Les Questions dangereuses

7 février 2019 7 Par Dionysos
Questions dangereuses

Titre : Les Questions dangereuses
Auteur : Lionel Davoust
Éditeur : ActuSF (Hélios) [site officiel]
Date de publication : janvier 2019

Synopsis : 1637 : Qui a assassiné le docteur Lacanne, en plein château de Déversailles ? Pour connaître la réponse à cette question, le mancequetaire Thésard de la Meulière, son libram à la main, est prêt à résoudre les énigmes les plus perfides… jusqu’aux confins de l’indicible.

« Messieurs, si c’est un mancequetaire que vous cherchez, vous l’avez trouvé ! Allez-vous maintenant sortir de l’ombre ou faut-il que j’y aille vous quérir ? »

Il y a certains auteurs qu’on suit constamment et qu’on prend toujours plaisir à découvrir ou redécouvrir un nouveau texte. C’est le cas ici de Lionel Davoust qui, en plus de sa vaste saga d’Évanégyre chez les éditions Critic et de sa trilogie Léviathan chez les éditions Don Quichotte, a droit à la réédition régulière de certaines nouvelles ou novellas de son cru par les éditions ActuSF, et ce dans différents formats.

Sors ton libram et bats-toi !

Thésard de la Meulière est un mancequetaire, un officier au service de son roi, Louis-Charles XXVI, en cette pluvieuse année 1637. En un monde où seuls les combats spirituels sont tolérables, il se bat à l’aide de son intellect et de son libram, recueil qui ne quitte jamais son côté. Or, à l’occasion d’une cérémonie officielle, Lacanne, médecin de la reine de France Léonie Lebensfreude de Légatine-Labarre, est assassiné, mais, diantre, non par une attaque cérébral, mais bien à l’aide d’un projectile mécanique ! Outrage à la cour de France ! Sans trop tenir compte des conseils du vieux comte Batz d’Arctangente, La Meulière s’échine à trouver le vil assassin qui a décidé de s’en prendre à la cour, et ce par des moyens si ignobles…

Un fond de Dumas…

Les Questions dangereuses est une novella de fantasy. Rappelons qu’une novella est une longue nouvelle (souvent est considérée comme nouvelle un récit de 150 à 15000 mots et une novella entre 15000 et 30000 mots ; ici, à vue de nez, nous sommes autour des 18000-20000 mots) et qu’elle met en valeur une courte histoire avec de fait peu de personnages. Ce récit fut d’abord commandé et publié à l’occasion de l’anthologie Dimensions de capes et d’esprit, volume 2, dirigée par Éric Boissau chez les éditions Rivière Blanche. Le thème central est ainsi de trouver de l’imaginaire (science-fiction, fantasy fantastique) dans les aventures classiques de capes et d’épée. Même si nous allons voir par la suite l’intérêt de ces Questions dangereuses, le lecteur peut se demander pourquoi les éditions ActuSF ont décidé de publier en poche une petite novella dans leur collection Hélios où les places semblent déjà chères pour caser un certain nombre de romans par an. C’est en tout cas l’occasion de plonger davantage dans le fonctionnement d’un auteur, déjà en (re)découvrant un récit un peu passé sous les radars et surtout en lisant une (longue) interview de celui-ci qui détaille l’histoire des Questions dangereuses, mais également l’ensemble de son œuvre déjà parue et sa façon d’aborder l’écriture, le métier d’écrivain.

Le détournement made in Lionel Davoust

Dans Les Questions dangereuses, l’auteur compte, dès le départ, jouer un jeu constant : détourner les références classiques du roman de cape et d’épée et celles des littératures de l’imaginaire en général. Ainsi, tout au long du récit, il nous gratifie d’incontestables jeux de mots bien trouvés et de montages littéraires, à commencer par les noms des personnages qui parodient plusieurs personnages historiques. Les scènes sont rehaussés d’un humour ravageur quand les duels à l’épée sont remplacés par des duels de devinettes, certes souvent très sérieuses, mais dont la gestuelle est amplifiée (le comique de geste ne fait jamais de mal). Évidemment, derrière cet habillage tout à fait charmant et très travaillé, c’est une magnifique métaphore du pouvoir des mots qui est mis en valeur. L’auteur va jusqu’au point qu’il croise à sa façon plusieurs mythologies au sein de cet hommage : des références à la culture classique moderne, à la philosophie ainsi qu’à la pop culture teintée d’esprit lovecraftien, notamment à la toute fin.
On ressort finalement de cette lecture avec deux sentiments distincts : celui de mieux comprendre et apprécier comment Lionel Davoust écrit et celui plus paradoxal qu’un texte peut être à la fois loufoque, déjanté et précis. Au point peut-être de donner envie d’écrire à son tour…

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