L’héritage de Richelieu

1 juillet 2019 8 Par Boudicca

Titre : L’héritage de Richelieu
Auteur : Philippe Auribeau
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 2016 (numérique) / 2019 (papier)

Synopsis : 1643. Richelieu est mort, Louis XIII aussi. Mazarin préside désormais aux affaires de la France. Dans l’ombre, les redoutables dragons poussent leurs pions. Mais Richelieu a légué à son successeur son plus formidable atout : les Lames du Cardinal, une troupe de bretteurs et d’aventuriers qui a déjà mis les dragons en échec par le passé. Reformées autour du comte de Clément-Lefert, les Lames se lancent sur la piste d’un trafic sans précédent de substances draconiques, susceptible de mettre à mal le trône de France…

 

Les Lames reprennent du service !

En 2007, Pierre Pevel publiait le premier tome d’une trilogie de fantasy qui rencontrera un succès retentissant : « Les Lames du cardinal ». Neuf ans plus tard, l’auteur acceptait de passer le flambeau à un confrère, Philippe Auribeau, qui proposait une suite se déroulant dix ans après les événements de la trilogie initiale. Éditée dans un premier temps uniquement en format numérique et sous la forme de feuilletons (dans la collection Snark des éditions Bragelonne), cette suite a récemment fait l’objet d’une publication papier (toujours chez le même éditeur) réunissant les sept épisodes et intitulée « L’héritage de Richelieu ». Nous sommes en 1643 : le cardinal et Louis XIII ne sont plus, tout comme les Lames, petite troupe d’élite à la composition et aux compétences très hétéroclites autrefois au service de Richelieu et désormais dissoute. C’était toutefois sans compter sur l’opiniâtreté de Mazarin, bien décidé à reformer le groupe, en dépit de l’opposition de ses anciens membres. L’histoire se déroule plusieurs années après les événements narrés dans la première trilogie et, si on retrouve effectivement un cadre et un historique similaires, les personnages, eux, ne sont pas les mêmes. Ne vous attendez pas, en effet, à retrouver les protagonistes de Pierre Pevel, car c’est à la deuxième génération de Lames qu’Auribeau s’intéresse. Adieu donc La Fargue, Marciac, Agnès et Saint Lucq, bonjour le comte Clément-Lefert, Thibaut Levance, Gribouges ou encore Da’Kral. Si les visages changent, l’enjeu, lui, reste le même : combattre l’influence des dragons en Europe et déjouer les menaces que ces derniers font peser sur le royaume de France. Cette fois, c’est un étrange trafic de substances draconiques qui intriguent nos Lames qui ne vont pas tarder à se voir entraîner dans une machination de plus vaste ampleur.

Un hommage sincère…

Le pari qui consiste à s’emparer de l’univers d’un autre auteur et à proposer une suite à l’une de ses histoires est osé, et Philippe Auribeau y met de toute évidence beaucoup d’enthousiasme. On sent bien tout au long des différents épisodes l’affection que l’auteur porte à la trilogie de base, dont il tente de faire retrouver l’ambiance aux lecteurs nostalgiques. Il y parvient d’ailleurs sur certains points. Le style est, par exemple, assez similaire à celui des romans de Pevel : fluide, sans fioritures et dont le vocabulaire et le ton sont parfaitement adaptés à l’époque traitée. La reconstitution historique est d’ailleurs elle aussi assez fidèle à celle des romans originaux, Auribeau adoptant la même méthode que son prédécesseur qui consiste à insérer dans son récit plusieurs petites anecdotes concernant l’histoire ou la spécificité des lieux traversés. Si ces deux aspects sont incontestablement réussis, il n’en va malheureusement pas de même du reste. Le premier gros bémol vient de l’intrigue qui, malheureusement, est bien trop minimaliste pour combler les plus de quatre cents pages du roman. L’auteur se voit alors contraint de l’étirer au maximum, si bien qu’on a parfois l’impression qu’il ne s’est pas passé grand-chose au cours de l’épisode. Tous sont d’ailleurs construits selon le même schéma : les Lames obtiennent un indice, se rendent sur place, tombent dans un piège dont ils parviennent plus ou moins facilement à sortir… avant d’être envoyés sur une autre piste qui donne lieu à un nouvel épisode. Ce manque d’épaisseur de l’intrigue oblige l’auteur à combler son récit par des scènes d’action de plus en plus longues et de plus en plus nombreuses au point qu’on finit par avoir l’impression que le roman se résume à cela : une très très longue scène de combat/course poursuite/explosion, interrompue de temps en temps par de petits interludes. Le changement de décor proposé lors de certains épisodes aurait pourtant pu permettre à l’auteur de diversifier un peu le récit (on fait un détour par Caen, Saint-Malo…), pourtant on retrouve chaque fois la même trame qui se résout inévitablement par une grosse scène de baston dans laquelle le surnaturel occupe une place plus ou moins importante.

