne font que les rapprocher, d’autant que Roy semble hanter dans ses rêves par une présence féminine. Comme très souvent dans les bandes dessinées chez les éditions Daniel Maghen, le dessin et l’album en lui-même est magnifique, le tout étant complété par huit pages d’ébauches et de travail graphique pour expliquer un peu le processus de création. Cela prend surtout « corps » dans les scènes mettant en lumière les corps enchevêtrés. Toutefois, leur rapprochement est contrarié non seulement par l’actualité de la mine et de ses découvertes, mais aussi et surtout par leurs choix respectifs qui risquent de s’opposer. À l’image de cette histoire d’amour contrarié, la construction narrative est loin d’être linéaire, cela complexifie le récit mais si on s’en tient à ce premier tome, il nous manque un certain nombre de données pour accrocher tous les faits ensemble et saisir ce qui fait basculer ce monde.

Un fond consistant mais encore un peu lointain

On découvre au fur et à mesure que la narration est entremêlée entre le fond de l’intrigue (c’est-à-dire la découverte de l’artefact), le moment où Roy Koks raconte cette découverte à un haut responsable (donc mise en abîme du récit) et la scène d’ouverture qui semble ajouter encore un autre problème là-dessus (sachant que la fin de ce premier tome ne raccroche pas les wagons avec cette première scène). Il y a donc plusieurs visions sur l’ « événement », à plusieurs moments différents, nous laissant entrevoir un changement profond de la société une fois les secrets de l’artefact mieux compris (ce qui n’est pas encore le cas pour nous). En filigrane de cette découverte, Philippe Gauckler aborde différentes formes de domination, trois principalement : l’usage à outrance des ressources de notre planète, allant le plus souvent vers une destruction totale de tout ce qui peut être transformé pour faire du profit ; la négation des droits de certaines populations installées ici depuis bien plus longtemps, mais qui devraient s’effacer, elles aussi, devant le profit financier de l’opération ; l’emballement médiatique sur des événements que personne ne comprend au départ et qui deviennent fruit d’un imaginaire tel qu’ils peuvent bouleverser des sociétés entières. Ces derniers aspects sont bien présents, mais plutôt esquissés en arrière-plan du récit fait par Roy Koks de la découverte tant attendue ; l’auteur préfère prendre son temps pour bien détailler ses deux personnages principaux.

L’éternité est donc un premier tome intéressant, qui pose une quantité de questions en nous en faisant miroiter les réponses dans la suite, le tout agrémenté d’un dessin réaliste parfois flamboyant.

Voir aussi :
Tome 2

Autres critiques :

Kaamelotien de souche et apprenti médiéviste, tentant de naviguer entre bandes dessinées, essais historiques, littératures de l’imaginaire et quelques incursions vers de la littérature plus contemporaine. Membre fondateur du Bibliocosme.

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