… qui tombe malheureusement un peu à plat

Le second gros reproche que l’on peut faire à cette suite concerne les personnages qui, en plus d’être pour certains trop calqués sur ceux de Pevel, pâtissent surtout d’un manque de profondeur. L’auteur évoque à plusieurs reprises des événements passés censés donner une part d’ombre à ses héros, mais la plupart du temps ces informations se révèlent trop lacunaires pour véritablement susciter l’intérêt du lecteur. De plus, contrairement à leurs prédécesseurs, ces nouvelles Lames ne sont pas dotées d’un caractère très amène. Certes, Saint-Lucq et La Fargue n’étaient pas ce qu’on pouvait appeler des bouts-en-train, mais même eux n’avaient pas un aussi mauvais caractère que Gribouges ou encore Clément-Lefert qui passent leur temps à houspiller tout le monde. On peut également regretter que le sentiment de camaraderie qui régnait entre les premières Lames ait ici totalement disparu : il n’y a aucune complicité, aucune amitié entre les personnages qui ne semblent collaborer qu’à contre cœur. Enfin, j’ai pour ma part eu du mal avec le personnage d’Éléonore Horville, la caution féminine du groupe. Je ne sais pas si c’est moi qui fait une fixette en ce moment sur le traitement des personnages féminins dans les romans, mais je constate depuis quelque temps que certains éléments qui pouvaient seulement m’agacer légèrement il y a quelques années me hérissent aujourd’hui beaucoup plus le poil. Le problème n’est pas tant le personne d’Éléonore en lui-même, mais plutôt le comportement qu’adoptent les personnages masculins quand ils doivent interagir avec elle, et inversement. Outre le fait qu’il s’agisse du seul personnage féminin d’importance du roman, on peut surtout s’agacer de voir cette jeune femme, que l’auteur veut nous présenter comme « bad-ass », être constamment infantilisée. Ainsi, si l’héroïne s’en sort parfaitement face au danger lorsqu’elle y est seule confrontée, elle devient en revanche totalement nunuche dès lors qu’un mâle arrive dans les parages et se cantonne trop souvent au rôle de « demoiselle en détresse » (parfois elle s’évanouit même complètement, comme ça on n’a vraiment plus du tout à s’en occuper…). Le comportement de son frère à son égard est lui aussi insupportable (ça manie de l’appeler « petit chat » à tout bout de champ m’a régulièrement donné envie de jeter le roman par la fenêtre), de même que celui des autres Lames, même si c’est moins flagrant (on notera toutefois que le capitaine ne la trouve enfin digne d’intérêt que lorsqu’elle refuse de jouer le rôle de prostituée pour une mission : ouf, la jeune femme n’est pas une « fille facile », on peut donc enfin lui accorder un peu d’attention !).

Cette suite de la trilogie des « Lames du Cardinal » proposée par Philippe Auribeau peine malheureusement à convaincre, et ce en dépit de l’enthousiasme et de l’affection manifestes de l’auteur pour les romans de Pierre Pevel. La faute à une intrigue trop simpliste qui pousse l’auteur à multiplier inutilement les scènes d’action, et surtout à des personnages qui manquent d’épaisseur et entre lesquels ne règne aucune alchimie. A réserver aux fans les plus mordus de la série qui voudraient s’octroyer une petite pause nostalgie.

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